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L'école des paysans

Le chambardement de l’agriculture 1945-1985 : le cas de la Savoie [2015]

11 Octobre 2019 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #Agriculture et milieu rural

Aborder l'histoire de l'agriculture, c'est prendre en considération deux caractéristiques majeures : elle est d‘abord étroitement liée aux conditions locales, topographiques, climatiques et pédologiques ; elle est ensuite l’affaire de l’État.

En Savoie, le relief et l’existence de différences climatiques importantes ont marqué cette histoire de spécificités certaines.

Le climat est continental dans son ensemble, avec une grande diversité résultant des différences d’altitude, de l'exposition des versants au soleil, des vents dominants et de la pluviométrie en résultant, de grands massifs forestiers et de la présence de lacs importants, Léman, d’Annecy, du Bourget, d’Aiguebelette.

Cette diversité a conduit à la définition de régions agricoles ayant chacune ses caractéristiques particulières géologiques, climatiques et topographiques, où les productions et les conditions de vie et de travail des agriculteurs sont différentes ; les données d’ensemble doivent donc être appréciées en tenant compte de ces limites.

Dans l'Avant-Pays on peut distinguer, la Chautagne, l'Albanais, les Quatre Cantons ou Petit Bugey, la Cluse de Chambéry et la Combe de Savoie.

Les Préalpes sont divisées entre les Bauges et la Chartreuse, le bassin de 1'Arly et le Beaufortain.

Puis, on atteint les hautes vallées du Sillon alpin, de la Tarentaise et de la Maurienne.

C'est dire que les données chiffrées au niveau départemental ont un sens limité, en particulier les moyennes qui masquent la diversité des situations. Hélas, les études locales sont rares.

L'agriculture est l’affaire de l’État, certains ont même dit qu’il s’agit d’une « affaire d’État »1 !

Depuis le XVIIIe siècle l’État s’est préoccupé du fonctionnement de l’agriculture qui assure l'alimentation humaine et la production de matières premières. Pour cela, il a utilise d’une part des textes législatifs et réglementaires, d’autre part des aides notamment financières.

Depuis lors, l'agriculture a été et demeure une affaire de l’État. La politique agricole touche à différentes questions : la place des paysans dans la société, l'autosuffisance alimentaire et les échanges commerciaux, l'organisation et le contrôle du territoire. Si l’État donne les grandes orientations, leur concrétisation relève des acteurs de terrain qui les mettent en œuvre, définissant ainsi une politique agricole de dimension départementale voire régionale, accompagnant ou freinant la politique nationale. Ces acteurs sont les représentants de l’État, les élus, les agriculteurs, les entrepreneurs dont les intérêts sont parfois contradictoires et s’entrechoquent. Ils s’approprient ces politiques et les articulent avec les axes du développement local, agriculture et industries rurales, agriculture et urbanisation, agriculture et tourisme, etc. Ces dernières décennies s'est ajoutée la politique agricole conduite par l'Union européenne.

L’appréhension dans le temps long des réalités des territoires et de leurs transformations est délicate car les instruments de mesure ont évolué au cours des décennies, de la définition de l’exploitation agricole à celle des catégories d’actifs agricoles, de la définition de la surface agricole à celle de la commune rurale2

Dans cette lente et longue évolution de l’agriculture, il y a des périodes d'accélération, c’est le cas en France après la Seconde Guerre mondiale. Je vous propose de nous intéresser a la période 1945 – 1985. Pourquoi ces limites ?

1945 : fin de la guerre ; 1985 adoption d'une loi pour une politique spécifique de la montagne.

40 ans c’est une génération

 

La reconstruction et le « chambardement des campagnes ».

Fernand Braudel dans une formule frappante souligne l’ampleur des changements que connaît le monde rural après la Seconde guerre mondiale : « La France paysanne a plus évolué, en effet de 1945 à 1975 que de Louis XIV à Raymond Poincaré », soit plus de deux siècles3 Ce qu'il appelle « le chambardement de la France paysanne » concerne l’ensemble des régions, sous des formes diverses, y compris à l’intérieur des départements savoyards entre avant-pays et montagnes.

A la Libération, la politique agricole a pour premier objectif d’assurer l'alimentation des Français. C’est à quoi s’emploie le ministre de l’Agriculture Tanguy Prigent (1909-1970), fils d’un petit fermier du Finistère, nommé le 4 septembre 1944, à 35 ans. Il utilise deux moyens pour développer sa politique : la réorganisation du syndicalisme agricole et les investissements pour la modernisation des exploitations.

De nombreux paysans ont adhéré a la Corporation paysanne du régime de Vichy sans pour autant partager les orientations des responsables nationaux. Dès juillet 1944, le gouvernement d’Alger annule la loi de 1940 sur la Corporation paysanne et plusieurs textes officiels aboutissent à la création en 1945 de la Confédération générale de l’Agriculture, la CGA. Elle doit regrouper six fédérations nationales : exploitants, coopératives, mutualité, crédit, salariés des organisations agricoles, ouvriers agricoles (rattachée également à la CGT ou à la CFTC). Le syndicat des techniciens des organisations agricoles, créé en 1936, est en outre le « vivier » où le ministre trouve ses principaux conseillers.

La CGA, dont l'inspiration est nettement socialiste, veut orienter le développement agricole dans un sens nouveau. Ses dirigeants, peu favorables à l'exploitation familiale traditionnelle, pensent que l‘évolution agricole se réalisera par le regroupement des exploitations, soit directement, soit par l'intermédiaire de coopératives d'exploitation.

Le ministre, s'appuyant sur la CGA, veut développer la production en utilisant le progrès technique et les capitaux. Cette orientation productiviste est bien illustrée par le groupe du Père dominicain Lebret, « Économie et Humanisme », fondé en 1941, affirmant que c'est dans le progrès qu'est la fidélité à la terre et influençant les militants de la Jeunesse agricole chrétienne, la JAC.

 

René Dumont, professeur à l'Institut national agronomique, conseiller agricole du Commissariat général du Plan qui vient d’être créé, publie un important ouvrage pour inciter à une énergique politique de modernisation, dans le cadre d'un « plan agricole souple »4

Enfin, le ministre, soucieux de favoriser l'émancipation des paysans appuie la création des Foyers ruraux qui, animés par les instituteurs agricoles itinérants, contribuent à l’évolution des mentalités par une formation culturelle et technique. Lieux d’accueil d’activités festives et culturelles, ils proposent également des conférences et sessions de formation pour les agriculteurs. I1 en existe alors deux en Savoie, à Montmélian, qui existe toujours, et à la Chambre. A coté de ces Foyers, et souvent en concurrence, la JAC développe ses propres initiatives d’éducation et de formation professionnelle.

En 1947, afin d'accroître la production de viande, le gouvernement augmente les prix à la production. Les consommateurs ne réduisent pas leurs achats, car ils sont encore loin de manger à leur faim. Les agriculteurs se retrouvent ainsi avec des réserves monétaires qu'ils vont utiliser pour l'achat de matériel, de terre et d'éléments de confort. Ce n'est qu’en 1948, que la pénurie alimentaire cesse enfin et que disparait le rationnement.

 

Un État interventionniste

Afin d'accélérer la reconstruction puis le développement de l’économie nationale, le gouvernement décide d’utiliser l’outil du « Plan ». Il s’agit d’une « planification souple » où l’on choisit une hypothèse de croissance s’inscrivant dans des perspectives de transformation des structures à long terme et tenant compte de la conjoncture.

Le Premier plan ou Plan Monnet, du nom du Commissaire général au Plan, couvre la période 1946-1952. Ayant pour objectif la reconstruction et la modernisation de l’économie nationale, il propose que l’agriculture dépasse son niveau d’avant-guerre en 1950, ce qui sera effectivement réalisé. Plus précisément, le Plan reprend l'essentiel du programme élaboré au ministère de l'Agriculture, en considérant le machinisme agricole comme « investissement de base », avec pour priorité l'équipement en tracteurs, et en affirmant la nécessité de l’équipement intellectuel.

Mais, la situation change après le vote d’une aide du Congrès américain pour les pays européens qui sont menacés, selon le secrétaire d’État, le général Marshall, d’une dislocation économique, sociale et politique, en clair: il faut lutter contre le communisme. C'est le début de la « guerre froide ». Dans une ambiance de crise économique et politique, les ministres communistes ont été exclus du gouvernement en juin, Tanguy Prigent quitte le ministère de l'Agriculture le 22 octobre 1947 lors de la mise en minorité du gouvernement Ramadier.

Les pays bénéficiaires du « Plan Marshall » constituent, en avril 1948, l’Organisation européenne de coopération économique, OECE, qui élabore une « politique économique internationale concertée » obligeant à réviser le Plan Monnet.

Celui-ci est remplacé par un plan quadriennal, 1949-1952, qui définit pour l’agriculture, considérée comme activité de base, l'objectif d’une orientation vers la production et l'exportation des produits agricoles de base (blé, viande et lait) afin de répondre notamment à la pénurie alimentaire en Europe. Il s’agit également de répondre à la baisse des prix agricoles en augmentant la production afin de maintenir les revenus agricoles. Malgré un taux moyen annuel de croissance de la production agricole de 5 %, les résultats sont décevants, et le revenu des agriculteurs stagne, voire diminue.

Le Second Plan, 1952-1957, avance l’objectif d’une croissance de la production agricole de 20 %. Mais, les représentants professionnels s’inquiètent des risques d’une surproduction qui « écraserait » les prix et freinerait la modernisation des exploitations. Ils demandent donc de maîtriser l’expansion de la production agricole. C’est ainsi que, durant cette période, sont mis en place les organismes de soutien des marchés et d’orientation de la production agricole. Un effort très important est entrepris en matière de diffusion des connaissances techniques et économiques, ce qu’on appelle la vulgarisation agricole, assurée par les ingénieurs des services agricoles de l’État.

Afin d'accélérer cette diffusion, de nouvelles institutions apparaissent, ainsi en Savoie est créé, en 1952, un « village témoin » à Bellecombe-en-Bauges, choisi pour sa proximité avec Aix-les-Bains, Chambéry et Annecy, sa situation en moyenne altitude et l'existence d’une fruitière.5 Le principe de ce dispositif, lancé nationalement par l'Association générale des producteurs de blé, est de concentrer sur les exploitations agricoles d’un village des moyens financiers et un appui technique afin de diffuser des innovations techniques et de « témoigner » de la possibilité de moderniser les exploitations. A Bellecombe-en-Bauges quarante-trois exploitants s’engagent, sur les quatre-vingt-dix de la commune, installés sur de petites surfaces avec un bétail restreint et disparate, ils ne disposent que de quelques motofaucheuses, instrument apparu récemment et n'ont aucun tracteur.

Une des premières réussites concerne la culture du blé dont les rendements doublent pratiquement grâce à l’utilisation d’un semoir mécanique, d’une fumure équilibrée et d’une variété performante. L’amélioration de la production laitière est plus lente, mais elle est sensible et l'expérience est étendue à l’ensemble du massif des Bauges devenu « zone témoin ».

Puis apparaissent les Centres d’études techniques agricoles, CETA, formule née dans la grande culture du Bassin parisien, adaptée ensuite aux exploitations plus petites. Constitué en association (loi 1901), un petit groupe d’agriculteurs échange les expériences de chacun, s’informe et étudie, fait appel à un technicien compétent, en vue d’améliorer techniquement, économiquement et socialement leurs exploitations.

L'idée premiers des promoteurs de ces centres est que l'agriculteur ne peut rien changer s'il reste solitaire, il faut se grouper; la 2e idée est que l'agriculteur pour être pleinement responsable doit s'extraire de la « masse routinière », conception proche de celle de la JAC.

Le premier CETA de Savoie est constitué en 1953 dans le secteur de Chambéry. Progressivement apparaîtront des CETA spécialisés en arboriculture, viticulture, tabaculture ; se constitue près de Novalaise un CETA féminin, un des premiers en France, affirmation de la place des femmes en agriculture. Le principal frein à la constitution des CETA et autres groupements de productivité agricole est l'insuffisance du nombre de techniciens pouvant les accompagner.

Se développent aussi les CIVAM, Centre d'information et de vulgarisation agricoles et ménagères, à l'initiative des instituteurs des cours postscolaires et de la Ligue de l'Enseignement. Sur le plan technique ils s'inspirent des CETA, mais ont également une démarche d'éducation populaire.

Cet important effort de modernisation se traduit par l'augmentation de la production, mais il engendre également des tensions entre les exploitants qui ont les moyens de progresser et ceux qui travaillent sur de très petites exploitations dont l'avenir n'est pas assuré, c'est la limite de ce type de vulgarisation du « progrès ».

Examinant la situation au milieu des années 50, les services agricoles de Savoie notent que malgré un équipement insuffisant en services publics et habitat en milieu rural et un coût trop élevé de la motorisation, la production atteint, voire dépasse, les objectifs fixés en 1947 au point que l'écoulement des produits pose des problèmes dc prix et de débouchés. Face aux objectifs de spécialisation vers la production laitière et fruitière, les ingénieurs des services agricoles prêchent la prudence. Selon eux, il ne faut pas abandonner totalement le système de polyculture-élevage qui permet une certaine autarcie qui « protège des méfaits de la surproduction que favorise la spécialisation ».6

Les coopératives fruitières pourraient remplacer en montagne la production fermière moins rémunératrice. Une certaine concentration de l’industrie laitière peut se réaliser en plaine afin d’utiliser les techniques nouvelles de travail et faire face aux difficultés d’amortissement que connaissent les petites fromageries. Par ailleurs, la part élevée de petites exploitations justifie l'extension de cultures spécialisées qui permettent un revenu élevé à l’unité de surface. Des cultures fruitières intensives peuvent continuer a s’implanter : pommes et poires dans l’Avant-Pays. La spécialisation ne peut s’envisager dans les Préalpes et les Grandes Alpes, mais les ressources forestières et pastorales y sont complétées pour la plupart des exploitations par les revenus du tourisme ou des industries rurales.

Les plantations forestières, grâce au Fonds forestier national, à partir de 1947 ont permis d’accroître la superficie boisée : 137 770 ha en 1952, et 162 530 en 1968.

L’importance de la population active agricole connaît une rapide évolution, en Savoie, de 53,8 % de la population active en 1946, sa part n’est plus que de 32,7% en 1954. En 10 ans, 1 exploitation sur 5 a disparu !

A la fin des années cinquante, l’agriculture est transformée, les tracteurs sont plus nombreux, l'utilisation des engrais est plus importante et raisonnée, la qualité et la productivité des espèces végétales et animales a été améliorée grâce à l'utilisation progressive des semences produites par l'INRA et de l'insémination artificielle. Parallèlement, les agriculteurs sont de plus en plus assujettis aux industries et aux structures commerciales dont dépendent leurs approvisionnements et leurs débouchés.

 

La Cinquième République. L’État réformateur

Si du point de vue des institutions l'année 1958 introduit une rupture, du point de vue du rôle de l’État il y a confirmation et accentuation.Aux yeux du général de Gaulle, en effet, l’État a seul compétence pour définir les objectifs conformes à l’intérêt général.

Dès les débuts de la Cinquième Répub1ique,une nouvelle politique économique et sociale est mise en œuvre. Pour en définir les axes une commission, appelée du nom de ses présidents Rueff et Armand, est créée auprès du Premier Ministre, Michel Debré.

Dans un rapport remis à l’été 1960, ils examinent les réformes permettant de vaincre les obstacles à l’expansion économique7. Ils rappellent les objectifs qui s’imposent aux dirigeants politiques et économiques du pays : l'essor démographique exige la création d'emplois nouveaux ; l'établissement du Marché Commun européen requiert l'adaptation et le progrès de l’économie nationale ; la compétition engagée, sur le plan technique, économique et social, avec les pays de l'Est demande un effort important d'innovation. Pour atteindre ces objectifs il est indispensable de maintenir un rythme de croissance élevé.

Parmi les obstacles à cette expansion, les rapporteurs citent le retard de développement de l'agriculture « qui freine indirectement l'expansion de 1'industrie et du commerce » et au titre des causes de maintien de ces blocages, le poids du passé, avec l'importance du milieu rural. En quinze ans, l'agriculture est ainsi passée du statut de secteur de base du redressement du pays à celui d’obstacle !

Il est devenu nécessaire, selon la commission, de réformer les structures afin d’agrandir les exploitations, de moderniser les techniques de production, d’abandonner le protectionnisme, d’aider au développement de l’exode rural.

Le Premier ministre prépare un ensemble de lois sur l'agriculture reprenant les principales conclusions du rapport. Il en souligne l'importance, lors d’un discours à Rennes en janvier 1960, retrouvant les accents de Gambetta quatre-vingt ans plus tôt : « Ah ! que le monde paysan se rassure. [...] De tous les éléments, en effet, qui demain comme hier, font la nation française, son énergie, sa vitalité, l’agriculture,chacun le sait ne peut pas ne pas demeurer au tout premier rang ! »8 Présentant ces lois au Parlement, Debré souligne qu’il s’agit de définir une politique d'ensemble adaptée au passage d'une économie de subsistance à une économie de marché, prenant en compte les évolutions internationales. Il affirme que l'agriculture « demande à être rentable, elle demande à pouvoir profiter du progrès scientifique et technique, elle demande enfin pour ses produits une commercialisation moderne »9.

Deux lois importantes seront promulguées durant l’été, la loi relative à l'enseignement et la formation professionnelle agricoles, le 2 août, la loi d’orientation agricole, le 5 août .Celle-ci a pour but, selon une formule ambiguë, « d’établir la parité entre l'agriculture et les autres activités économiques » en accroissant la contribution de l’agriculture au développement de l'économie française. Pour cela, la loi précise que la politique agricole a pour objet de promouvoir et favoriser une structure d’exploitation de type familial, susceptible d’uti1iser au mieux les méthodes techniques modernes de production et de permettre le plein emploi du travail et du capital d’exploitation. Mais, il ne s’agit pas de simplement affirmer la volonté de soutenir les exploitations familiales, la loi précise par son article 7 qu’il s’agit de privilégier « une exploitation mise en valeur directement par deux unités de main-d’œuvre » à temps plein sur l'année, soit « 2 UTH ».

C’est la remise en cause du principe toujours affirmé jusque-là d’une agriculture où tous les exploitants ont des intérêts communs.

La loi d’orientation et la loi complémentaire adoptée en 1962, sous la responsabilité du nouveau ministre de l’Agriculture, Edgard Pisani, permettent la mise en œuvre de premières mesures pour libérer des terres afin d'installer des jeunes : l’indemnité viagère de départ pour les agriculteurs de plus de 60 ans cessant toute activité. Plus tard, les jeunes bénéficieront d’une aide financière pour s’installer, la dotation aux jeunes agriculteurs. Les lois créent également une forme sociétaire, le groupement agricole d’exploitation en commun, GAEC. De plus, l'attribution des terres est contrôlée par les nouvelles sociétés d’aménagement foncier et d'établissement rural, les SAFER, ainsi que par un certain

nombre de règles concernant la dimension des exploitations et les cumuls. Ces lois sont accompagnées ou suivies par de nombreux autres textes concernant les structures de marché, l'aménagement rural, l'équipement rural, l'économie contractuelle, l’assurance maladie-chirurgie des exploitants.

Dorénavant on sélectionne ceux qui ont un avenir dans la "profession" agricole et peuvent donc bénéficier des aides de l’État. Ceci correspond aux orientations défendues par le Centre national des Jeunes agriculteurs, CNJA, présidé par Michel Debatisse, soucieux de valoriser un modèle de « paysan »10 et d‘exploitation agricole « moderne », en résumé il s'agit de passer de l'« exploitation agricole » à l'« entreprise agricole ».

 

Afin d'atteindre les objectifs économiques il est indispensable de bâtir un système d'enseignement et de formation professionnelle agricoles favorisant la diffusion des connaissances scientifiques et techniques et maintenu sous la tutelle du ministère de l'Agriculture. La complexité croissante des processus de production et l'accélération du progrès technique exigent de la part de tous les travailleurs de plus en plus de connaissances et d’habileté, y compris dans le secteur agricole. C'est le sens de la loi du 2 août 1960 qui précise que l'enseignement agricole doit préparer les futurs travailleurs des secteurs agricole et agro-industriel, permettre à chaque jeune d’atteindre le plus haut niveau de formation possible et faciliter les orientations hors de l'agriculture. Jusque-là, les futurs agriculteurs et « épouses d'agriculteurs » suivaient l'enseignement saisonnier (école d'agriculture d'hiver), écoles ménagères agricoles ambulantes, Maison familiale ou conférences pour adultes (DSA, JAC,...). En application de la loi sont confortés les établissements agricoles de Contamine-sur-Arve et d'industrie laitière de La Roche-sur-Foron, et créés, enfin, en Savoie deux établissements publics à temps plein le lycée agricole de La Motte-Servolex et le collège agricole féminin de Cognin.

Dans les deux départements des établissements privés apparus clans les années 1950 bénéficient également de cette loi.

Quelles sont les conséquences de la mise en œuvre de cette nouvelle politique agricole en Savoie ?

Selon le recensement agricole de 1962, les exploitations permettant l‘emploi de 2 UTH sont extrêmement peu nombreuses, 4% à comparer au taux national de 25%. C’est dire que l'immense majorité des agriculteurs savoyards ne correspond pas au modèle choisi par le législateur et que pour atteindre la rentabilité économique en agrandissant les exploitations, il est nécessaire d’en faire diminuer fortement l’effectif. Ce que l’on vérifie dès 1970, avec la disparition en Savoie de 1 800 exploitations en moins de dix ans, soit 12%. Cependant la rentabilité demeure lointaine pour les exploitations familiales. Dans le secteur de l'élevage laitier 90% des élevages de Savoie ont moins de dix vaches laitières. Les machines à traire sont rares et peu de vaches sont soumises au contrôle laitier indispensable pour améliorer la production et sa qualité. Quant à l’appui technico-économique des conseillers agricoles il est très faible : un conseiller pour 640 exploitations. Tout ceci confirme que le modèle d’exploitation visé par le législateur est très éloigné des réalités du terrain savoyard.

Pour autant, les exploitants ne sont pas « routiniers », ils évoluent afin d'obtenir le revenu le plus élevé possible. Une forte partie d’entre eux sont des doubles actifs, prés du tiers (30%) des chefs d’exploitation en 1970 (le plus souvent ouvriers). La majorité, 84%, a cette activité extérieure comme activité principale. Ce sont souvent des petits agriculteurs, 45% des exploitants de moins de 2 ha sont concernés, et seulement 16% des exploitants ayant de 10 à 20 ha. Ce pourcentage augmente pour les plus grandes exploitations, 23 % de celles de 50 ha et plus. Ceci s’explique par le fait qu’il s’agit souvent d’exploitations installées en montagne et comprenant un alpage dont le revenu n’est pas forcément proportionnel à la superficie. Selon les secteurs de montagne l'activité extérieure peut s’exercer dans l’industrie implantée dans les vallées, ou dans le tourisme qui se développe alors. Dans les deux cas il s’agit le plus souvent d’emplois peu qualifiés donc peu rémunérateurs.

Devant cette situation complexe, les autorités s’inquiètent, ainsi le directeur des services agricoles de Savoie, analysant le recensement agricole de 1970 estime qu’il existe des « blocages » qui font peser une grande incertitude sur l’avenir de l'agriculture et plus particulièrement sur celle de la zone de montagne. Les principaux handicaps sont l’exiguïté des structures agricoles, car la très forte diminution du nombre des exploitations entre 1955 et 1970 (- 44%) n’a pas entraîné un agrandissement notable de la taille moyenne qui est passée de 7 a 8 ha ; une population agricole âgée dont le renouvellement n’est plus assuré en raison du nombre de plus en plus restreint de successeurs potentiels ; une double activité importante, souvent nécessaire, mais qui peut empêcher la restructuration des exploitations ; une économie agricole principalement axée sur la production laitière reposant sur des structures exiguës, 8 bovins sur 10 sont dans des exploitations de moins de 20 ha ; un relief et un micro parcellaire qui constituent des obstacles considérables à la motorisation et la mécanisation.

Ajoutons la création, en 1965, du premier parc national celui de la Vanoise qui engendre des conflits avec les agriculteurs qui sont exclus du « cœur » du parc, mais ils obtiendront des subventions pour les bâtiments d'élevage qui sont regroupés, conflits aussi avec les activités touristiques.

En outre, l’industrialisation des vallées, la construction de barrages et de stations de sports d'hiver, le développement du réseau routier et de l'électrification offrent aux jeunes des débouchés attirants et diminue la main-d’œuvre agricole disponible. Le « Plan neige », de 1964, fait des sports d‘hiver une « industrie touristique », ce qui stabilise la population en montagne en créant des stations hors des villages.

Ce mouvement met en péril l’utilisation des alpages de Savoie par de grands troupeaux, à la différence de la Haute-Savoie où se maintiennent des alpages familiaux produisant du reblochon.

La situation change avec la mise au point de la machine à traire mobile, aussi importante pour les conditions de travail en montagne que l’arrivée de la moto-faucheuse, ce qui « sauve » notamment la production du Beaufort. Mais le travail demeure difficile.

On observe également un recul de la SAU de 28 000 ha (- 21%) entre 1955 et 1970, résultant de l'urbanisation, des routes et du développement des friches en plaine.

Il faut souligner que les lois d’orientation agricole de 1960 et 1962, bien que centrées sur la recherche d’une agriculture compétitive sur le plan international, esquissent une politique en faveur du maintien dc l'agriculture de montagne et de la reconnaissance de ses handicaps. Une première délimitation d’une zone de montagne est réalisée selon deux critères physiques : l’altitude et la dénivellation. Les communes dont le chef-lieu est au moins à 600 mètres d’altitude ou supportant une dénivellation de 400 mètres au moins entre les plus hautes et les plus basses terres cultivées sont ainsi classées en zone de montagne et bénéficient de dispositions spéciales pour leurs exploitants agricoles (prestations assurance vieillesse). La loi de 1972 relative à la mise en valeur pastorale dans les régions d’économie montagnarde et ses textes d’application, instituent alors l'indemnité spéciale montagne ou « prime à la vache tondeuse », en faveur des éleveurs montagnards, et prévoient des majorations particulières des aides individuelles attribuées pour l’installation et la modernisation des exploitations.

Deux savoyards jouent un rôle important en matière de défense de l'agriculture de montagne : Lucien Bizet qui porte les revendications des agriculteurs de ces zones au sein de l’Assemblée permanente des Chambres d’Agriculture et du Conseil économique et social, contribuant à l'élaboration de la loi de 1972, et Maxime Viallet qui dynamise les producteurs de fromage Beaufort afin d’améliorer la qualité de celui-ci et obtient par décret en 1968 la reconnaissance de l’AOC, dix ans après le Reblochon. Puis, en 1974 est créée la « marque collective Savoie » à l'initiative des deux chambres d‘agriculture, avec l’adhésion des autres compagnies consulaires et des deux conseils généraux. L'objectif est de valoriser les méthodes traditionnelles dans la production et la transformation des produits de l'agriculture. Les sommes allouées par les conseils généraux favorise les évolutions. La Tomme de Savoie obtient une définition réglementaire, suivie par la Tome des Bauges.

Durant cette période, marquée par le choc pétrolier de 1973, le revenu agricole est en baisse et ceci jusqu’en 1980.

 

Les réformes et 1'Europe agricole

Le Traité de Rome de 1957, qui institue la Communauté économique européenne, CEE, fixe les objectifs de la politique agricole commune, la PAC : accroître la productivité de l'agriculture, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marches et garantir la sécurité des approvisionnements à des prix raisonnables pour le consommateur. La PAC permet d’instaurer dans les États membres un régime particulier d’aides en faveur des zones agricoles défavorises.

La politique agricole de la France est modifiée entre 1980 et 1985. Ces textes législatifs sont accompagnés et suivis par des textes réglementaires qui influent diversement sur l'organisation et le fonctionnement de l'agriculture.

La loi d’orientation agricole du 9 juillet 1980 s’inscrit dans les orientations des lois de 1960 et 1962, insistant sur la nécessité de favoriser l’installation de jeunes agriculteurs afin de stabiliser la population rurale et de contribuer à l'aménagement du territoire. Elle encourage le développement de la coopération agricole et des industries de transformation, coopératives ou privées. Le législateur se préoccupe également de l'agriculture de montagne par l'encouragement des productions agricoles de qualité et pour la première fois de façon aussi claire, il souligne l’intérêt de la pluriactivité.

Dans la même période, de premières modifications de la PAC deviennent indispensables face aux excédents de céréales et de viande bovine. Elles s'organisent selon trois axes : politique rigoureuse de fixation annuelle des prix ; limitation des quantités produites avec l'apparition des quotas laitiers ; taxation des excédents de lait et céréales. Les quotas laitiers, mis en place en 1984, conduisent à une concentration des groupes de l’industrie laitière et un resserrement des liens entre producteurs et transformateurs, évolution qui concerne directement les départements savoyards. A la suite de cette montée en puissance de la PAC les organisations professionnelles agricoles reconnues perdent une part de leur rôle de « cogestionnaires » de la politique agricole, les décisions ne se prenant plus seulement à Paris.

La « loi montagne » de 1985, votée a l'unanimité, prévoit la mise en œuvre d’une politique spécifique pour l’ensemble des activités économiques. Le député de Savoie Louis Besson joue un rôle important dans son élaboration en rédigeant deux rapports en 1982 et 1983 et en intervenant activement lors des débats parlementaires11. En ce qui concerne l’agriculture, des programmes contribuent à la promotion des produits de qualité dont la dénomination « montagne » doit faire l’objet d’une autorisation administrative. La loi se préoccupe également de l’urbanisme (contre le mitage) et du tourisme (relevant des collectivités territoriales), activités qui concernent directement le développement agricole, ainsi que de la protection des milieux naturels.

Au total, la spécialisation et l’agrandissement des exploitations, limités en Savoie, résultent donc directement de la mise en œuvre des lois d’orientation agricoles (augmentation de la production et évolution des statuts des exploitations ; aides a l’installation) et des règlements européens de la PAC.

1 Pierre COULOMB. « L'agriculture, une affaire d’État » dans Pierre COULOMB, Hélène DELORME, Bertrand HERVIEU et al. Les agriculteurs et la politique. Paris, Presses de Sciences Po,, 1990, 604 p.

2 Catherine LAURENT,et Jacques REMY « L'exploitation agricole en perspective ». Courrier de 1’environnement de 1'INRA, n°41, octobre 2000, p.5-22.

3 Fernand BRAUDEL. L'identité de la France, T. 3. Les hommes et les choses. 2e partie :Une « économie paysanne » jusqu'au XXe siècle. Paris, Arthaud, 1986, 478 p. ; p. 427.

4 René DUMONT. Le problème agricole français. Esquisse d'un plan d’orientation et d’équipement. Paris, Les Éditions

nouvelles, 1946, 383 p.

5 Gilbert DELAUNAY. 50 ans agriculture en Savoie 1930-I980. La révolution silencieuse. Chambéry, Société savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, 1999,26 p., inédit.

6 Ministère de l'Agriculture. Monographies agricoles départementales. La Savoie. Paris, La Documentation française, 1961, 65 p. ; p. 54.

7 Jacques RUEFF et Louis ARMAND. Rapport sur les obstacles à l'expansion économique. Paris, Imprimerie nationale, 1960. 98 + 279 p.

8 Archives Michel Debré, 2 DE 32, discours du 25 janvier 1960 à Rennes.

9 Journal officiel des débats parlementaires, Assemblée nationales, n° 11, 27 avril 1960.

10 Le nom est pris pour titre par une revue proche du CNJA, créée en 1956.

11 Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur la situation de l'agriculture et de l'économie rurale dans les zones de montagnes et défavorisées. Assemblée nationale, seconde session ordinaire de 1982, 406 p. ; Louis BESSON. Politique de développement et de protection des zones de montagne. Rapport au Premier Ministre. Paris, La Documentation française, juin 1983, 87 p.

La situation en 1985

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'agriculture a été profondément transformée, illustrant le « chambardement des campagnes » dont traitait Fernand Braudel. Deux chiffres peuvent illustrer ce bouleversement :

- la population active agricole ne représente plus que 15 % de ses effectifs d’alors (de 70 600 à 4 600) et

- le nombre d’exploitations a diminué des trois quarts (de 50 000 a 7 500) !.

Pour autant l'agriculture a une place importante dans la vie économique et sociale de la Savoie.

La surface consacrée a l’agriculture couvre près du tiers du territoire du département, si les surfaces cultivées sont de moindre importance que dans les départements voisins, ce sont les surfaces en herbe qui demeurent les plus étendues, en représentant prés du quart. Les surfaces boisées couvrent plus du tiers de la surface totale.A coté de ces surfaces utilisées par l’agriculture, près du quart du territoire savoyard est constitué de terrains ne pouvant être mis en culture (zones humides et sous les eaux, couvertes de rochers et de glaciers).

Cette agriculture est très majoritairement familiale, mais, il ne s’agit plus de l’exploitation gérée par un couple, l'agriculteur ou l'agricultrice exerce le plus souvent seul son activité. C'est l'illustration de la disparition de la famille agricole traditionnelle, une part grandissante des membres de la famille, y compris les conjoints, travaillant hors de l’exploitation. Enfin, il faut souligner que moins de la moitié des chefs d’exploitation se déclare agriculteur à titre principal, cette activité hors de l’exploitation constituant un atout pour maintenir les exploitations les plus faibles économiquement, souvent situées dans des zones difficiles et, par cela même, indispensables au maintien du tissu social.

La diversité règne en ce qui concerne les orientations. Certains agriculteurs se spécialisent dans une logique de filière, sur un marche régional ou national. D’autres choisissent de se tourner vers le marché local, utilisant les circuits courts et la diversification des activités (transformation des produits à la ferme, vente directe, accueil, etc.). Enfin, demeurent de petits exploitants, pluriactifs, ou des personnes plus âgées, pratiquant une agriculture plus traditionnelle, souvent de polyculture-élevage.

L 'élevage

L’importance des surfaces toujours en herbe explique la place de l'élevage. Il s’agit d’abord d’un élevage laitier, (32 000 vaches laitières), mais également, quoique moins important, d’un élevage tourné vers la production de viande.

La viticulture

La principale production végétale, en dehors des fourrages, est la vigne avec 1 825 ha. Les viticulteurs font un effort pour améliorer la qualité.

 

Derrière les chiffres c'est aussi la vie quotidienne des agriculteurs et des ruraux qui subit des changements impulsés de l’extérieur

Les conséquences sont multiples tantôt positives, tantôt négatives.

Le chambardement c'est aussi les importantes transformations des conditions de vie et de travail.

J'avais réalisé, il y a une quinzaine d’années, des entretiens avec des agriculteurs et agricultrices (« femmes d'agriculteurs ») de Savoie dont je dégage quelques éléments.

Dans les années 50,les jeunes couples vivent souvent en cohabitation avec les parents ce qui est très dur (une femme me dira mime que la mort de sa mère fut, sur ce plan, une libération !) Certaines jeunes femmes font même du refus de la cohabitation une condition de leur mariage.

Le confort ménager est 1imité, il faut souvent trouver un revenu d'appoint pour faire les améliorations. Ce fut à la fin des années 40 l'accuei1 d'enfants de prisonniers de guerre, par exemple.

Dans le Beaufortain, Elisabeth Viallet rappelle que de 1948 a 1968 il n‘y avait pas de route pour atteindre leur habitation et que l’étable était éclairée par une lampe à pétrole. Ce n'est qu'en 1956 que l'eau courante fut installée à la maison et en 1961 une machine à traire.

Les tracteurs sont arrivés à la fin des années 50 soit en propriété individuelle soit en CUMA. Puis vint l'abreuvoir automatique. Nous avons vu l'existence des motofaucheuses et des équipements mobiles de traite pour les alpages.

Mais ce fut aussi la multiplication des conflits entre père et fils sur la gestion de l'exploitation agricole, entraînant parfois des ruptures avec le départ du fils.

Au total, ce fut bien un chambardement qui a marqué l'agriculture et le milieu rural dans ces années 1945-1985. C'est, examiné avec le recul, la disparition de l'ancienne économie paysanne à l’évolution lente, et son remplacement par une économie agricole reposant sur des exploitations agricoles gérées comme des entreprises. Ce mouvement n'est pas stabilisé.

C'est aussi la période où l’État intervient dc plus en plus directement en agriculture, y compris l'Europe, alors que c'est de moins en moins le cas pour l'industrie.

La baisse du nombre d’exploitations s’est poursuivie 2 747 en 2010 soit moins de 10 % de l’effectif en 1946 (30 050).

 

L’agriculture qui n’emploie plus qu’une très faible partie des actifs (1,6 % en 2010) demeure cependant une activité essentielle pour la Savoie. Elle ne fournit pas seulement des produits agricoles, elle « produit » également des paysages et contribue à la biodiversité, autant d'atouts pour la qualité de vie et le développement du tourisme, secteur économique majeur. Elle demeure donc, comme depuis des siècles, une activité vitale pour l’avenir des territoires ruraux.

Michel Boulet

Texte d'une conférence donnée dans le cadre de la Société savoisienne d'Histoire et d'Archéologie le 13 mai 2015.

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