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L'école des paysans

Histoire de la vie sociale et culturelle et de l'internat dans l'enseignement agricole

7 Octobre 2016 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #rapports et notes

Dans l'enseignement agricole, depuis sa création au début du 19ème siècle, l'internat a été le mode normal d'accueil des jeunes en formation. Les établissements étaient alors des exploitations agricoles écoles vivant au rythme de la production. Avec la création des écoles pratiques, la vie dans l'établissement a connu progressivement une scolarisation, sans que pour autant le lien avec la production s'affaiblisse et l'internat a gardé toute sa place. La loi du 2 août 1960 fondant l'enseignement agricole moderne a confirmé l'importance de l'internat en en faisant un des moyens de développement personnel et d'insertion sociale des jeunes ruraux. Cette conception a été maintenue depuis lors.

Les débuts

Dès les origines de l'enseignement agricole, les personnes en formation sont hébergées sur place, à l'exception de l'institut de Roville, fondé en 1819 par Mathieu de Dombasles, où les jeunes stagiaires prennent pension à l'extérieur. Le modèle d'établissement qui se développe alors est l'exploitation agricole école qui repose sur trois principes essentiels

* l'accueil des élèves dans une exploitation agricole où ils trouvent des conditions de vie et de travail proches de celles qu'ils connaissent dans leurs familles, afin de faciliter leur réinsertion dans leur milieu après la formation ;

* un enseignement fondé sur l'observation et la pratique, plus que sur les cours et les exercices en salle, où l'on « met en situation » le jeune homme qui apprend en observant, puis en faisant ;

* un enseignement assuré par des praticiens de l'agriculture dont les compétences sont attestées par la réussite économique de l'exploitation qu'ils dirigent.

Ces principes se traduisent dans les conditions d'accueil et la vie quotidienne des apprentis, ils marqueront la réalité de l'enseignement agricole au moins jusqu'à l'adoption en août 1960 de la loi le modernisant.

A Grignon, créé en 1827, les élèves sont en pension ; le prix de celle ci étant considéré comme trop élevé, l’État crée des bourses en 1830. L'emploi du temps est sévère : lever à 4 heures en été, 5 heures en hiver ; coucher à 9heures en été, 8 heures en hiver ; premier déjeuner à 6 heures en été, 7 heures en hiver ; deuxième déjeuner à 11heures et dîner à 7 heures. Dans la matinée, études et cours ; l'après midi, cours et visites dans les champs. En 1838, l'attribution par l’État d'une subvention annuelle permet à l'institution de s'engager à recevoir 100 élèves, « dont 15 en chambres, 50 au dortoir et 35 externes et à construire un dortoir et une salle d'études pour placer indépendamment de ces cent élèves, 20 élèves de troisième année ».

A Grand Jouan, l'« école primaire d'agriculture » qui sera la première des fermes écoles fondée en 1830, accueille les élèves en internat durant deux ans. En 1833, des subventions du ministère du Commerce et de l'Agriculture et du Conseil général de Loire Inférieure permettent de construire un grand bâtiment comportant un dortoir et une salle de classe. L'instituteur est hébergé dans une alcôve installée dans un angle du dortoir et peut ainsi assurer la surveillance permanente des jeunes élèves. En 1839, le Conseil général refuse de verser sa subvention et le préfet, ayant visité Grand Jouan, devient réticent en raison de la précarité des installations. Ils s'inquiètent de « l'absence de luxe » de l'établissement. Le directeur s'en explique : « Rien n'est plus nuisible que ce genre d'améliorations dans le sort de la classe pauvre, et par conviction, j'ai tenu constamment les élèves de Grand Jouan dans une simplicité dont mon amour propre a eu quelques fois à souffrir parce que le but n'était pas toujours compris par les visiteurs. [ . . .]. Notre but en créant une école de laboureurs est évidemment de faire des laboureurs et de retenir en même temps dans les champs une partie de la population rurale.. [ . . . ]. Mais la vie du laboureur est une vie rude, pénible, laborieuse. Il est de la plus haute importance que les jeunes gens se pénètrent pour toute leur vie de l'impérieuse nécessité du travail et conservent d'ailleurs les dures habitudes qu'ils ont contractées pendant leur enfance [. . . ] ».

Cette philosophie se retrouve dans la conception des établissements mis en place en application du décret d'octobre 1848. Il s'agit d'assurer une formation professionnelle et de préparer l'insertion des jeunes dans la société rurale, en les isolant des dangers de la ville.

Les fermes écoles

Dans les premières femmes écoles les apprentis, considérés comme des valets de ferme, sont toujours hébergés. Leur situation est souvent difficile ; ainsi. en 1849 dans la Nièvre, les élèves de la ferme école de Poussery protestent : « La nourriture est dégoûtante et insuffisante et les travaux auxquels on les livre sont au dessus de leurs forces ; l'instruction primaire et théorique est tout à fait négligée, ils ne sont couverts que de haillons ». Cette situation se retrouve dans la plupart des établissements car les promoteurs de la loi de 1848, insistent sur le fait qu'il convient d'être attentif au « péril de faire perdre aux apprentis des fermes écoles les habitudes de vie austères et simples contractées dans leur famille, et [aux] précautions à prendre pour prévenir le danger et restreindre dans de sages limites le cadre de leur instruction ».

La loi indique que : « La ferme école est une exploitation rurale conduite avec habileté et profit, et dans laquelle des apprentis choisis parmi les travailleurs et admis à titre gratuit, exécutent tous les travaux, recevant, en même temps qu'une rémunération de leur travail, un enseignement agricole essentiellement pratique ». Installée sur une exploitation privée, elle est « destinée à former de bons chefs de culture et contremaîtres ruraux ». Elle a. en général, pour directeur celui qui dirigeait le domaine auparavant. Il est assisté d'un comptable qui fait fonction de surveillant. Tout le personnel réside à l'école, à l'exception du vétérinaire.

Les apprentis, âgés de seize à dix-huit, sont au nombre de vingt quatre à trente six selon l'importance du domine et la nature des productions.

L’hébergement des élèves et du personnel se fait dans les locaux existant sur le domaine. Ainsi que le prévoit une note officielle : « i1 ne faudra recourir qu'avec une grande réserve à des constructions nouvelles. On pourra strictement se contenter pour les apprentis, de deux grandes pièces et d'une chambre de dimension ordinaire : celle ci servirait d'infirmerie. Les deux autres seraient, 1° le dortoir, qui pourrait être placé sous les combles, en prenant des précautions suffisantes pour l'aération et contre le froid, et 2° le réfectoire servant également de salle d'études.

Le surveillant coucherait dans le dortoir. Quant au chef de pratique, il serait logé sans luxe et, s’il était garçon, une chambre suffirait.[...].

Le mobilier sera aussi de la plus grande simplicité, et, à cet égard, on prendra modèle sur ce qui se fait dam la localité [ . . . ]. Les élèves seront soumis, quant à leur coucher, à l’usage du pays. Il serait fâcheux de leur donner à cet égard des habitudes auxquelles ils devraient renoncer à leur sortie de l’école. Toutefois, les conditions nécessaires à la salubrité et les règles d'une bonne hygiène devront être observées. Les apprentis sont nourris par le directeur de la ferme école ~ la nourriture devra être saine, suffisante et semblable à celle de la classe rurale de la contrée.

Les apprentis seront réunis pour la nuit dans un dortoir, sous la garde du surveillant comptable ou du chef de pratique ; néanmoins un certain nombre d'élèves de service coucheront dans les écuries.

Le trousseau devra nécessairement un peu varier suivant les localités. En général, les apprentis arriveront nantis et revêtus des habits qu'ils portaient chez leurs parents, et cela est désirable à plusieurs points de vue ; néanmoins, il est indispensable qu'un costume uniforme soit adopté, particulièrement pour les dimanches et les jours de sortie : la surveillance sera ainsi rendue plus facile. Mais une condition essentielle de cet uniforme, c'est qu'il soit fort peu coûteux ; aussi doit il consister en une blouse de couleur verte, serrée à la taille par une ceinture et portant au collet, en broderie, les deux lettres F.E., et un chapeau de feutre gris : en hiver 1a blouse sera portée sur les vêtements, et, en été, sans eux ».

Les horaires, correspondant aux nécessités du travail agricole, sont très lourds, et organisés strictement. D'avril à octobre, le lever est à 4 heures, le travail a lieu de 5h à 11h, puis de 14h à 19h, avec deux pauses, de 8h à 8h15 et de 16h à 16h30 ; les études se tiennent de 11 h à midi, soit une heure quotidienne seulement. D'octobre à avril, le lever est à 5h, le travail s'effectue de 7h à midi, puis de 13h à 18h sans interruption, soit dix heures par jour ; les études ont lieu de 6h à 7h et de 18h à 20h, soit trois heures quotidiennes. Toute l'année, le compte rendu de la journée et la distribution des consignes pour le lendemain se font de 20h3O à 21h, heure du coucher. Aucun moment de liberté n'est prévu.

Les travaux sont « sauf en période de récolte pressante », interrompus le dimanche et les jours de fête, la journée est alors consacrée en premier à l'accomplissement des devoirs religieux. De plus, « tous les dimanche, on passe la revue du trousseau, des harnais, les directeurs cherchent à faire tourner au profit de la moralité et de l'instruction des élèves, les heures de repos et de récréation qui leur sont accordées ». Les apprentis sont donc occupés en permanence, même pendant les « récréations », et sous surveillance continuelle. Le chef de pratique ou le surveillant comptable assiste aux repas des élèves, il surveille également le dortoir commun.

Les dernières fermes écoles disparaîtront dans les années 1920.

Les écoles pratiques d'agriculture

Créées par la loi du 30 juillet 1875, les écoles pratiques d'agriculture sont « destinées surtout aux fils des cultivateurs aisés, fermiers, métayers, ou petits propriétaires, possédant une solide instruction primaire ». Elles recrutent à l'issue de la scolarité obligatoire des jeunes de treize à dix huit ans. La durée des études est de deux ans, elle est allongée à trois ans dans plusieurs écoles créées à partir de 1882. Les élèves peuvent être demi­ pensionnaires ou externes, les internes paient une pension de 400 francs par an (contre 1 500 à 1 800 francs dans les écoles nationales). Tous les élèves doivent s'acheter un uniforme, « composé d'un pantalon bleu avec liseré rouge, gilet et veston en drap bleu foncé avec broderie, une casquette, le tout conforme au modèle désigné par le directeur de l’École ». Le costume coûte environ 50 francs, somme importante si on la rapproche du prix de la pension annuelle.

L'emploi du temps est organisé de façon à ce que les élèves participent aux activités de l'exploitation et suivent des cours théoriques. La journée est partagée en deux moitiés : l'une est réservée aux leçons, cours, études, exercices de laboratoire et examens ; l'autre est consacrée aux travaux de culture, aux soins aux animaux, au maniement des machines, etc. Les élèves sont divisés en deux sections comprenant des élèves de chaque promotion. Chacune d'elles prend alternativement le service de la pratique à midi, jusqu'au lendemain midi. Ce partage du temps a pour objectif d'éviter aux élèves « le surmenage intellectuel » et « la lassitude corporelle ».

Une circulaire ministérielle en 1890 organise l'emploi du temps quotidien, les leçons ont lieu de 7h30 à 9h et l0h à 12h, puis de 13h à 14h30 et de 17h30 à 19h. Chaque semaine, les élèves suivent vingt quatre leçons et deux conférences.

Une deuxième circulaire précise le régime des vacances, d'une durée d'un mois, organisées par roulement entre les promotions afin qu'une permanence soit assurée pour les travaux agricoles. Ainsi, si la période des vacances s'étend du 1er août au 30 septembre, les élèves sortant de première année reviennent dans l'établissement le 2 septembre afin de participer aux travaux de la ferme et prennent part aux éventuelles excursions agricoles, botaniques ou géologiques. Le ministre ajoute : « Ils profitent, en même temps, des loisirs qui leur sont accordés et ceci s'applique surtout à la promotion sortante, pour repasser leurs cours. » Les examens de sortie sont, en effet, prévus début septembre. Les professeurs prennent également leurs vacances par roulement.

L'âge à l'entrée peut varier fortement, car un certain nombre d'établissements acceptent en deuxième année des élèves venant de fermes écoles, et donc plus âgés. Cette hétérogénéité pose parfois des problèmes ; c'est ainsi qu'à l'école du Lézardeau, dans le Finistère, en avril 1888, les élèves adressent une pétition au directeur pour obtenir la possibilité de sorties plus longues, et surtout en groupe. Après avoir enquêté, l'inspecteur général Prillieux note dans son rapport au ministre «Les élèves de première année sont de très jeunes gens, presque des enfants sortant de l'école primaire, [. . . ] tandis qu'à la seconde année, sont adjoints d'anciens élèves des fermes écoles parmi lesquels se trouvent des hommes de vingt ans. » Il est indispensable de protéger les plus jeunes « contre les entraînements des grands élèves de vingt ans qui, trop souvent, passent leur heure de sortie au cabaret de Quimperlé et désirent avoir le temps d'aller entre deux trains à Lorient dans les maisons fréquentées par les matelots. » L'inspecteur, afin de ramener le calme, propose de laisser les élèves sortir en groupe, en les prévenant qu'au moindre trouble, toute sortie serait supprimée jusqu'à la fin de l'année scolaire. Il exclut, en revanche, toute extension de la durée des sorties. Le double recrutement est supprimé en octobre 1890, lorsque, comme toutes les écoles pratiques, le Lézardeau reçoit exclusivement des élèves entrant en première année.

La première école pratique féminine est installée en 1884 dans le Finistère, au château de Kerliver. Durant leurs trois années d'études, les élèves sont accueillies de manière telle qu'on évite de « donner aux jeunes filles des habitudes de bien être [sic] qui les auraient déclassées, au retour dans leurs familles ». Il convient, en effet, de ne pas couper les élèves de leur milieu d'origine afin de ne pas favoriser les départs vers la ville ; on retrouve là les principes mis en œuvre dans les fermes écoles. La vie quotidienne doit être identique à celle qu'elles connaissent dans leur famille : « C'est dans ce but que le régime ordinaire des populations agricoles de la basse Bretagne a été maintenu. Le pain bis de froment, mélangé d'un petite quantité de seigle ou de sarrasin, la bouillie de farine de sarrasin ou d'avoine et le beurre constituent la base de la nourriture des élèves. Rien n'est changé dans l'alimentation qu'elles avaient coutume de recevoir chez leurs parents ; il n’y a que la propreté en plus ! L'expérience a montré que cette manière de voir présentait des avantages : les petites Bretonnes n'en souffrent pas, loin de là, et, quand elles retournent chez leurs parents, elles sont recherchées en mariage ».

Il est intéressant d'examiner de plus près la situation à l’École pratique du Chesnoy, dans le Loiret, qui, comme les autres écoles pratiques, sera transformée en lycée agricole après l'adoption de la loi de 1960. Cette étude permet de préciser ce qu'est l'organisation de l'internat. A l'origine, en 1889, les équipements sont réduits au minimum une seule salle de cours (20 places), une salle d'études pour les deux promotions (40 places), un réfectoire, une cuisine, une ferme et trois bâtiments agricoles dispersés. La loi de 1920 prévoyant de consacrer 1% des revenus du PMU à la dotation des écoles d'agriculture permet l'introduction progressive d'un certain confort, d'une décoration et d'espaces de loisirs.

Les sorties sont strictement réglementées. Jusqu'en 1904, aucune sortie n'est autorisée même le dimanche et les jours de fêtes, sauf demande des parents ou des correspondants. Progressivement le régime s'adoucit ce que déplore le conseil de perfectionnement en 1928 : « des élèves externes rendent difficile l'application de la discipline bienveillante mais ferme ci nécessaire à la bonne, tenue de l'établissement [à l'avenir] seuls seront autorisés à être externes, ceux qui habitent chez leurs parents ».

Outre la célébration des fêtes religieuses traditionnelles et le chahut marquant les 100 jours avant la fin de la 3e année, la vie à l'internat fait également place aux loisirs culturels, concerts, théâtre, et aux activités sportives, font, tennis, sorties à cheval ou à bicyclette dès 1904. Les élèves participent également aux fêtes locales. En 1934 est fondé le Cercle des élèves ; le président en est un 3e année et le professeur de français, histoire et géographie soutient sa mise en place. Cinq sections sont créées : « artistique » (TSF et bal annuel), « sportive » (ping-pong, tennis, foot), jeux (billard russe, jacquet, dames), littéraire (bibliothèque) et « coopérative » (assurant le « ravitaillement en chocolats, douceurs et cigarettes de la régie française » ). Le bal annuel mobilise les internes durant plusieurs mois pour la préparation des décors, l'organisation et le service. Accueillant la bonne société locale, le bal est une affaire de prestige pour l’École toute entière, élèves et personnels.

Le règlement intérieur est strict, les 80 articles du texte de 1892 reposent sur deux principes : une surveillance sans relâche des élèves par tous les personnels et le respect dû à ceux ci. La majorité des interdits a pour objet le contrôle de la vie en groupe, la protection du patrimoine, des locaux, des produits végétaux et animaux et le respect des principes de laïcité. Les publications, les journaux non scolaires et la participation aux cérémonies publiques sont interdits. Les élèves ont en charge l'entretien des locaux, des cours, de la ferme, du jardin. L'uniforme est de rigueur, y compris pour les sorties.

Ces consignes sont présentées comme une éducation au savoir vivre en société : « décence dans la tenue », « propreté à table », « discrétion » pour se déshabiller au coucher. Les règles sont admises et supportées par les élèves qui sont associés par roulement à la surveillance de leurs camarades et ont une relation de proximité très forte avec les enseignants et le directeur.

Il n'y a pas, jusqu'en 1935, de personnels spécialisés dans la surveillance, cette fonction est assurée par l'instituteur, qui est adjoint du professeur de mathématiques, et par un professeur d'agriculture. Puis apparaît le « surveillant général », un répétiteur ayant sous sa responsabilité deux surveillants, élèves de 3e année.

Le directeur est la personnalité principale par ses contacts quasi quotidiens avec les élèves ; il est l'interlocuteur obligé pour les demandes de dérogation au règlement ; il est enseignant à temps partiel et assure de temps à autre la surveillance du dortoir. Il accompagne les élèves lors de grandes sorties et les reçoit aussi chez lui à l'occasion. Certains enseignants font de même, allant jusqu'à héberger des élèves pendant les petites vacances. Au total il apparaît que l'élève est soumis à une discipline très stricte, mais qu'il n'est pas infantilisé. Son emploi du temps est marqué par les rythmes de la production agricole, mais il dispose de certains moments et espaces de relative autonomie rendant la vie scolaire supportable.

L'enseignement privé

Il est raisonnable de considérer que la situation est comparable dans les établissements catholiques, avec la dimension éducative chrétienne qui se concrétise, comme à l'école de Ploërmel, fondée en 1909 par des Frères des Écoles chrétiennes, dans l'organisation de l'emploi du temps du dimanche matin. Celui ci est consacré à la formation morale et sociale par des cercles d'études portant sur l’Évangile, l'étude du milieu paysan, de la mission et des qualités du chef, de la technique des mouvements spécialisés.

Dans les Maisons familiales, créées en 1935, l'internat est obligatoire, mais le séjour dans la maison ne dure qu'une semaine par mois. A Sérignac Péboudou, dans le Lot et Garonne, le fondateur, l'abbé Granereau, refuse que les jeunes rentrent chaque soir dans leur famille et il s'en explique auprès des parents : « Quand vos enfants rentreront chez vous le soir, il sera tard, ils ne pourront y rien faire. Alors laissez les moi pensionnaires et le temps perdu sur les routes, je le récupérerai pour la formation chrétienne. De plus le dortoir servira pour former la volonté ».

L'hébergement se fait dans un ancien presbytère où une pièce est transformée en dortoir à six lits. la salle à manger conservant sa vocation première et une autre pièce devenant salle de cours et d'études. Les jeunes apportent les produits alimentaires nécessaires pour eux mêmes et le personnel, ainsi que le bois de chauffage ; la gouvernante de l'abbé assure la préparation des repas et veille au bon ordre de la maison. Cette organisation sera reprise dans les autres maisons : les jeunes assurent le fonctionnement matériel de la maison avec l'aide d'une personne appelée plus tard Maitresse de Maison, La vie d'internat est complétée par une formation dite récréative pour apprendre à organiser de « grandes fêtes rurales où tous pourront venir se délasser en famille et jouir de saines joies de la vie des champs ». La première année, les jeunes apprentis organisent une salle du séance, créent un terrain de basket et donnent deux soirées familiales au centre. Il est à noter que les groupes en formation seront réduits. Au maximum de dix jeunes chaque semaine.

L'enseignement agricole moderne

La loi de 1960 s'appuie sur les acquis de ces expériences tout en modernisant les réalisations. Dans une publication officielle présentant l'enseignement agricole nouveau, le chef de service de l'enseignement au ministère de l'Agriculture insiste sur a dimension éducative2. Si l'enseignement agricole doit assurer aux élèves une formation générale et une formation professionnelle, il lui faut également mettre en œuvre « un ensemble de moyens destinés à former un ”homme mûr” ». C'est pourquoi « nous nous proposons de donner en même temps que l'instruction une éducation préparant les jeunes à vivre avec leurs semblables dans leur métier et dans la société tout en assurant l’épanouissement de leur personnalité ».

Le fait que 90% des élèves soient internes « facilite notre entreprise à condition d’être prudent et d'avoir du doigté. Les jeunes ruraux, en raison de leur isolement relatif sont,. par nature, timides, assez renfermés et de tendance individualiste, ce qui /es prédispose évidemment peu à la vie collective. La première rentrée peut être une catastrophe par la brutalité de la rupture qu'elle risque de provoquer si au lieu d'un accueil dans ce cadre agréable et dans une communauté heureuse les enfants ont l’impression d'être précipités dans un monde clos et d’être soumis à une discipline inhumaine qui les ravale au rang d'une unité dans l’uniformité de la masse ». C'est pourquoi la dimension des lycées et collèges est limitée à des effectifs de 250 à 500 et une attention particulière est portée à la construction des bâtiments. Ceux ci s’inscrivent dans « un cadre agricole au sein de la nature, le paysagisme [sic] du site faisant l'objet d'une étude spéciale, et sont dotés d’installations fonctionnelles et coquettes en harmonie avec la région ». Pour les jeunes filles sont prévus dans les constructions nouvelles un internat et un foyer particuliers.

Le chef du service de l'enseignement précise que les établissements sont dotés d'installations sportives car il est « indispensable de former les corps à l'effort et à la résistance physique comme à la souplesse par un entraînement régulier auquel d’ailleurs les ruraux, sont peu préparés. De même il convient de les initier aux sports d'équipe, […] pour leur inculquer le sens de l’effort fait en commun, de la discipline librement consentie et de la réussite ». Sous la responsabilité des professeurs d'éducation physique. les élèves créent des associations sportives diverses.

Pour préparer les élèves à la vie a été créée « une véritable formation socioculturelle intégrée à la vie de l'établissement aussi bien en ce qui concerne ses bâtiments que son corps d’animateurs » Cette formation propose aux élèves des matières et des valeurs éducatives « visant moins à l’acquisition de connaissances qu'à l’épanouissement de l'individu, au développement de l'esprit de curiosité et de recherche, à l'utilisation intelligent du temps libre ». Elle permet d'apporter aux jeunes internes « des lieux et des moments où ils peuvent affirmer leurs goûts personnels, leur instinct créateur, leur sens de l’initiative, où ils puissent se préparer directement à l'exercice des responsabilités, à l'enrichissement de la vie personnelle et à l'apprentissage de la vie en société ».

Les animateurs de ces différentes activités culturelles disposent de bâtiments spécialement conçus, notamment un foyer socioculturel avec le foyer bar, la salle de ping-pong, la salle des jeux bruyants, la salle de télévision, une bibliothèque avec salle du lecture, salle de musique et salle de documentation, un club « jeunes sciences » avec atelier de bricolage et d’expérience, laboratoire photo, salle de naturalisation.

La rénovation de 1985

Dans les orientations de la rénovation apparaît explicitement la nécessité d'améliorer le fonctionnement des établissements. Il est rappelé dans une note lançant les débats au début de 1982 que le fonctionnement des établissements est un élément de la mise en œuvre d'une nouvelle politique de formation. A la rentrée 1983, les premiers résultats de la réflexion conduite du niveau de l'établissement au niveau national indiquent que l'ensemble des partenaires a retenu la vie scolaire comme l'un des cinq thèmes à traiter. Les orientations alors retenues pour ce domaine et rendues publiques par le biais du Bulletin d'information du ministère de l’Agriculture, ce qui les officialisent, sont les suivantes :

« la représentation et l’expression des élèves

L’institution de délégués de classe et de représentants élus des élèves au conseil de l'établissement doit être perçue comme un acte éducatif.

Les élèves élus à divers postes de responsables (classes, conseils, clubs socioculturels, clubs sportifs, coopérative, etc.) peuvent être réunis, en totalité ou en partie (selon les objectifs) en un conseil des élèves soit à l'initiative du chef d'établissement, soit à la demande des élèves. Cela permet un échange permanent d'informations et un dialogue réel sur les problèmes de vie scolaire, notamment d'internat. Cela permet aussi de résoudre la plupart des difficultés de la vie intérieure.

Les instances obligatoires (conseils d'administration, intérieur, de classe, de discipline), celles que les établissements peuvent eux mêmes créer ( conseil des élèves, commission d'internat, commission des menus, ...) ou celles que se donnent les élèves eux mêmes (conseil et commission des associations socioculturelles et sportives, ...) sont conçues pour permettre l'expression du point des élèves.

Il importe cependant que ces possibilités d'expression soient effectives.

L’autorisation de ces réunions d'élèves, sur demande motivée des organisations, relève du chef d'établissement qui, sans se départir des responsabilités qui sont les siennes, veillera bien entendu à ce que de telles réunions respectent la vie scolaire de l'établissement (telle qu’ell est définie dans le règlement intérieur) ainsi que les personnes et les biens.

Le principe de la participation de personnes étrangères à l'établissement et non invitées officiellement par l'administration, relève de la délibération du conseil [ ... ]

  • le règlement intérieur

Trop souvent encore les règlements intérieurs sont conçus dans un sens restrictif, voire comme une liste d'interdiction,s alors qu'ils devraient être la règle que chaque établissement s'est donnée pour organiser sa vie scolaire.C'est ainsi que les positions adoptées à propos de l'expression des élèves et du rythme scolaire doivent y être consignées.

D'une façon plus générale le règlement intérieur doit être élaboré en ayant à l'esprit qu'il s'agit à la fois :

d'une réglementation spécifique qui, dans le cadre et en complément de la réglementation générale, organise la vie scolaire de l'établissement aussi harmonieusement que possible. Si, néanmoins, des difficultés survenaient, la référence au règlement intérieur devrait avant toute phase contentieuse, lever la plupart des litiges ;

d'un contrat de vie pour la communauté scolaire, en effet élaboré à partir des réflexions des différents partenaires qui composent ou sont liés à cette communauté, discuté dans les instances où toutes ces composantes sont représentées. Ce règlement intérieur doit être l'expression d'une volonté commune d'organiser la vie collective et l'acceptation des droits et obligations réciproques.»

A la rentrée 1983, chaque établissement a été invité à réexaminer son règlement intérieur.

Michel Boulet

* Document de travail pour 1'Observatoire National de l'Enseignement agricole, mai 2001

1 MAURON, Paul. « L’enseignement agricole ». Revue française de l’agriculture, n° spécial « Enseignement agricole », 1er trimestre 1968.

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