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L'école des paysans

Enseignement agricole privé : évolution de 1918 à 1960 |2005]

9 Mai 2019 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #enseignement public enseignement privé

I L'entre-deux-guerres 1918-1940

La loi du 2 août 1918 ne fait aucune allusion à l’enseignement agricole privé qui existe depuis le XIXe siècle. Mais, aucune opposition ne se manifestant à son égard, cet enseignement est, de fait, autorisé à s’organiser en toute indépendance. C’est ce qu’exprimait, en 1917, un rapport de Georges Lemoine, membre de l’Institut, devant l’Académie des Sciences : « on voit qu’aujourd’hui l’enseignement agricole libre a fait ses preuves. Il est plus que jamais désirable de le laisser se développer sous toutes ses formes. Il réalise pour l’État, au milieu de formidables difficultés financières, une économie très sérieuse, car il peut vivre sans aucune subvention, surtout grâce aux exploitations agricoles rémunératrices jointes aux diverses écoles ».1

L'enseignement agricole privé se développe donc durant cette période. Ses promoteurs insistent sur sa qualité première, « la souplesse »2 ; ils soulignent que « cet enseignement est uniquement orienté vers la formation des vrais professionnels, puisque la préparation à l'emploi de fonctionnaire n'est pas à envisager ». L'aspect confessionnel est nettement mis en retrait au lendemain de la guerre. Mais, en 1925, l’Assemblée des cardinaux et archevêque publie une déclaration virulente condamnant l’école laïque qui « trompe l’intelligence des enfants, pervertit leur volonté, fausse leur conscience ».3 Cette position est désapprouvée par le Vatican, cependant, en 1929, le pape Pie XI dans l’encyclique Divini illius magistri, rappelle que les enfants catholiques ne peuvent fréquenter l’école laïque. Pourtant durant cette période de l’entre-deux-guerres la querelle scolaire ne se ranime pas, l’anticléricalisme n’ayant plus autant d’influence dans l’opinion publique.

En 1925, est créée l’Association pour le développement de l’apprentissage agricole, horticole et des petits métiers ruraux, à l’initiative de Charles Ferdinand Dreyfus, président-directeur de la ferme-école de Bel-Air à Fontenay-le-Briis en Ile de France. Elle regroupe « tous ceux qui s’intéressaient [à l’apprentissage agricole] : centres annexés aux écoles dépendant du ministère de l’Agriculture, centres d’origines professionnelle ou confessionnelle, mais aussi des personnalités du Parlement, de l’Administration ou de la profession ».4 Cette association préfigure l’Union rurale nationale d’Éducation et de Promotion, UNREP, qui sera fondée après la Seconde Guerre mondiale.

Afin d'assurer la coordination et la promotion de l’enseignement privé catholique, est constituée en 1934 l'Union nationale de l'Enseignement agricole privé, l'UNEAP, syndicat de chefs d’établissement. L'initiative est prise par le Comité national de l'Enseignement libre avec l'assentiment de la Commission permanente des cardinaux et archevêques. La présidence est confiée au Père Guilloux, directeur de l'École supérieure d'agriculture d'Angers. Son but est la défense de l’enseignement agricole privé catholique, l’étude et l’organisation des moyens techniques, économiques permettant d’assurer la bonne réussite du projet de formation professionnelle technique, humaine et chrétienne des jeunes ruraux et rurales qui fréquentent ses établissements.

Dans la plupart des cas, les établissements privés sont créés avec l’appui des syndicats agricoles de l’UNSA - dont le secrétaire général, Jacques Le Roy Ladurie, est un ancien élève de l’École d’agriculture d’Angers - et de la Société des Agriculteurs de France. Ceci se traduit dans les orientations retenues par l’enseignement et notamment par la sensibilité aux thèses corporatistes, voire de la droite extrême. C’est ce qu’illustre le cas de l’École supérieure d’agriculture de Purpan : « Tout au long de ces années trente, on entend, par exemple lors des réunions annuelles d’anciens, l’écho d’une irritation latente provoquée par la politique générale ou spécifiquement agricole de la France. Les auteurs d’articles ou les orateurs de fin de banquets préconisent volontiers des solutions gravitant autour de deux axes : décentralisation et organisation professionnelle de type corporatif. Les espoirs qui se font jour au lendemain du 6 février 1934 sont bientôt déçus par les échecs de Gaston Doumergue et de ses successeurs, où s’annonçait le triomphe d’un Front populaire assurément peu goûté de cette catégorie de citoyens ».5

Il en est de même dans certaines écoles de niveau secondaire, comme l’École d’agriculture du Nivot, dans le Finistère, fondée en 1922, avec le soutien de l’Office central des associations de Bretagne du comte de Guébriant. Le directeur de cet établissement, Le Floc’h, demande, en 1933-1934, le soutien de Dorgères dans ses démêlés avec le fisc. Le Floc’h participe à la tribune à un meeting de Dorgères à Rouen, le 22 février 1935, consacré à un projet de grève des impôts, ce qui lui vaut d’être poursuivi pour complicité, mais il sera acquitté.6

Les écoles d’agriculture privées sont souvent considérées comme un moyen de lutter contre des responsables politiques qui méprisent les paysans. Bien que payantes et recrutant surtout les enfants de l’élite rurale, « l’accent mis par elles sur les enjeux de l’enseignement agricole aidait ces élites à partager la colère des petits paysans contre les instituteurs suspectés d’apprendre à leurs élèves le mépris du mode de vie parental ».7 Certains de ces établissements reçoivent des fils d’agriculteurs aisés, telle l’école de Ressins dans la Loire, ouverte en 1920.8 Mais, il faut rappeler que l’idée d’élite rurale ne se confond pas avec la catégorie des grands exploitants, le recrutement des écoles est en général beaucoup plus diversifié, comme le montre l’exemple même de l’école du Nivot. Où l’on retrouve des fils d’agriculteurs aisés, mais aussi de petits fermiers.9

Bien évidemment, l’influence du dorgérisme ou de l’extrême droite n’est pas général, et l’on retrouve d’autres conceptions de la « fierté d’être paysan », par exemple à travers les liens tissés entre des établissements privés et la JAC.

Enfin, cette période voit, à côté des établissements scolaires catholiques, se développer d’autres établissements, tels ceux de l’Association pour le développement de l’apprentissage agricole, horticole et des petits métiers ruraux et apparaître, en 1935, une nouvelle formule de formation professionnelle avec la Maison Familiale de Lauzun, dans le Lot-et-Garonne.

1 L'enseignement supérieur

Après Beauvais et Angers, deux nouveaux établissements apparaissent, Purpan en 1919 et La Félicité en 1923.

L'École d’agriculture de Purpan est implantée sur un domaine de 47 ha d’un seul tenant, proche de Toulouse, disposant d’un vaste château ; l’enseignement y est assuré sous la responsabilité des Jésuites. L’initiative de la création de l’établissement revient à un grand propriétaire, Henri Théron de Montaugé, collaborateur de l’Association catholique de la jeunesse française, l’ACJF, avec l’aide d’un jésuite de Toulouse, Marc Dubruel, de l’abbé Barjallé, professeur de mécanique agricole pour des mutilés et le soutien de l’Institut catholique de Toulouse.10 L’établissement qui devait s’implanter sur les terres de Théron de Montaugé s’installe, après la mort de celui-ci en 1919, sur le domaine de Purpan. Le montant du prix d’achat a été réuni par une société civile dont l’un des présidents est Ambroise Rendu, député de Haute-Garonne et secrétaire de l’Union centrale des syndicats agricoles de France. La société prend possession du domaine le 1er novembre 1920 et le 15, vingt-deux élèves entament leur formation.

Une notice diffusée en 1921 explicite les objectifs de l’établissement : « Le but de cette création est de mettre à la disposition de notre jeunesse du sud-ouest les moyens d’acquérir une formation agricole théorique et pratique, qui leur permette de réaliser une mise en valeur plus rémunératrice des domaines dont ils auront plus tard à assumer la direction. Cette création vise aussi à préparer à nos populations rurales l’élite, parfaitement chrétienne, en même temps que professionnellement très bien formée, nécessaire pour que notre région puisse réaliser tous les progrès désirables ».11

L’école comprend deux sections :

  • la section des élèves ingénieurs, où l'enseignement théorique et pratique dure trois ans. Il s'agit que « le praticien débutant puisse par lui-même exécuter les travaux de son exploitation ». Les élèves de première et deuxième années travaillent eux-mêmes le domaine. A la fin de la troisième année les élèves reçoivent un certificat d'études agronomiques. Puis, après un an de stage, ils présentent un mémoire, dit « thèse », afin d'obtenir le diplôme d'Ingénieur d'agriculture, accordé par la SAF ;

  • la section des élèves régisseurs, fermiers, petits propriétaires, ouverte en mai 1921, où les études durent deux ans et sont surtout pratiques. Elle est supprimée en 1932, après avoir formé 79 jeunes, en raison de l’ouverture dans la région d’établissements de même niveau.

L’établissement fait appel à vingt-cinq à trente enseignants, Jésuites ou laïcs. Les effectifs d’élèves demeurent limités, allant de douze pour la seconde promotion à vingt-six pour la dix-neuvième (1929-1932) ou dix-sept pour la suivante. Dans les années trente le recrutement devient plus difficile, se situant entre dix et quatorze élèves par promotion, et même seulement sept en 1935. L’École connaît alors une situation délicate en raison de ces faibles effectifs qui affectent ses finances. Le Père général des Jésuites songe même à confier l’établissement aux Frères des Écoles chrétiennes, car « les fruits n’en sont pas ceux qu’il est permis d’attendre du travail de six Pères ; il faut dès lors penser à laisser tomber cet établissement ».12 Il n’en sera rien et, à l’automne 1940, l’École de Purpan a formé depuis son ouverture 277 jeunes, diplômés ou auditeurs libres. A partir de 1925, l’École accueille des cours par correspondance dont nous traiterons plus loin.

L'École de la Félicité, près d'Aix-en-Provence, est créée en 1920 par les Jésuites de Lyon, avec le patronage de la SAF. Son enseignement fait une large place aux travaux pratiques, sur trois domaines d'une superficie totale de 70 ha. Les études durent deux ans et conduisent à un certificat, puis au diplôme d'Ingénieur-agriculteur. Ouverte avec seize élèves, elle en compte vingt-huit en 1922, elle est fermée en 1930 « en dépit de ses débuts prometteurs ».13

En 1921, l’Institut agricole de Beauvais est reconnu comme section d’enseignement supérieur agricole de l’Institut catholique de Paris. Les effectifs totaux qui sont de 120 à 130 élèves, connaissent une baisse constante dans les années trente, atteignant seulement 60 jeunes en 1937 et 1938.

En 1922, l’École d’agriculture d’Angers s’installe dans de nouveaux locaux sur le domaine de la Fontaine, quittant les bâtiments mis à sa disposition par l’Université catholique de l’Ouest. En 1933, des anciens de l’École et des personnalités de la région se groupent dans le Syndicat d’enseignement agronomique et de recherche agricole qui prend l’entière responsabilité de l’établissement. Avec l’appui du secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, Hitier, une troisième année est ouverte pour « préparer aux affaires rurales ».14

En 1923, les quatre écoles supérieures constituent l’Association des écoles supérieures d’agriculture libres, patronnée par la SAF, afin d'assurer « l'éducation du chef dans le professionnel », en coordonnant leurs activités, notamment pour le recrutement des professeurs, les bourses, les stages et le placement des sortants. Elles regroupent 350 élèves en 1925-1926.

Un autre établissement supérieur privé est créé en 1922, l'Institut Technique de Pratique Agricole (ITPA). Les fondateurs sont des ingénieurs agronomes, pour la plupart enseignants à l'Institut national agronomique, qui se groupent en coopérative, avec l'appui de personnalités, sous la conduite d'Eugène Tisserand, puis de Victor Boret, ancien ministre de l’Agriculture.

Chaque année sont assurées deux sessions de quatre mois, à partir du 1er octobre et du 1er mars. L'objectif est de « donner dans le minimum de temps les principes substantiels de la pratique agricole étayée sur les théories les plus modernes de la science agronomique ». Les cours ont lieu le matin, l'après-midi est réservé aux travaux pratiques à la ferme d'application de Gournay-sur-Marne et à des visites diverses.

Les élèves des deux sexes, sont des personnes souhaitant « embrasser la carrière agricole », ils sont admis sans limite d'âge, avec le niveau minimum du baccalauréat. Ils obtiennent le diplôme d'Ingénieur Technique d'Agriculture. De 1922 à 1925, le nombre d’élèves par session est passé de 12 à plus de 50, soit au total 325 élèves, dont 46 ayant moins de vingt ans, 225 de vingt à quarante ans et 55 de quarante-cinq à soixante-cinq ans. On peut préciser que « 3 dames, 8 jeunes filles se sont classées parmi les premières et plusieurs dirigent des exploitations importantes [...] ».15

Enfin, Louis Mila recense une École libre d’agriculture à Saint-Sulpice dans le Tarn, créée en 1927 sur un domaine de 100 ha qui accueille des jeunes ayant au moins treize ans pour les préparer, par un enseignement essentiellement théorique, en deux ans à un diplôme d’études agricoles et en trois ans au diplôme supérieur d’agriculture et de sociologie rurale afin de faire des « agriculteurs instruits »16.

2 - L'enseignement moyen

En 1926, il existe 16 écoles moyennes catholiques, comparables aux écoles pratiques.17 En outre, le Syndicat Agricole d'Anjou a fondé et contrôle l'École des Ponts-de-Cé, près d'Angers.

De nombreux collèges secondaires privés ou écoles primaires supérieures ont mis en place des sections agricoles, dont les études durent trois ans. En 1926, il y en aurait entre 30 et 40.

En 1936, Louis Mila donne la liste d'établissements privés parmi lesquels 15 semblent être du niveau moyen. Il faut noter que 10 ont été créées par les Syndicats Agricoles et la Société des Agriculteurs de France. Nous n'avons aucune donnée sur les effectifs scolarisés.

Il existe également des sections agricoles dans des établissements secondaires privés, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais.

Écoles d’agriculture privées de niveau moyen

Etablissement

Lieu

Date de création

Statut

Durée des études

Conditions d’admission

École herbagère de Beauregard

Clairefontaine

Aisne

1930

École catholique

1 à 6 mois

+ de 16 ans

Institut agricole Saint-Joseph

Limoux

Aude

1872

SAF

5 ans

11 à 15 ans

École pratique d’agriculture libre

Laroque

Aveyron

1912

Union des syndicats du Plateau central

2 ans

12 à 20 ans

+ CEP

École d’agriculture libre de Nermont

Chateaudun

Eure-et-Loir

1929

Union des syndicats du Dunois

2 ans

13 à 17 ans

École d’agriculture Charles Chevillotte

Le Nivot

Finistère

1923

SAF

2 ou 3 ans

13 à 17 ans

École d’agriculture de Ressins

Nandax

Loire

1920

Union des syndicats agricoles de la Loire

3 ans

+ de 13 ans

+ CEP

Institut agricole libre de Vals

Le Puy

Haute-loire

1904

SAF et Union des syndicats Sud-Est

3 ans

+ de 13 ans

+ CEP

École prof. libre de Malroy

Dammartin/Meuse

Haute Marne

1842

SAF

3 ans

13 à 18 ans

École secondaire d’agriculture

Ploërmel

Morbihan

1909

SAF et Union syndicats régionaux

2 ou 3 ans

15 ans + brevet ou bac

École pratique d’agriculture libre

Genech

Nord

1894

Ecole catholique

2 ans

16 ans

Institut agricole de Sandar

Limonest

Rhône

1895

Union du Sud-Est et SAF

3 ans

14 à 20 ans

Section agricole de l’Institut St-Joseph

Mesnières/Bray

Seine-Inférieure

1835

Ecole libre

3 ans

13 à 17 ans

 

Ecole horticole «Les pressoirs du Roy »

 

Champagne/Seine

Seine-et-Marne

 

 

Fondation Cognacq-Jay

3 ans

13 à 15 ans

+ CEP enfants de familles nombreuses

Section horticole de l’École St-Nicolas

Igny

Seine-et-Oise

1854

Ecole libre

3 ans

14 à 16 ans

+ CEP

École d’agriculture N.D. de la Forêt

La Mothe-Achard

Vendée

1922

Syndicat agricole de Vendée et SAF

2 ou 3 ans

13 à 18 ans

Source : MILA, 1936

A ce niveau moyen, se situe l'enseignement par correspondance. Après les cours créés en 1913 par l’Union du Sud-Est, l’ACJF demande, en 1921, à l’École de Purpan d’organiser un tel enseignement ; les cours, placés sous la responsabilité du père Dubruel, débutent en octobre 1922 avec 87 inscrits. En 1925, sont déposés à la mairie de Toulouse les statuts du Syndicat méridional des études par correspondance qui dispose ainsi d’« une appréciable indépendance vis à vis de l’Éducation nationale pour aménager ses programmes et son mode spécifique de fonctionnement ».18 Les Études agricoles par correspondance, EAC, enregistre en 1925 plus de 800 élèves, âgés de 18 à 25 ans ; les cours de l'Union du Sud-Est, 720. « Les résultats acquis déjà ont dépassé largement les prévisions des organisateurs : par ces cours une jeunesse, qui sans eux auraient pu rester assoupie dans la passivité routinière de la vie campagnarde, s'éveille au progrès technique et au sens social ». En 1938-1939, les EAC compte 1 500 inscrits dans vingt-cinq départements du Sud-Ouest.

En 1927, l’École d’agriculture d’Angers lance à son tour un enseignement par correspondance en fondant le Centre d’Etudes rurales par correspondance d’Angers, le CERCA, qui offre une formation technique à une moyenne annuelle de 5 000 jeunes, en complément de la formation dispensée par la JAC.19 Les élèves sont en général groupés en « petits cercles d'études » au plan local, sous la responsabilité d'un président de Syndicat agricole ou du curé du village.

En outre, des « Semaines rurales » organisées par l’ACJF rassemblent les jeunes afin qu'ils rencontrent des dirigeants agricoles régionaux et des spécialistes des techniques agricoles modernes, tout en consacrant une partie de leur temps à une retraite spirituelle. De 1921 à 1929, Purpan accueille ces Semaines rurales, puis elles émigrent vers d’autres lieux.

3 - L'enseignement primaire

Ce sont les écoles rurales privées qui continuent d'assurer cet enseignement avec le soutien de syndicats agricoles, selon les principes mis en œuvre depuis la fin de XIXe siècle.

Ainsi, en 1924, l'Union du Sud-Est délivre 323 certificats d'études agricoles. Et Lavallée, reprenant les positions du Congrès de Rouen sur l'école rurale, demande que l'enseignement public accepte « l'émulation dans la liberté, non la rivalité mesquine, la mise en commun fraternellement des expériences, des initiatives de tous [pour] la rénovation de notre agriculture française ».

4 - L'enseignement féminin

Pour Lavallée, directeur technique de l’ESA d’Angers, et pour les responsables des établissements pour jeune filles, il ne s'agit pas pour les femmes de savoir gérer une exploitation agricole, mais « d'être, sans plus, "fermière" au sens réel du mot, et "ménagère" avant tout ».

L'enseignement privé assure donc uniquement un enseignement agricole ménager. L'École supérieure d'agriculture pour jeunes filles de Gometz-le-Chatel en Seine et Oise formule ainsi son objectif : « Apprendre aux jeunes filles à entretenir l'intérieur de la maison et de la ferme, à y faire régner l'ordre et l'économie, à surveiller les travaux des champs, à devenir l'auxiliaire éclairée de son mari ».20 Ceci montre que l'Église et la Société des Agriculteurs de France maintiennent leur conception traditionnelle de la femme rurale.

En 1926, Lavallée indique « qu'au sommet » il existe l'École Supérieure d'Agriculture pour jeunes filles de Belleville ». Cette école « prépare les jeunes filles du monde [sic] à aider leur futur mari dans leur exploitation et, le cas échéant, à les diriger elles-mêmes, forme également des professeurs d'enseignement ménager agricole, et même de jeunes servantes de ferme, dites "petite fermières" [...] ».  En 1936, Mila ne mentionne pas cet établissement. A Paris existe également une école normale d'enseignement ménager avec une section formant des enseignantes pour les écoles ménagères rurales. Un centre comparable fonctionne à Lyon avec l'Union du Sud-Est.

Au niveau moyen existent des cours volants et des écoles ménagères fixes. En 1936, Mila ne cite que l'École ménagère libre d'Anchin, à Pecquencourt dans le Nord, dépendant de la Fédération agricole du Nord de la France, accueille les élèves pendant deux ans, sur un domaine de 28 ha,

D’autres établissements apparaissent, tel le Centre de Bouldoire près de Marvejols, en Lozère, en 1931.21 Pour les jeunes filles sont également organisées, à partir de 1919, des Semaines rurales qui au début des années trente réunissent de 400 à 600 jeunes filles annuellement.22

Au niveau primaire, les écoles rurales privées assurent toujours un enseignement féminin.

5 - Les Maisons Familiales

C'est en 1935 que voit le jour à Sérignac-Péboudou, en Lot et Garonne, une formule nouvelle d'enseignement qui va se faire ensuite connaître sous le nom de Maison Familiale. Il est utile d'en retracer la genèse car ce type d'établissement se développera fortement après la Seconde Guerre mondiale.23 Ce sont le Secrétariat Central d'Initiative Rurale, SCIR, et l'abbé Granereau, qui sont les promoteurs de cette Maison Familiale.

Le SCIR est fondé le 10 novembre 1920, il est alors affilié à un parti politique, la Ligue Nationale de la Démocratie. Très rapidement, le SCIR devient autonome et définit ainsi son but, dans l'article 4 de ses statuts24 :

« Le SCIR, s'appuyant sur les principes chrétiens et démocratiques, a pour but l'étude et la défense des intérêts professionnels de l'agriculture française et spécialement :

1°) d'établir un programme d'action pour restaurer, développer et maintenir la famille rurale dans le cadre de la profession agricole organisée ;

2°) de constituer parmi ses membres une élite capable de se dévouer à la réalisation de ce programme, de créer les ressources que nécessite cette entreprise ».

Les responsables du SCIR, influencés ou formés par le mouvement de Marc Sangnier, Le Sillon, précisent dans leur programme l’importance qu’ils accordent à la formation des agriculteurs : « Adaptation de l'enseignement primaire et organisation efficace de l'enseignement post-scolaire agricole public et privé ; propagande par le livre. Formation d'une élite rurale par les cercles d'études et les semaines rurales ».

De son côté, l'abbé Granereau, curé de Sérignac-Péboudou, petite paroisse du Lot-et-Garonne, qui est l'un des fondateurs du SCIR, cherche le moyen d'assurer la formation professionnelle des fils d'agriculteurs ne pouvant aller dans une école d'agriculture. Répondant à une demande d'agriculteurs de son département, il propose d'utiliser les cours par correspondance de l'École de Purpan, et de créer un centre d'apprentissage en application de la loi de 1929 : formation pratique sur l’exploitation paternelle, formation théorique sous la conduite d’un formateur, l’abbé lui-même.

Afin de satisfaire à la loi, c'est le SCIR qui, le 13 octobre 1935, crée la section d'apprentissage agricole du SCIR pour la région de culture du Prunier d'Ente, dit prunier d'Agen. La formation doit durer trois ans, à raison d'une semaine de séjour au centre chaque mois entre octobre et avril, et de trois semaines sur l'exploitation paternelle. Le centre, installé à Sérignac-Péboudou ne reçoit la première année que quatre élèves.

C'est la mise en œuvre d'une formation qui veut être liée au milieu, avec le principe de l'alternance école-exploitation familiale. Ceci permet, selon les promoteurs, de mieux réaliser la coordination enseignement pratique - enseignement théorique et, de plus, d’assurer une aide économique certaine pour les petits et moyens agriculteurs en laissant le fils travailler avec son père trois semaines par mois.

En mai 1936, a lieu l'examen de fin de première année, au cours d'une Journée familiale agricole. Le texte d'invitation, rédigé par les parents des quatre élèves, précise que les élections qui ont donné la victoire au Front Populaire, ne changent rien au sort des paysans.25 Ceux-ci devront continuer à travailler dur pour vivre pauvrement et à « toujours se méfier de ceux qui se prétendent nos chefs et qui, trop souvent, se servent de nous au lieu de nous servir ». Présentant l'école, le texte en énumère les avantages : elle « 1° - ne vous coûtera pas cher, le frais principal : l'alimentation, étant fourni en nature ; 2° - ne vous prendra pas trop longtemps vos enfants : une semaine par mois seulement, de novembre à avril ; 3° - ne vous créera pas de déplacements coûteux : elle se trouvera à 2, 3, 6, 10 km, au plus, de chez vous ». Et cette école « prépare vos fils à devenir de vrais chefs paysans que les autres pourront suivre sans méfiance ».

La conception reste donc élitiste, même si nous devons traduire aujourd'hui le terme de chef par celui de responsable. L'objectif n'est pas de toucher la masse des jeunes, mais d'aider à l'émergence de responsables agricoles issus de la paysannerie petite et moyenne. C'est le projet qu'affirme Le Sillon de Marc Sangnier « Faire que naisse dans le milieu ouvrier et dans le milieu paysan, une élite qui puisse prendre en charge son propre milieu ». En outre, il faut redonner aux paysans l'amour de la terre et la fierté de leur métier. Ces idées ont une résonance certaine dans un milieu qui subit la crise économique et les changements politiques, et qui veut s'affirmer dans la Nation. C'est ce que traduit, par exemple, l'appui donné au projet par les jésuites de l'École d'agriculture de Purpan, soucieux de « former une élite rurale chrétienne ». C'est d'ailleurs un jeune ingénieur sorti de Purpan qui est engagé comme premier moniteur par l'Abbé Granereau en 1936, lorsque l'établissement héberge seize élèves pour la deuxième promotion.

En 1937, l'établissement prend son autonomie vis-à-vis du SCIR, et s'installe à Lauzun, chef lieu du canton, en prenant le nom de Maison Familiale. Les parents, en effet, groupés en association, gère la Maison où leurs fils viennent une semaine par mois.

A la fin de l'année scolaire 1937-1938, les premiers élèves arrivent en fin de formation. Le 19 décembre 1938 ils passent l'examen du brevet d'apprentissage et d'aptitude professionnelle agricoles prévu par la loi de 1929, devant un jury présidé par le directeur des Services Agricoles du Lot-et-Garonne. Les trois candidats sont reçus. Selon Daniel Chartier, il s'agit du premier examen de ce type, personne n'ayant jusque là demandé l'application de la loi de 1929 sur ce point. Il ajoute : « l'organisation de cet examen à Lauzun attirait une nouvelle fois l'attention des pouvoirs publics sur l'expérience de Lauzun, c'était en quelque sorte la consécration officielle de la formule ».26

Une Maison Familiale pour jeunes filles est prévue à Lauzun dès 1938, mais elle ne s'implante qu'en novembre 1940, avec 35 élèves. Le projet d'une autre Maison Familiale est lancée en été 1939 en Haute-Savoie, elle est créée le 15 décembre 1940 à Vétraz-Monthoux, avec 45 élèves.

En 1940, il y a donc trois Maisons Familiales en France, dont une pour jeunes filles ; leur nombre va croître dans les années suivantes.

6 - Bilan de la période 1918-1940

L'enseignement agricole privé n'a pas connu de développement spectaculaire entre 1918 et 1940. Il a conforté ses formations de niveau supérieur et implanté quelques établissements de niveau moyen. Il s'agit essentiellement d'un enseignement catholique ou appuyé par l'Église, avec un soutien actif des syndicats agricoles liés à la Société des Agriculteurs de France.

La nouveauté essentielle est l'apparition d'une forme d'enseignement qui ne s'aligne pas sur la loi de 1918 mais fait référence à la loi de 1929 sur l'apprentissage. Elle n'a qu'une place marginale en 1939, mais ses conceptions sont proches de celles qui dominent dans le milieu agricole : les paysans doivent se former chez eux afin de se donner des dirigeants issus de leurs rangs pour que l'agriculture soit enfin mise à la première place dans la société.

II Le régime de Vichy 1940-1944

Les dirigeants du pays décident en 1941 de promulguer une loi sur l'enseignement agricole. Mais, le Parlement étant « en congé », aucun rapport n'est publié, aucun exposé des motifs n'est présenté. Cette « loi » « fut mise en forme, dans le secret du cabinet, et dans un délai record, par deux ou trois hauts fonctionnaires, sans consultations notables ».27

La « loi » du 5 juillet 1941, par son article 3, reconnaît pour la première fois l’existence de l’enseignement privé en précisant que l’enseignement postscolaire agricole peut être assuré par des instituteurs et institutrices privés pourvus du certificat d’aptitude à l’enseignement agricole ou ménager agricole. Elle précise, par son article 8, que les élèves de l’enseignement privé sont « admis » à subir les épreuves du diplôme d’études agricoles du deuxième degré.

Mais, une nouvelle « loi » du 12 juin 1943, regroupant en un seul article, le 6, les dispositions concernant l’enseignement privé va en modifier la teneur. Ainsi les instituteurs et institutrices privés « sont admis » à se présenter aux examens pour la délivrance du certificat d’aptitude à l’enseignement agricole ou ménager agricole. Ce qui était une obligation devient simplement une possibilité.

L'analyse de la situation de l'enseignement agricole privé entre 1940 et 1944 est difficile à réaliser car les informations sont rares.

Les écoles catholiques sont, depuis 1934, regroupées dans l'Union nationale de l'Enseignement agricole privé, UNEAP, qui poursuit ses activités pendant l'occupation. A l'instigation des responsables pour les questions féminines de la Corporation Paysanne sont organisées des « semaines rurales » et créés des Centres d'apprentissage féminins dont les cadres ont été formés dans les écoles de type « supérieur court », telle La Beuvrière. Dans les villages se multiplient de petits ouvroirs recueillant les jeunes filles à la sortie de l'école primaire, et tenus à 95 % par des religieuses ; ils deviendront ultérieurement des centres ménagers.

Sans aucun doute, l'enseignement agricole catholique bénéficie de sa reconnaissance officielle par la loi de 1941, ainsi que des conceptions politiques et idéologiques du régime de Vichy. Mais il est difficile de préciser son influence réelle. Selon une enquête du CNEAP, 30 % des établissements existant en 1990 ont été créés entre 1940 et 1949, mais nous n’avons pas d’informations précises sur la période 1940-1945.

Selon la Société des Agriculteurs de France28, il y a en 1945 : 4 établissements d'enseignement supérieur agricole privés, et au niveau moyen, 27 établissements privés pour garçons et 46 pour filles, dont 16 formant des monitrices et 2 des institutrices privées. Enfin, il y aurait 25 000 jeunes dans les cours post-scolaires privés.

En ce qui concerne l’Association pour le Développement de l’Apprentissage agricole, horticole et des petits métiers ruraux, dont le fondateur, Charles-Ferdinand Dreyfus est mort en déportation, les données manquent également.

Les informations concernant les Maisons Familiales sont accessibles29 et permettent d'apprécier leur évolution.

C'est le 17 novembre 1940 que s'ouvre la première Maison Familiale pour jeunes filles, à Lauzun, avec 35 élèves, la seconde Maison Familiale pour garçons est créée le 15 décembre 1940 à Vétraz-Monthoux, en Haute-Savoie, avec 45 élèves. Afin de développer ce type d'établissement, un « propagandiste » est chargé de visiter les régions et de prendre contact avec les autorités. Au 1er janvier 1942, il y a 15 Maisons Familiales en « zone libre » et 2 en « zone occupée ». Le rapport établi par le « propagandiste » note qu'« au total, dans toute la France, après quelques mois seulement de propagande et d'organisation, ce sont plus de 500 jeunes apprentis futurs cadres de la nouvelle paysannerie française qui se forment actuellement à leurs responsabilités, à leurs devoirs de chefs paysans [...] ».30

Afin de structurer le mouvement, le 14 septembre 1941 est fondée l'Union Nationale des Maisons Familiales, la première réunion de son Conseil National se tient du 10 au 12 décembre 1941 à Vichy. La loi du 4 octobre 1941 faisait obligation à tous les syndicats de s'affilier à la Corporation Paysanne. Afin de garder leur autonomie, les Maisons Familiales abandonnent le statut de syndicat pour celui d'association du type loi de 1901.

Trois préoccupations vont dominer l'activité de l'UNMF jusqu'à la Libération :

- trouver des sources de financement,

- favoriser la création de nouvelles Maisons Familiales,

- créer des écoles de cadres.

À partir de décembre 1941, un groupe de sept jeunes filles est formé pour devenir des monitrices, à Malause dans le Tarn et Garonne. C'est une congrégation religieuse qui en assure l'hébergement. Puis un centre de formation de moniteurs est ouvert en 1942 à Pierrelatte dans la Drôme. En 1943, enfin l'école de monitrices s'installe à Montbard, en Côte d'Or.

Le nombre des Maisons Familiales est de 35 en 1943, il passe à 80 en 1945. L'essor du mouvement pendant les années de guerre est évident, sans aucun doute, il a bénéficié d'appuis du régime de Vichy. Lors du Conseil National de décembre 1941, le point des démarches faites auprès des autorités, le montre : « Le Général Campet reçoit au nom du chef de l'État, approuve, encourage et remet 50 000 francs au Président pour l'Union Nationale. Ce fut ensuite le Vice-Président du Conseil, le Ministre de l'Agriculture, le Secrétaire Général à la Jeunesse, le Commissaire Général à la Famille. Partout le même idéal : refaire une France belle parce que chrétienne et paysanne ».31

Incontestablement, il y a communauté d'orientation entre les Maisons Familiales et Vichy qui chante les vertus agrariennes de la France et le rôle de la famille. En outre, un courant de l'UNMF est favorable au renforcement du caractère confessionnel du mouvement, ce qui conduit, en 1943, à l’ouverture d’un débat sur les liens à établir avec l'Église. Le président de l'UNMF, Gustave Thibon, résume ainsi la position de son organisation : « le mouvement peut être soutenu par l'État, il peut et doit être dans une large mesure épaulé et même inspiré par la religion ; mais il ne saurait être absorbé ni par l'État, ni par l'Église. C'est la famille qui, en dernière analyse, constitue le socle du mouvement ».32 Si l'indépendance organisationnelle existe, la convergence idéologique avec les dirigeants du pays est assez évidente, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les Maisons Familiales se multiplient, dans une période où l'école publique est vivement attaquée.

Mais un autre aspect explique le succès de ces établissements, c'est le fait que le jeune en formation n'est pas coupé de l'exploitation agricole de ses parents. Cet enseignement apporte une réponse à la vaste question de l'école rurale, débattue depuis plus d'un siècle : « Comment faire pour que l'école ne coupe pas le jeune de son milieu d'origine ? » La réponse apportée par les Maisons Familiales est, bien sûr, incomplète, notamment par les insuffisances de la formation générale dispensée, mais les agriculteurs lui font bon accueil. Ceci se comprend d'autant mieux que l'enseignement agricole public, lui, n'a pu apporter de réelle solution à ce problème. Le jeune qui étudie dans une école d'agriculture publique n'a que des contacts limités avec son milieu, au moment des vacances. Si les cours postscolaires ont su, eux, répondre à la demande, la période n’est guère favorable aux instituteurs et place libre est laissée aux Maisons Familiales.

Demandant à un père d'élève si la Maison Familiale est supérieure à l'école d'agriculture, l'abbé Granereau obtient la réponse suivante, fort intéressante : « Bien supérieure. [...]. En effet, si mon fils va à l'École d'Agriculture, il y reste près d'un an sans revenir. Il apprend une foule de choses que j'ignore ou que je ne connais pas de la même façon. S'il m'en parle, je ne puis pas lui répondre. Dès lors, il se croit supérieur à moi. Je perds sur lui toute influence. Au contraire, en venant à la Maison Familiale une semaine par mois, il n'a appris tellement de choses que, s'il m'en parle, je les connais déjà, ou du moins je les apprends en même temps que lui. Jamais il n'a l'impression d'en savoir plus que moi et je garde mon autorité ».33

Pour les agriculteurs, la Maison Familiale respecte la conception traditionnelle de la famille paysanne et du travail agricole, tout en apportant une certaine formation professionnelle, ressentie, de plus en plus, comme indispensable. Ceci explique que ce mouvement va poursuivre son développement après la Libération, malgré l'appui que ses dirigeants avaient trouvé à Vichy. Il ne faut d’ailleurs pas confondre l’ensemble du mouvement des Maisons familiales avec un mouvement vichyste. On peut rappeler, par exemple, que le directeur de l'UNMF de 1943 à 1945, Marcel Couvreur, a participé à la Résistance et qu'il est l'un des libérateurs du Ministère de l'Agriculture, où il accueillera Tanguy-Prigent le nouveau ministre.34 Quant au niveau local, les responsables et moniteurs ont, comme l’ensemble des agriculteurs, étaient partagées entre anti et pro-vichystes, avec une masse d’attentistes.

La période 1940-1944 a donc permis à l'enseignement agricole privé de se développer avec l'aide du pouvoir vichyste, assurant sa « revanche » sur l'enseignement public.

 

III Le temps des transformations (1944-1960)

L'enseignement agricole privé connaît un important développement après 1946. C'est à ce moment qu'intervient la première « reconnaissance » officielle par le ministre de l'Agriculture, Tanguy-Prigent, d'une « Maison Familiale d'apprentissage rural ». C'est ainsi que les Maisons Familiales s'appellent depuis leur Assemblée générale du 24 novembre 1945.35

En 1948 sont attribuées des subventions de fonctionnement aux Maisons Familiales qui sont assimilées à des centres d'apprentissage. D'autres types d'établissements demandent à bénéficier des mêmes aides, tels les Centres ménagers de l'enseignement catholique. En 1953, la loi du 2 février permet d'accorder des subventions d'équipement et des prêts pour les investissements. Il faut noter que ces aides sont accordées sans que l'État n'exerce de contrôle réel, celui-ci ne commence « qu'en 1957, avec un personnel d'inspection réduit ».36 Les trois grandes unions de l'enseignement agricole privé vont profiter de cette politique d'assistance, notamment après 1953.

 
1 - L'Union nationale des Maisons Familiales d'apprentissage rural

Les Maisons Familiales se multiplient, passant de 96 en 1948 à 232 en 1953 et 327 en 1960, les plus nombreuses étant les Maisons pour jeunes filles. Les effectifs, selon l'Union Nationale, passent de 7 000 dont 4 570 filles (65,3 %) en 1951-1952, à 16 000 en 1960-1961, dont 8 600 filles (53,4 %).

Dès 1945-1946, l'UNMFR entreprend un travail de réflexion sur la pédagogie de « l'alternance », avec, à partir de 1950, l'utilisation du « cahier d'exploitation ».37 Il s'agit de faire réaliser par l'élève une monographie de l'exploitation familiale afin d'amener à une réflexion sur la pratique agricole. Les études s'étendent sur trois ans, selon le rythme d'une semaine d'internat et trois semaines dans le milieu familial. Cette méthode pédagogique est enseignée dans les centres de formation des moniteurs et monitrices.

Mais, en 1953, Chatelain souligne que la moitié à deux tiers des élèves abandonnent à la fin de la 1ère année.38

 

Années

Nombre d’établissements

Effectifs

Garçons

Filles

Total

Garçons

Filles

Total

1947-1948

1948-1949

1949-1950

1950-1951

1951-1952

1952-1953

1953-1954

1954-1955

1955-1956

1956-1957

1957-1958

1958-1959

1959-1960

33

36

44

66

67

76

86

106

118

118

120

128

135

63

86

103

138

118

136

146

168

187

182

177

187

192

96

122

147

204

185

212

232

274

305

300

297

315

327

 

 

 

 

2 430

2 700

3 400

3 499

4 336

4 566

5 272

5 580

6 151

 

 

 

 

4 570

5 000

6 050

6 500

7 576

7 235

6 837

7 300

7 611

 

 

 

 

7 000

7 700

9 450

9 999

11 912

11 801

12 109

12 880

13 770

Source : A.Souyris d’après UNMFREO

 

2 - L'Union nationale de l'Enseignement agricole privé

Dans l'enseignement catholique, l'enseignement féminin a été pris en charge par la Confédération Nationale de la Famille Rurale, CNFR, qui met en place des « centres ménagers » à temps plein, tenus à 95 % par des religieuses. Ces établissements sont plus de 700, avec 20 000 élèves en 1950 39 et 22 200 en 1957-1958.

En 1951 des réactions ont lieu dans la CNFR qui regroupent également des familles non catholiques. L'enseignement catholique quitte la CNFR et crée le Centre Familial National. Le président du CFN, Pierre Pasquet, fait entrer les établissements dans l'Union Nationale de l'Enseignement Agricole Privé, UNEAP. Il les incite à allonger la durée des études et à introduire un enseignement de l'agriculture dans les programmes, il obtient ainsi leur reconnaissance par le ministère de l'Agriculture ; en 1952, 200 établissements sont reconnus. Chatelain estime que ces centres sont de meilleure qualité que les Maisons Familiales.

L'UNEAP et le CFN conjuguent leurs efforts, le CFN devenant un organisme de service à la disposition de toutes les formules d'enseignement privé agricole et rural, féminin, de cycle court.40 En 1957-1958, l'UNEAP regroupe 38 000 élèves dans 1 526 établissements de l'enseignement primaire ou supérieur.41

Les centres féminins n'adhérant pas à l'UNEAP sont rassemblés dans l'Union Nationale Ménagère, ils sont 200 avec 4 500 élèves.

 

3 - L'Association nationale de la Formation professionnelle rurale

En 1925, avait été créée « l'Association pour le développement de l'apprentissage agricole, horticole et des petits métiers ruraux ». En 1949 elle devient « l'Association des centres d'apprentissage rural et ménager rural » et obtient les aides de l'État au titre de l'apprentissage.

En 1953, un nouveau changement de nom est décidé : « Association Nationale de la Formation Professionnelle Rurale ». Elle rassemble une quarantaine d'établissements orientés principalement vers l'horticulture.

 

Bilan

Apprécier les résultats de l'enseignement agricole privé est une tâche difficile, nous l'avons déjà noté pour les périodes précédentes. En 1953, tentant de faire un bilan chiffré du privé, René Chatelain écrit « J'insiste sur le caractère très approximatif de ce bilan, aussi bien que sur l'arbitraire fatal des classifications opérées : alors que la confusion dans les appellations a été presque érigée en système, l'esprit le plus objectif ne peut qu'avouer son impuissance à saisir l'insaisissable ».42 Nous pouvons tenter cependant d'évaluer l'évolution de cet enseignement.

Malgré les imprécisions évidentes,43 nous pouvons noter un fort développement de l'enseignement privé au niveau primaire. En première approximation nous pouvons considérer que les deux autres niveaux ont peu évolué quantitativement.

  • Enseignement du 1er degré

Nombre d’établissements et effectifs

 

 

1951-1952

1954-1955

1955-1956

1958-59

Centres apprentis pour garçons

65

2 000

65

2 000

75

2 300

80

2 320

Cours professionnels

30

1 250

?

?

?

?

35

1 800

Maisons familiales Garçons

70

2 600

106

3 500

118

4 330

128

4 625

Maisons familiales Filles

130

5 200

168

6 500

187

7 580

204

7 255

Centres saisonniers

300*

10 000*

332

13 150

342

13 760

468

16 950

Cours ménagers ruraux

200

6 000

?

?

?

?

?

 

 

32 600

 

Cours postscolaires Garçons

900*

11 150

178

3 110

290

5 530

?

Cours postscolaires filles

438

6 250

342

5 580

?

Total

1 695*

38 200*

-

34 510

-

39 080

-

65 550

L'accroissement au niveau primaire s'effectue à travers des centres où l'enseignement est à temps partiel et les enseignants n'ont pas toujours la qualification professionnelle souhaitable. De plus, sous la tutelle du ministère de l'Agriculture, se développent des formations rurales et non agricoles, ce qui fausse les comparaisons avec le public. Enfin, les taux d'abandons dans l'enseignement à temps partiel demeurent élevés durant cette période. Il conviendrait en plus d'avoir des éléments sur le nombre des diplômés sortant du primaire.

Mais ce foisonnement d'établissements et centres divers est une conséquence évidente des facilités accordées, pour des raisons politiques, à l'enseignement privé après 1951 et de l'insuffisante croissance de l'enseignement public.

  • Enseignement du 2ème degré

 

1951-1952

1958-1959

École du type « école pratique »

28

1 100

14*

560

École du type « école régionale »

0

-

5

260

Écoles féminines pratiques

7

280

?

400

Écoles ménagères

31

900

?

?

Total

66

2 280

-

2 000*

A la fin des années 50 et en l’absence d’un statut de l’enseignement agricole, la direction générale de l’enseignement n’est pas en mesure de donner des chiffres précis concernant le secteur privé, si ce n’est pour l’apprentissage.

  • Enseignement supérieur

 

1951-1952

1958-1959

Angers, Beauvais, Purpan, ITPA

4

500

4

413

Écoles féminines

12

500

1

34

Total

16

1 000

5

447

Sources : 1951-1952 : Chatelain ; 1958-1959 : ministère Agriculture.

Chatelain indique que les écoles féminines sont des écoles situées entre secondaire et supérieur, à la fin des années 1950 elles sont classées dans le second degré, seule demeure dans le supérieur l’École supérieure agricole et ménagère de La Beuvrière, dans le Maine-et-Loire, ce qui explique la baisse des effectifs.

 

Entre 1945 et 1960, l'enseignement agricole public se développe de façon rapide au niveau primaire. Pour le second degré il améliore la qualité des formations, ceci étant dû essentiellement à l'initiative des personnels. Dans le supérieur, il y a un effort de l'Education Nationale, mais qui ne compense pas le malthusianisme de l'Agriculture.

L'enseignement privé, pour sa part, développe essentiellement le niveau primaire avec des formules à temps partiel. Le second degré et le supérieur demeurent peu importants quantitativement.

L'évolution de l'enseignement agricole primaire, public ou privé, est le résultat des orientations de la politique agricole productiviste. Il faut former rapidement les agriculteurs afin de rattraper le « retard » pris par rapport à des pays européens comme la Hollande ou le Danemark. C'est la question d'un « enseignement agricole de masse » qui est à nouveau posée, mais qui n'est pas abordée au fond.

Le résultat en est un foisonnement de centres, trop souvent installés sans programmation ni analyse des besoins locaux, alors que les gouvernements insistent sur le rôle de la planification du développement.

La politique d'aide à l'enseignement privé, à partir des lois Marie et Barangé de 1951, favorise les Maisons Familiales comme l'enseignement catholique, et ceci sans contrôle réel des formations.

Un autre phénomène va renforcer ce mouvement : les organisations professionnelles agricoles, dirigées par le courant agrarien à partir de 1950, veulent « gérer elles-mêmes les affaires agricoles ». Face à l'État, elles revendiquent la responsabilité de la définition et de la mise en œuvre de la politique agricole. Ceci se traduit, à l'extrême, par la campagne d'« action civique » de la FNSEA.

En ce qui concerne l'enseignement agricole et la vulgarisation, jusqu'en 1940 il y avait schématiquement deux « alliances » : d'une part les Services agricoles et l'enseignement public appuyés par les organisations agricoles « de gauche » (coopératives, crédit,...), d'autre part l'enseignement privé, essentiellement confessionnel, soutenu par les organisations agricoles « de droite » (Union du Sud-Est,...).

Mais, après-guerre, la volonté de devenir des citoyen à part entière comme la montée du courant néo-corporatiste conduisent la grande majorité des agriculteurs à vouloir plus de pouvoirs, plus d'autonomie face à l'État. Ceci étant d'autant plus revendiqué que la situation dans les campagnes est plus difficile. La droite agrarienne en profite pour combattre l'enseignement public et la laïcité, et revendiquer la responsabilité pleine et entière de l'enseignement et de la vulgarisation. La convergence entre le projet de la FNSEA et celui du ministre de l'Agriculture Laurens de 1952 illustre bien cette stratégie.

Cette réforme, faisant disparaître le service public, ne peut finalement se réaliser, et les nouveaux responsables agricoles du courant « moderniste » mettent en œuvre une nouvelle stratégie, qui ne prendra toute son ampleur qu'après 1960. Il s'agit de « cogérer » la politique agricole avec le gouvernement. En matière de vulgarisation ceci aboutit, en 1959, à reconnaître la responsabilité de « la Profession » sur ce qui devient « le développement agricole ». Afin de cogérer l'enseignement agricole, il faut le maintenir au sein du ministère de l'Agriculture. Chargé de conduire la politique agricole, le ministre est, sans aucun doute, « sensible » aux pressions de ses interlocuteurs professionnels. Et il y est d'autant plus sensible que l'enseignement demeure un département « secondaire » dans son ministère.

Se situer au sein de l'Agriculture permet en outre d'ignorer les cours postscolaires agricoles et les sections agricoles des cours complémentaires qui relèvent de l'Education nationale. Ceci conduit alors à affirmer que l'enseignement privé scolarise plus de jeunes que l'enseignement public !

Cette affirmation a un double intérêt : d'une part « prouver » aux agriculteurs que l'État ne s'occupe pas assez de leur formation, d'autre part demander des aides budgétaires plus fortes pour les établissements privés car « ceux qui font le plus doivent être soutenus ».

Pourtant les chiffres montrent que, malgré les offensives en faveur de l'enseignement privé menées à partir de 1951, l'enseignement agricole public scolarise le plus d'élèves jusqu'à la fin de la Quatrième République en 1958.

Dans notre évaluation, nous faisons apparaître à part les cours saisonniers du second degré, que nous ne considérons pas comme un véritable enseignement. Nous les incluons cependant car dans le privé nous ne pouvons distinguer les nombreux cours comparables. Nous mettons en évidence les sections agricoles des cours complémentaires car il est normal de recenser les effectifs d'élèves de tout le secteur public.

Pour l'enseignement privé nous ne disposons que de rares chiffres, qui sont probablement exagérés pour le niveau primaire où les taux d'abandons sont élevés, mais les subventions sont proportionnelles au nombre d'élèves inscrits...

Pour mémoire, nous rappelons que les cours par correspondance comptent en 1957-1958, 34 000 élèves dans le privé et 20 000 dans le public. Mais il ne s'agit vraiment pas d'une formation professionnelle.

 

Essai d’évaluation des secteurs public et privé de l’enseignement agricole

 

 

1951-1952

1958-1959

Public

Privé

Public

Privé

Etablts

Elèves

Etablts

Elèves

Etablts

Elèves

Etablts

Elèves

1er degré

3 473

49 500

1 695

38 200

-

60 750

-

65 550

- Écoles

-cours saisonniers

-sections agricoles

269

486

20

10 400

10 800

500

 

 

303

380

-

12 035

9 955

13 200

 

 

Total 2ème degré

775

21 700

66

2 800

767

35 190

75

2 000

Supérieur

8

830

5

500

9

1 260

5

450

Total

4 256

72 030

1 766

41 500

3 122

97 200

2 116

68 000

N’ont pas été pris en compte les cours par correspondance dont les effectifs sont mal connus.

Si l'enseignement public scolarise 35 % d'élèves en plus en 1959, le privé voit ses effectifs augmenter de 64 %.

Evolution de la part du public

 

Effectifs

1951-52

1958-59

Premier degré

56,4

48,1

Second degré

88,6

94,6

Supérieur

62,4

73,7

Ensemble

63,4

58,8

En %

Le nombre total d'élèves scolarisés passe de 113 500 à 165 200, soit une croissance de 45,5 %.

 

Durant ces 25 ans de transformation rapide, le progrès agricole s'est réalisé essentiellement grâce à la motorisation, à l'utilisation d'engrais et de variétés végétales et animales plus productives, au savoir-faire des agriculteurs et à l'accroissement du volume des capitaux investis dans la production et la transformation. Mais des gains de productivité importants sont encore possibles en diminuant la main-d’œuvre agricole, pour la transférer vers les entreprises industrielles et commerciales en pleine restructuration.

La qualification de la main-d'œuvre agricole dans son ensemble ne commence à devenir une réelle nécessité pour le développement de la formation économique et sociale française qu'au début des années 60. Jusqu'à ce moment l'enseignement agricole, considéré avant tout comme un des moyens du contrôle de la paysannerie, ne ressent qu'indirectement les évolutions qui traversent l'Éducation nationale et son enseignement technique.

 

Plus d'un siècle après la création de l'enseignement agricole public, il y a moins de 3 agriculteurs sur 100 qui ont bénéficié d'une formation professionnelle organisée.

Document de travail 2005

Michel Boulet

1 Cité par Chatelain, René.L’agriculture française et la formation professionnelle. Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1953, 491 p. ; p.206.

2 Lavallée, P. « L’enseignement agricole libre », In : Association des anciens élèves de Grignon. Un siècle d’enseignement agricole - Centenaire de Grignon. Saumur, Imp. Rolland. 1926. 272 p. et 151 p. ; I, p. 239-250.

3 Cité par Prost, Antoine. L’enseignement en France 1800-1967. Paris, A. Colin, 1968, 525 p. Collection "U"., p. 473.

4 Chambres d’Agriculture, supplément au n° 631-634, juillet-août 1978, « L’enseignement agricole privé (suite). L’Union nationale rurale d’Éducation et de Promotion. Le Centre familial national ».

5 Gensac, Henri de, s.J. Histoire de l’École supérieure d’agriculture de Purpan, 1919-1977, en annexe, Purpan de 1977 à nos jours. Toulouse, ESA Purpan, 1996, 361 p. ; p.52 Le 6 février 1934 se déroule une manifestation de l’extrême droite et des organisations d’anciens combattants contre le Parlement. Les émeutiers tentent de prendre d’assaut le Palais-Bourbon, il y a 20 morts place de la Concorde et plus de 2 000 blessés.

6 Paxton, Robert O. - Le temps des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural, 1929-1939. Paris, Editions du Seuil, 1996, 316 p. ; p. 55-56.

7 Idem, p.56

8 Vercherand, Jean. « L’enseignement et le progrès agricole dans la Loire » In : Boulet, Michel, dir. La formation des acteurs de l’enseignement agricole (1760-1945). Actes du colloque ENESAD, 19-21 janvier 1999. Dijon, Educagri éditions, 2000, 525 p., p. 267-273.

9 Sur ce point voir : Guirriec, Hervé. « L’école d’agriculture du Nivot-en-Loperec, une approche sociologique des élèves de 1923 à 1945 », In : BOULET, Michel, dir. - La formation des acteurs …op. cité, p. 307-314.

10 Gensac, Henri de, s.J. Histoire de l’École supérieure d’agriculture de Purpan … op. cité, p. 24-27.

11 Idem, p. 118.

12 Idem, p. 45, lettre du 6 février 1931.

13 Idem, note p. 241.

14 Association amicale des Anciens élèves. École supérieure d’agriculture et de viticulture d’Angers, 1898-1948. Angers, Editions de l’Ouest, 1948, [54 p.], [p.9-10].

15 Lavallée, P. « L’enseignement agricole libre », art. cité.

16 Mila, Louis. Les écoles d'agriculture en France. Paris, Société des Agriculteurs de France, 1936, 96 p.

17 Idem

18 Gensac, Henri de, s.J. Histoire de l’École supérieure d’agriculture de Purpan … op. cité, p. 165-177 ; voir aussi l’article de Marc Dubruel publié en 1928 dans la revue Études, « Les études agricoles par correspondance (E.A.C.) », repris In : Annales d’histoire des enseignements agricoles, n°4-5, 1992, pp. 67-82.

19 Voir Souyris, Angèle. Le CERCA (Centre d’études rurales par correspondance d’Angers) : spécificité pédagogique (1927-1960). Thèse de 3e cycle en Sciences de l’Éducation, Université Lyon II, juillet 1984. Dir. : Maurice Manificat.

20 Lavallée, P. « L’enseignement agricole libre », art. cité, p. 247.

21 Orgeval, Isabelle d’ et Bourrier Jean-Louis. « La création du centre de Bouldoire et de sa ferme d’application, près de Marvejols en Lozère, en 1931, par sœur Chupin », In : Boulet, Michel, dir. La formation des acteurs … op. cité, p. 293-297.

22 Couffin, Calixte. « Les semaines agricoles féminines », In : Boulet, Michel, dir. La formation des acteurs …op. cité, p. 63-66 ; Gensac, Henri de, s.J. Histoire de l’École supérieure d’agriculture de Purpan … op. cité, p.160-164.

23 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie de l’alternance. Éditions Mésonances, 1978, 189 p. ; Granereau, Abbé. Le livre de Lauzun. Paris, Comité d’Action « École et vie rurale », 1969, 260 p.

24 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie de l’alternance. op. cité, p. 40-41.

25 Granereau, Abbé. Le livre de Lauzun, op. cité, p. 239.

26 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité, p. 102.

27 Chatelain, René. L’agriculture française et la formation professionnelle op. cité, p. 103, souligné par l’auteur.

28 Société des Agriculteurs de France. Annuaire de l’enseignement et de l’apprentissage agricoles, 1945. Paris, La Maison rustique, 1945, 156 p.

29 Granereau, Abbé. Le livre de Lauzun, op. cité ; Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité.

30 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité. p. 109.

31 Granereau, Abbé. Le livre de Lauzun, op. cité, p. 210-211.

32 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité, p. 114-117.

33 Granereau, Abbé. Le livre de Lauzun, op. cité,  p. 195.

34 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité, p. 119-120.

35 Chartier, Daniel. Naissance d’une pédagogie … op. cité, p. 118.

36 Chatelain, René. « Historique ». Regards sur la France, n° 41, mai 1968, pp. 5-17 ; numéro spécial « L’enseignement agricole ».

37 Duffaure, André et Robert, Jean. Une méthode active d’apprentissage agricole. Les cahiers de l’exploitation familiale. Paris, EAM, 1955, 248 p.

38 Chatelain, René. L’agriculture française et la formation professionnelle op. cité, p. 197.

39 Chambres d’agriculture, n° 619-620, janvier 1978.

40 Sur le CFN, voir Chambres d’agriculture, n°631-634, juillet-août 1978.

41 Chambres d’agriculture, n° 193, 1er avril 1960.

42 Chatelain, René. L’agriculture française et la formation professionnelle op. cité, p. 209

43 En 1961 : 65 600 élèves selon la revue Chambres d’agriculture, n° 269-270 de juin 1963 ; notre évaluation paraît donc plausible

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