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L'école des paysans

Comment a-t-on construit l’offre de formation de l'enseignement agricole ?

27 Octobre 2015 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #rapports et notes

1 - L’enseignement supérieur

Dans l’enseignement supérieur, les établissements créés au XIXe siècle l’ont été par référence au besoin de l’agriculture dans une région donnée.1

11 - Les débuts

  • ROVILLE, en 1826, en Lorraine, a une superficie de 150 ha dans une zone de terres médiocres, pour former de futurs dirigeants de grands domaines ; il construit également des machines agricoles ;

  • GRIGNON, en 1828, près de Paris, sur un domaine de 467 ha, afin de profiter des « sources d’instruction qui y abondent » et de développer une exploitation utilisant un volume important de capitaux. Il s’agit de former « des ingénieurs agricoles, semblables à d’autres ingénieurs, sachant tracer le plan des systèmes de production et de culture qu’il est convenable d’établir dans des circonstances données et qui [peuvent] diriger l’exécution de ce plan jusque dans les moindres détails. »

  • GRAND-JOUAN, en 1830, près de Nantes, sur un domaine de 450 ha, afin de former notamment des « contremaîtres » pour une agriculture industrialisée et de futurs propriétaires gérant des métairies. Il développe également la mise en valeur des landes, restées en friche jusque là,

  • LA SAULSAIE, en 1840, dans l’Ain, sur le plateau de la Dombes, sur un domaine de 340 ha. L’objectif est de montrer l’intérêt économique de la grande exploitation pour mettre en culture une région couverte d’étangs artificiels au climat insalubre. L’établissement forme des « ingénieurs agricoles » comme à Grignon.

Dans ces quatre cas, la formation est une « production » de l’exploitation agricole.

12 - Le décret de 1848

Les écoles de Grignon, Grand-Jouan et La Saulsaie sont des écoles régionales . Le ministre Tourret en prévoit une vingtaine, chacune rayonnant sur une région agricole « ayant une culture ou des cultures principales bien tranchées. » Y seront formés des dirigeants d’exploitation agricoles.

En 1849, le ministre demande aux préfets d’examiner si une école régionale pourrait être établie dans leur département, dans quelle proportion le Conseil général pourrait contribuer aux dépenses de l’école et se porter acquéreur d’un domaine pour installer l’établissement. L’engagement local devrait influencer l’implantation de nouvelles écoles.

A la fin de 1849, le ministère dispose de 4 écoles recrutant chacune sur une circonscription précise :

  • Grignon : 58 élèves, départements de Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise, Eure-et-Loir ;

  • Grand-Jouan : 29 élèves, départements de Loire-Inférieure, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord ;

  • La Saulsaie : 20 élèves, départements de l’Ain, Rhône, Loire, Saône-et-Loire ;

  • Saint-Angeau, fondée en octobre 1849 sur un domaine de 899 ha près de Mauriac dans le Cantal, sans élèves : départements de l’Aveyron, Lozère, Haute-Loire, Cantal et Puy-de-Dôme.

Il y a donc volonté de disposer ces établissements selon une carte définie nationalement par rapport aux caractéristiques de l’agriculture.

L’École de Saint-Angeau est fermée en 1852 à la suite de graves difficultés financières et administratives.

En 1870 l’école de La Saulsaie est transférée à Montpellier pour répondre aux besoins de l’agriculture et de la viticulture méridionales.

En 1872, la parution d’un nouveau programme pour les 3 écoles détaille les enseignements spécifiques à chaque école :

  • Grignon : grandes cultures du Nord de la France ;

  • Grand-Jouan : mise en valeur des landes, élevage et agriculture de l4Ouest de la France ;

  • Montpellier : agriculture du Sud de la France, horticulture, viticulture, sériciculture.

A partir de 1893, le recrutement se fait par un concours commun. Le recrutement tend donc à devenir national, au moins en partie.

En 1896, Grand-Jouan est transférée à Rennes en raison du peu d’appui financier du Conseil général de Loire-inférieure et des conditions matérielles et financières favorables avancées par Rennes et le conseil général d’Ille-et-Vilaine.

Il faut noter qu’entre 1890 et 1913, les élèves de Grignon s’orientent de plus en plus vers le commerce et les industries agricoles, dans les deux autres écoles, la majorité des élèves s’installent dans l’agriculture.

L’Institut national agronomique, fondé en 1848, installé sur les 1460 ha du domaine de Versailles, ouvert en 1849, est supprimé en 1852. Il réapparaît en 1876, installé à Paris dans les locaux du Conservatoire national des Arts et Métiers. Il s’installe en 1887 rue Claude Bernard dans les locaux de l’ancienne École de Pharmacie. Il y est demeuré depuis. En 1900, il accueille environ 80 élèves par promotion, ses effectifs deviennent supérieurs à ceux des 3 écoles nationales au début du 20ème siècle. Les ingénieurs agronomes ne s’orientent qu’à 39% vers l’agriculture, ils sont forestiers (16%), enseignants (11%) ou membres des professions libérales, cadres administratifs ou techniques dans les industries agricoles et le commerce, chercheurs.2

L’INA est donc bien différent des écoles nationales.

L’École nationale d’horticulture s’installe à Versailles, dans le potager du Roi, en 1874, bénéficiant de l’appui du Conseil général de Seine-et-Oise, de la Société nationale et centrale d’horticulture de France et de la Société des Agriculteurs de France.

L’École nationale des industries agricoles est créée en 1893 à Douai, au cœur de la région de production sucrière. Le département du Nord offre les bâtiments des anciennes facultés et prend en charge les frais d’installation. L’enseignement ne se limite pas à la sucrerie, mais concerne également la distillerie et la brasserie. L’Ecole est donc implantée en réponse à des besoins des industries agricoles qui se développe,nt en cette fin du 19e siècle et au plus près des entreprises concernées. Elle s’installe à Paris durant la Seconde Guerre mondiale et y demeure, la 3e année ayant lieu à Douai à partir de 1947.

L’Institut agricole de Nancy est créé en 1901 au sein de l’Université, bénéficiant de l’expérience de la chaire de chimie agricole de Grandeau, fondateur en 1867 de la première station agronomique française. Il s'installe dans un bâtiment construit en 1931, près du Jardin Botanique de la ville. Ce bâtiment permet à l'Institut d'organiser son enseignement en s'appuyant sur des installations mieux adaptées.

L’Institut agricole de Toulouse est fondé en 1909 avec l’appui des Conseils généraux de Haute-Garonne, Ariège, Gers, Hautes-Pyrénées, de la ville de Toulouse et des sociétés agricoles régionales. Il dispose, à la suite d'un don de la ville, d'une station de mécanique agricole. L'Université, avec l'aide du Conseil général, de la ville et de l'Etat, acquiert un domaine de 11 ha, en 1920, un adjoint au Maire de Toulouse, fait don d’un domaine de 40 ha avec des bâtiments d'exploitation, situé à 7 km de la ville. A partir de 1924, l'Institut Agricole dispose donc d'un domaine de 100 ha, et peut, en outre, s'installer dans des locaux libérés à l'Université. En 1925, il devient Institut d'Université, obtenant son autonomie budgétaire.

En 1948, l’Institut agricole de l'Université de Toulouse devient École nationale supérieure agronomique, l'Institut agricole de Nancy est également transformé en ENSA et un concours d'entrée commun est mis en place.

13- L’enseignement privé

Le premier établissement créé est, en 1855, l’Institut agricole de Beauvais, section spéciale d’une école normale des frères des écoles chrétiennes. L’Institut est fondé par la Société d’Agriculture de Compiègne, le préfet de l’Oise et le professeur d’agriculture de Compiègne. Il forme d’abord des professeurs d’agriculture puis, à partir de la fin du siècle des exploitants agricoles ou des directeurs d’industries agricoles. En 1921, l’Institut est reconnu comme section d’enseignement supérieur agricole de l’Institut catholique de Paris

L’École supérieure d’Angers s’ouvre en 1898, à l’initiative d’un jésuite appuyé par une association de propriétaires terriens et de l’Union des syndicats agricoles de l’Ouest. L’École relève de l’Université catholique de l’Ouest.

L’École d’agriculture de Purpan est implantée, en 1919, sur un domaine de 47 ha d’un seul tenant, proche de Toulouse, disposant d’un vaste château, l’enseignement y est assuré sous la responsabilité des Jésuites. L’initiative de la création de l’établissement revient à un grand propriétaire, Henri Théron de Montaugé, collaborateur de l’Association catholique de la jeunesse française, l’ACJF, avec l’aide d’un jésuite de Toulouse, Marc Dubruel, et le soutien de l’Institut catholique de Toulouse. Le montant du prix d’achat du domaine a été réuni par un société civile dont l’un des présidents est Ambroise Rendu, député de Haute-Garonne et secrétaire de l’Union centrale des syndicats agricoles de France.

En 1922, est créé l'Institut Technique de Pratique Agricole (ITPA) dont les fondateurs sont des ingénieurs agronomes, pour la plupart enseignants à l'Institut national agronomique, groupés en coopérative, avec l'appui de personnalités, sous la conduite d'Eugène Tisserand, puis de Victor Boret, ancien ministre de l' Agriculture.

14 - La loi de 1960 et sa mise en œuvre

La loi ne prévoit rien en ce qui concerne l’implantation de nouveaux établissements d’enseignement supérieur.

L’exposé des motifs du décret d’application de juin 1961 indique qu’il est « à la fois nécessaire : de faire face aux besoins de la nation en ingénieurs, en chercheurs, en professeurs ; de répondre aux nécessités du développement de la coopération technique internationale ; de tenir compte des perspectives ouvertes par le marché commun ; de réaliser la décentralisation en facilitant les écoles de province ; de coordonner les initiatives ; enfin d’établir les bases d’une féconde collaboration entre l’Université et les établissements d’enseig,nement supérieur agricole. » Le texte souligne également l’importance des liaisons avec les grands organismes de recherche et en premier lieu l’INRA. Ceci explique que de nouveaux établissements seront établis près de centres universitaires et de recherche importants, ainsi Bordeaux, Dijon, Clermont-Ferrand, Tours, etc.

La loi de programme du 4 août 1962 prévoit l’affectation de 89 millions de NF (13,57 millions d’€) pour l’enseignement supérieur, soit 11,1% du budget total. L’exposé des motifs indique que l’ENSSAA sera transférée à Dijon « autant pour répondre à un souci de décentralisation que pour lui donner une capacité très accrue […] ».3 Il est également prévu d’aménager l’ENV d’Alfort, d’achever celle de Toulouse et d’acheter les terrains pour reconstruire celle de Lyon. La construction d’écoles nouvelles est programmé sans que soient précisés les critères d’implantation.

Soulignons que, sans qu’il en soit fait mention dans l’exposé des motifs, un débat s’engage sur le transfert de l’INA hors de Paris, soit à Grignon, soit à Palaiseau.4

[Il conviendrait de compléter cette partie en examinant les dossiers de création des établissements d’enseignement supérieurs depuis 1963. ]

2 - L’enseignement technique et professionnel

21 - Les origines

Les établissements de niveau secondaire et supérieur court, sont, pour certains, les « héritiers » des écoles pratiques d’agriculture créées par la loi du 30 juillet 1875 sur l’enseignement élémentaire pratique de l’agriculture.

En 1918, il y a trente-six de ces écoles, dont « un tiers environ ont un excellent recrutement et donnent de bons résultats », ce qui, autrement dit, signifie que la majorité d'entre elles sont dans une situation préoccupante.

La loi de 1918 va entraîner la création de six écoles pratiques entre 1923 et 1929, mais six autres disparaissent En 1936, on recense vingt-huit écoles pratiques, toutes sont en régie d’État, une seule étant en régie départementale, celle de Fraysse en Dordogne. Mais celle-ci ne délivre qu'un diplôme de fin d'études de l'école et non le diplôme des écoles pratiques d’État.

En 1913, il y avait 37 écoles pratiques avec 1 282 élèves et en 1938 les enseignants recensent environ 1 200 élèves dans 28 écoles d'agriculture

Un arrêté du 3 juillet 1926 crée les Écoles régionales d'agriculture, écoles d'agriculture comportant une année supplémentaire d’enseignement uniquement théorique pour préparer le concours d'entrée aux ENA. Six écoles régionales sont créées : Antibes (Alpes-Maritimes), Neuvic (Corrèze), Ondes (Haute-Garonne), Les Trois-Croix (Ille-et-Vilaine), Le Chesnoy (Loiret), Arras (Pas-de-Calais). En 1939, il y a 396 élèves dans les six écoles régionales, soit 22 par promotion

Le législateur indique par ce texte son souci d'offrir aux futurs agriculteurs, une formation générale comparable à celle qu'ils peuvent trouver à l’Éducation nationale, la référence au collège agricole est éclairante sur ce point. Pour commencer la mise en place de ces écoles, on s'appuie sur trois anciennes écoles régionales, modèle 1926 : Arras, Le Chesnoy et Ondes. Mais, en 1945, les écoles pratiques existent toujours, bien qu'elles ne soient plus mentionnées dans les textes officiels.

En 1947-1948, il y a 24 écoles pratiques regroupant 1 391 élèves soit des promotions de 30 élèves environ ; en 1957-1958 elles ne sont plus que 19 avec 1 110 élèves, soit toujours 30 élèves par promotion. Le recul du nombre d'établissements est dû à la transformation de certaines d'entre elles en écoles régionales. Les personnels de l'enseignement demandent en 1952 que soient installées 60 nouvelles écoles pratiques et spécialisées.

Ce sont les écoles déjà installées en 1943, écoles d'industrie laitière (5), école d'osiériculture-vannerie de Fayl-Billot, écoles d'horticulture (4), école d'élevage ovin de Rambouillet. En 1955 est créée une école d'aviculture à Rambouillet.

En 1947-1948, les 11 écoles spécialisées ont 366 élèves, elles sont toujours 11 en 1957-1958 avec 480 élèves, soit environ un tiers d'élèves en plus, notamment en horticulture et industries laitières.

Les diplômes délivrés par les écoles d'industries laitières passent de 68 en 1954-1955 à 62 en 1957-1958, selon l'INSEE.

Ces établissements, créés par la loi de 1941, ont eu du mal à se développer. En 1945, il n'y en avait que 3. De 1947-1948 à 1958 leur nombre passe de 5 à 16, mais cette croissance est lente, d'autant que la loi de 1941 voulait remplacer toutes les écoles pratiques par des écoles régionales.

Le nombre total d'élèves progresse, durant la même période, de 373 à 1 200 environ.

Ces écoles étant coupées de l'enseignement supérieur depuis 1941, une « section préparatoire » est créée en 1947 à l’École régionale du Chesnoy (Loiret). Elle est accessible, sur concours, aux meilleurs élèves sortant des Écoles pratiques et régionales. Les études durent deux ans pour préparer l'entrée dans les Écoles nationales d'agriculture ou l’École nationale des industries agricoles ; une année seulement pour les autres écoles de niveau supérieur. En 1949, 1 seul élève est admis en ENA, même résultat en 1950, 5 en 1951 et 6 en 1952, alors qu'il sort environ 1 000 jeunes des écoles pratiques et régionales chaque année.

Les élèves sortant des écoles régionales peuvent prétendre au Diplôme d'études agricoles du 2e degré.

L’enseignement féminin est assuré dans des écoles ménagères dont la loi du 2 août 1918 indique qu’ils peuvent être « fixes, temporaires fixes ou temporaires ambulantes ».

Les écoles agricoles ménagères fixes correspondent aux écoles d'agriculture de garçons. Elles ont pour but de « donner aux jeunes filles une instruction agricole ménagère qui leur permette de collaborer à la bonne conduite d’une exploitation rurale. » En 1918, les établissements concernées sont les écoles pratiques de Coëtlogon et Kerliver,

Les écoles agricoles ménagères temporaires fixes « ont pour but de donner une instruction agricole ménagère aux jeunes filles qui ne peuvent passer une ou plusieurs années dans une école professionnelle. Elles correspondent aux écoles d’agriculture d’hiver ou saisonnières destinées aux garçons. » Comme ces dernières, elles sont créées en annexe d’un établissement d’enseignement agricole ou de l’Instruction publique. L’État assure 70 % du budget annuel qui couvre les traitements, les frais d'entretien et les frais de cours, le département ou la commune ayant demandé la création de l’école fournit les 30 % restant.

Les écoles ménagères fixes ont, selon la loi de 1943, une scolarité d'une durée de quatre mois, mais les directrices comme les enseignantes ont fait effort pour élever le niveau des études, et la scolarité est, dès 1950, d'une année (neuf mois). Les écoles ménagères comptent en général 40 à 50 élèves par promotion L'après-guerre a conduit à la création d'établissements fixes permettant aux jeunes filles de préparer le Diplôme des Écoles d'enseignement ménager agricole qui est passé devant un jury présidé par le Directeur des Services Agricoles du département.

En 1952 les 53 écoles fixes peuvent recevoir 2 000 élèves par an, et les 21 écoles ambulantes touchent l 200 élèves

22 - La loi du 2 août 1960 et ses suites

Au début de l’année 1960, les établissements présents en Métropole sont au nombre de 141 :

  • 22 écoles régionales

  • 13 écoles pratiques,

  • 13 écoles spécialisées

  • 93 écoles d’hiver fixes

Lors de la préparation du projet de loi, les services de la direction générale de l’enseignement et de la vulgarisation estiment que « si l’on admet que sur les 2 millions d’exploitations actuelles, 1 million réclament des chefs qualifiés, et en estimant à 30/35 ans la durée moyenne de la vie professionnelle d’un chef d’exploitation, il s’agirait de former annuellement 30 à 40 000 personnes, soit 300 à 400 par département. » 5 Compte tenu du fait que l’enseignement agricole doit également former des cadres moyens pour les secteurs liés à l’agriculture (IAA et services), le chiffre de 400 personnes formés annuellement par département paraît un optimum.

A partir de cette estimation et en répartissant les jeunes entre les 3 niveaux prévus, et en tenant compte de la participation de l’enseignement privé, les services estiment qu’il faudrait disposer de :

  • 5 à 600 cours professionnels agricoles, soit 1 par petite région naturelle agricole,

  • 90 collèges agricoles, soit 1 par département

  • 60 lycées agricoles, soit 2 pour 3 départements

Lors des débats parlementaires aucun chiffre n’est retenu, mais l’article 4 de la loi du 2 août 1960 précise que la loi de programme devra fixer le montant des crédits nécessaire à la réalisation de « la première tranche d’un plan destinée à assurer, dans un délai de dix ans, l’existence dans chaque département, notamment, d’un nombre de lycées ou de collèges agricoles publics et d’établissements d’enseignement ou de formation professionnelle agricoles privés reconnus, nécessaires à la satisfaction des besoins de l’agriculture, compte tenu des demandes des familles rurales et des organisations professionnelles. »

Lors du débat sur la loi de programme de 1962, le rapporteur de la commission des finances, de l’économie générale et du plan de l’Assemblée nationale précise que « pour l’implantation des collèges et lycées agricoles, le Gouvernement pense solliciter - il sollicite déjà, je crois - le concours des collectivités locales intéressées. Cette participation devrait correspondre à l’apport d’un domaine ou d’une exploitation d’une étendue de 20 à 50 hectares suivant la situation. » Le rapporteur ajoute que dans certaines régions il y aura peut-être plus de propositions qu’il ne sera possible d’en retenir, même si la charge sera lourde pour les communes.6

Quelques années plus tard, en 1967, le « programme général d’équipement de l’enseignement technique agricole » porte, à échéance de 1975, sur

  • 100 lycées agricoles,

  • 250 collèges masculins,

  • 150 collèges féminins,

ce qui correspond pour chaque département à 1 lycée, 2 collèges masculins et un féminin. Ce dispositif devrait permettre d’accueillir en 1977 :

  • 30 000 élèves dans les lycées agricoles

  • 90 000 élèves dans les collèges agricoles masculins,

  • 30 000 élèves dans les collèges agricoles féminins,

soit au total 150 000 élèves pour l’enseignement public.

Sur la base de 35 élèves par classe, un lycée accueille de 9 classes et 315 élèves à 16 classes et 560 élèves ; un collège comporte en général 7 classes et 245 élèves. Dans les deux types d’établissement il est prévu 90% d’internes. 7

En fait l’implantation est plus territorialisée que ne le prévoyait ce projet. En particulier, l’importance de la population active agricole et l’existence d’établissements d’enseignement agricole anciens a modelé la carte des implantations.

Les effectifs par régions

Les effectifs sont répartis de façon hétérogène sur le territoire.

Ainsi, en 2000-2001, 3 régions regroupent à elles seules près du tiers des élèves, il s’agit de Rhône-Alpes (11,1 %), des Pays de Loire (10,8 %) et de la Bretagne (10,7 %). A l’extrême opposé, 3 régions ne rassemblent que 2,9 % des effectifs : Corse (0,1 %), Alsace (0,9 %) et Haute-Normandie (1,9 %).

En 1975-768, la disparité était aussi grande, les 3 régions les plus importantes, avec plus du tiers des effectifs, étaient les mêmes, leur place relative ayant été modifiée : Bretagne (12,5 %), Pays-de-Loire (12,2 %) et Rhône-Alpes (9,7 %). Les 3 plus petites étaient également les mêmes : Corse (0,1 %), Alsace (0,9 %) et Haute-Normandie (1,9 %), avec la même part des effectifs.

La disparité interrégionale n’a pas varié globalement, mais certaines régions ont connu une modification de leur place. Ainsi, alors que les effectifs d’ensemble ont augmenté de 48 %, 3 régions ont régressé relativement Auvergne ( + 12,3 %), Bretagne ( + 26,9 %) et Champagne-Ardenne ( + 30,4 %). Par contre 4 régions ont progressé plus vite que la moyenne Rhône-Alpes ( + 70,4 % ), Provence-Alpes-Côte-d’Azur ( + 77,9 % ), Bourgogne ( +85,5 %) et Nord-Pas-de-Calais ( + 100,8 % ).

Pour les régions en régression relative, le recul est dû à la stagnation des effectifs du privé pour l’Auvergne ( + 1,5 %), à une moindre croissance de ceux-ci en Bretagne ( + 24%) et en Champagne-Ardenne ( + 25,6 %). Pour les régions en croissance plus rapide, le mouvement s’explique par une croissance plus forte du privé en Rhône-Alpes ( + 74 %) et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur ( + 173 %), et du public en Bourgogne ( + 95,3 %) et dans le Nord-Pas-de-Calais ( + 200 %).

La disparité interrégionale concerne moins les établissements publics que les établissements privés.

Pour le public, en 2000-01, les 3 régions les plus importantes n’accueillent que moins du quart des effectifs (24 %) : Rhône-Alpes (8,8 %), Midi-Pyrénées (8,7 %) et Aquitaine (6,5 %), et les 3 les moins importantes réunissent 4,3 % des élèves, Corse (0,4 %), Île-de-France (1,8 %) et Alsace (2,1%).

Dans le privé, les 3 plus importantes régions regroupent plus de 4 élèves sur 10 (41,5 %) : Pays-de-Loire (14,6 %), Bretagne (14,2 %) et Rhône-Alpes (12,7%), les 3 plus petites n’en accueillent que 0,5 % : Corse (0), Alsace (0,1 %) et Limousin (0,4 %).

En 1975-76, dans le public les 3 plus grandes régions réunissaient déjà moins du quart des élèves (24 %) : Rhône-Alpes (8,5 %), Midi-Pyrénées (7,8 %) et Centre (7,7 %). Cette dernière région a donc connu un recul relatif puisqu’en 2000-01, elle n’accueille que 5,8 % des élèves.

Dans le privé, l’écart était plus grand 25 ans plus tôt, les 3 plus importantes régions étaient les mêmes et accueillaient plus de 4 élèves sur 10 (43,3 %) : Pays-de-Loire (16,6 %), Bretagne (16,3 %) et Rhône-Alpes (10,4 %), les 3 plus petites n’en accueillaient que 0,3 % : Corse (0), Alsace(0,1 %) et Limousin (0,2 %).

En 25 ans, la disparité n’a pas évolué pour l’offre de formation du public mais a un peu diminué pour le privé.

  • Rapport public/privé

L’importance des effectifs scolarisés dans les établissements publics ou privés varie fortement selon les régions.

Alors que le secteur public accueille nationalement 40 % des élèves en 2000-2001, et 37,9 % en 1975-1976, on peut distinguer quatre ensemble régionaux :

  • Un ensemble où dans chaque région le secteur public regroupe moins du quart des élèves :

il comprend 3 régions, Pays-de Loire (19 %), Bretagne (20,7 %) et Nord-Pas-de-Calais (23,7 %), et il représente environ le quart des effectifs totaux (26,3 %) ; en 1975-76, il était constitué par les mêmes régions, Nord-Pas-de-Calais (15,8 %), Pays-de Loire (15,8 %) et Bretagne (18,8 %), il réunissait alors un peu plus du quart de l’ensemble des effectifs (28,2 %) ;

  • Un ensemble où la part du secteur public dans chaque région est comprise entre 26 % et la moyenne nationale (40 %) :

il réunit 5 régions, Basse Normandie (30,8 %), Rhône-Alpes (31,8 %), Ile-de-France (35,2 %) et Picardie (38,4 %), auquel on peut ajouter les TOM (38,4 %).; en 1975-76, il y avait 6 régions, Basse Normandie (27,7 %), Île-de-France (29 %), Picardie (30,4 %), Rhône-Alpes (33,3 %) , Franche-Comté (35,5 %) et Aquitaine (37,7 %).

Cet ensemble regroupe aujourd’hui plus du tiers de l’ensemble des effectifs (36,9 %), il y a 25 ans, il réunissait un peu plus du quart des effectifs (28 %).

  • Un ensemble où la part du secteur public dans chaque région est comprise entre la moyenne nationale et les deux tiers des élèves :

il regroupe 13 régions, Languedoc-Roussillon (40,4 %), Aquitaine (41,6%), Franche-Comté (42,5 %), Haute Normandie (46,9 %), Centre (47,1 %), Poitou-Charentes (49,6 %), DOM (50,5 %), Champagne-Ardenne (51 %), Lorraine (53,5 %), Provence-Alpes-Côte d’Azur (55,3 %), Bourgogne (57,9 %), Midi-Pyrénées (58,9 %) et Auvergne (62,5 %) ; en 1975-1976, il réunissait 11 régions, les mêmes moins Aquitaine et Franche-Comté qui étaient alors dans l’ensemble au-dessous de la moyenne nationale, soit Poitou-Charentes (40,5 %), Midi-Pyrénées (47,1 %), Haute Normandie (47,8 %), Champagne-Ardenne (49,2 %), Centre (51,5 %), Languedoc-Roussillon (51,7 %), Bourgogne (55 %), DOM (55,2 %), Auvergne (58,5 %), Lorraine (59,5 %) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (64 %).

Cet ensemble qui réunit aujourd’hui près d’un élève sur deux (49,2 %), n’en regroupait que quatre sur dix (40,7 %).

  • Un ensemble où la part du secteur public dans chaque région est supérieure à 80 % :

il comprend 3 régions, Limousin (88,4 %), Alsace (92,3 %) et Corse (100 %) ; en 1975-1976 les régions étaient les mêmes dans un ordre différent, Alsace (91,5 %), Limousin (94,5 %) et Corse (100 %).

Cet ensemble réunit aujourd’hui seulement 3 % de l’effectif total, il en était de même en 1975-1976.

On peut également définir des ensembles au sein du privé selon les familles institutionnelles.

  • Diversité des flux de formation par niveaux

En 1968-1969, nous disposons des sorties par diplômes, mais il est difficile de classer le BATA, brevet d’agent technique agricole, supprimé en 1972, est-il au niveau IV ou V ?

Nous avons la répartition pour les années 75-76 puis pour les périodes couvertes par les schémas nationaux des formations.

  • L’origine socioprofessionnelle selon les régions

Nous avons les premières statistiques pour 1974-75, mais elles ne concernent que le secteur public.

Michel Boulet

Note pour l'Observatoire national de l'enseignement agricole, ONEA. Étude sur la diversité régionale.

1 Les établissements retenus sont situés AUJOURD’HUI dans le supérieur, ce ne fut pas toujours le cas dès leur création.

2 Résultats d’une enquête réalisée en 1917 sur les 1 866 anciens élèves de l’INA. Annales de l’INA, tome I, 1917.

3 Ce que conteste Marie-Madeleine Dienesch, rapporteur pour avis au nom de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée nationale qui considère Dijon comme trop éloigné des écoles supérieures et des centres de recherche agronomique.

4 Le débat a débuté il y aura bientôt 40 ans… !

5 Projet d’exposé des motifs relatif à l’enseignement agricole du second degré. - [s.d.], 9 p.

6 J.O. des débats de l’Assemblée nationale, 1ère séance du 3 juillet 1962, p. 2155

7 FAILLY, H. et SIGONNEY, B. « Les niveaux de formation et les établissements d’enseignement ». Revue française de l’Agriculture, n° spécial « L’enseignement agricole en France », pp. 86-95

8 Cette date est choisie en raison de l’existence du premier annuaire statistique détaillé et fiable publié par la DGER.

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