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L'école des paysans

L'Enseignement agricole et le Développement

29 Mars 2016 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #rapports et notes

Cette note est diffusée avec l'accord de M. le Directeur Général de l'Enseignement et de la Recherche. Il me paraît indispensable que la discussion sur ce projet puisse tenir compte des avis les plus nombreux.

M. BOULET

Le 13 février 1984

Objet : L'Enseignement agricole et le Développement

Dans le rapport qu'il a remis à Monsieur le Ministre de l'Agriculture « sur les principales orientations et les moyens à mettre en œuvre pour le développement de l'agriculture », Monsieur Pierre CORMORECHE souligne l’intérêt d'associer les établissements d'enseignement au développement agricole.

Dans son discours du 25 octobre 1983 devant l'ANDA, Monsieur le Ministre de l'Agriculture a retenu cette proposition, en précisant que les « centres de formation constituent des pôles de connaissances et d'intervention qui sont aujourd'hui trop souvent inutilisés », et qu'il fallait changer cet état de chose.

Dans le rapport à Monsieur le Ministre de l'Agriculture, intitulé « Bâtir l'enseignement agricole de la réussite des jeunes et du développement rural », j'ai insisté sur l’intérêt pour la formation des jeunes d'une alternance de type nouveau entre l’établissement d'enseignement et le milieu rural.

L'objet de cette note est d'indiquer en quoi les diverses propositions, en matière de développement et en matière d'enseignement sont non seulement compatibles, mais que leur mise en cohérence peut permettre d'atteindre des résultats qualitativement nouveaux.

- Rôle des établissements d'enseignement en matière de développement

M. CORMORECHE indique que plusieurs fonctions peuvent être remplies par les établissements:

  • expérimentation sur les exploitations annexées (procédés techniques, nouvelles productions, nouveaux équipements) dégageant diverses voies de développement possibles ;
  • démonstration sur ces mêmes exploitations, engageant les établissements dans la vulgarisation technique ;

  • observation des systèmes de production.

Les enseignants auraient ainsi un rôle dans le développement, les établissements devenant des « pôles de développement ».

- Ouverture des établissements : l'alternance de type nouveau

Des enquêtes, des travaux de chercheurs en Sciences de l’Éducation, comme l'expérience de nombreux enseignants. soulignent la nécessité d’ouvrir l'enseignement sur la vie active.

Cette ouverture doit permettre :

  • de prendre en compte la richesse de l'expérience de chaque jeune, de s'appuyer sur les pratiques sociales et culturelles de son milieu d'origine ;

  • de confronter chaque jeune à des réalités diverses, professionnelles, sociales ou culturelles, lui permettant de se situer par rapport à son environnement et de préciser son projet personnel ;

  • d'acquérir des connaissances et savoir-faire à travers des situations pédagogiques variées à l'intérieur et à l'extérieur de l'établissement, avec l'intervention de praticiens.

Ces objectifs sont atteints par la mise en œuvre d'une alternance de type nouveau dont j'ai présenté les grandes lignes dans le rapport de mission (p. 51-52).

Il convient de souligner ici les conditions qui me semblent nécessaires à la réussite de la démarche :

  • l'équipe pédagogique a la responsabilité du choix des séquences « hors-établissement », dans le cadre de la mise en œuvre du projet de l'établissement. A noter qu'à l'équipe pédagogique de l'établissement sont associes les partenaires extérieurs qui interviennent régulièrement dans la formation (« l'équipe pédagogique élargie ») ;

  • les acteurs présents dans la situation de travail ont également un rôle de formateurs à jouer, y compris lors de l'exploitation. Ceci conduit à prendre en compte dans le choix des lieux de formation en entreprise la qualité de l'appui pédagogique qui peut être assuré par les travailleurs ;

  • afin d'aboutir à une cohérence réelle dans la pratique de cette alternance, l'établissement d'enseignement établit des relations suivies avec les entreprises et organismes d'accueil. Il s'agit d'associer la formation et les actions de développement et d'animation rurale dont est chargé l'enseignement agricole. Il est ainsi possible d'insérer visites et stages dans une activité réalisée sur une longue période dans le milieu : suivi d'exploitations agricoles, assistance technique et scientifique à une coopérative de transformation, participation à la mise en œuvre d'un plan de développement régional, etc... ;

  • afin d'organiser ces activités de développement et de formation, une convention est passée entre l’établissement d'enseignement et l'organisme partenaire. La convention précise les responsabilités de chaque partie en ce qui concerne la formation et le développement. Il peut être prévu des aspects financiers, tel le paiement d’études réalisées par des enseignants et/ou des élèves, au profit de l’établissement d'enseignement. Dans le cas présent ceci se concrétise dans le PPDA ;

  • dépassant l'opposition artificielle entre activités d'enseignement et activités de développement et d'animation rurale, cette alternance permet l'instauration de relations durables entre l'établissement d'enseignement et le milieu rural. à travers l'activité de l'ensemble des membres de l'équipe éducative, enseignants et non-enseignants. L'établissement devient un pôle de développement ;

  • réciproquement, les travailleurs ont un rôle d'une qualité nouvelle dans la formation des jeunes. Ils participent réellement, avec des responsabilités précises, à l'activité éducative, professionnelle et sociale. Ceci est vrai aussi bien pour l'exploitant agricole que pour l'artisan, le technicien agricole ou le salarié d'entreprise. Dans ce dernier cas, les lois sur les nouveaux droits des travailleurs, comme la présence d'entreprises du secteur public et nationalisé ouvrent des perspectives nouvelles qu'il faudra examiner.

X

Une relation qualitativement nouvelle

La mise en œuvre de ces propositions, issues des rapports d'étude sur le développement et sur l'enseignement agricole, peut permettre une avancée certaine. C'est à la fois la qualité de l'enseignement et celle du développement qui peuvent être améliorées. Il m'apparaît en effet important de souligner qu'il ne s'agit pas de faire de l'enseignement un auxiliaire du développement, ni du développement un simple "terrain" pour l'enseignement, mais bien d'établir une relation dialectique profitable aux deux secteurs.

Une expérimentation à partir de quelques établissements me paraît, bien sûr, nécessaire. Ceci pourrait commencer très rapidement afin d'être opératoire en septembre 1984.

Le 22 décembre 1983

M. BOULET.

L'Enseignement agricole et le Développement
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