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L'école des paysans

Les débuts de l’enseignement agricole en Savoie et Piémont [2007]

30 Avril 2020 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #Enseignement agricole en Europe, #Enseignement agricole en Savoie

Lorsque nous parlons aujourd’hui de l’enseignement agricole, nous faisons référence à un ensemble d’établissements publics et privés, offrant des formations scolaires, par l’apprentissage ou la formation des adultes, du niveau CAP à l’enseignement supérieur. Une de ses spécificités étant d’être placé sous la tutelle du ministère de l’agriculture.

A la différence de l’enseignement dit « général », c’est pour des raisons essentiellement économiques qu’il s’est progressivement constitué. Il s’agissait de trouver les moyens de réaliser « l’amélioration » de l’agriculture afin de répondre aux besoins d’une population grandissante en voie d’urbanisation. Ceci alors même que la population travaillant dans le secteur agricole allait diminuer.

Améliorer l’agriculture c’est rechercher des moyens techniques, des variétés végétales et animales plus performantes, mais c’est aussi transformer les conditions de travail et de vie dans les campagnes, modifier l’organisation sociale et, donc, susciter des réticences voire des oppositions que les tenants du « progrès » appelleront « routine ».

« Améliorer l’agriculture », pose la question des moyens à utiliser pour diffuser les connaissances indispensables à cette « amélioration ». C’est ici que nous trouvons une autre différence avec le reste du système éducatif, à savoir que les institutions chargées de cette diffusion ont été créées sur initiative privée, l’État ou les institutions religieuses ou territoriales n’intervenant que plus tard.

Enfin, il existe une troisième différence : l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul s’est progressivement installé dans des lieux réservés à cet usage, d’une salle à la maison d’école. Mais comment et où diffuser les connaissances nécessaires à un agriculteur ? Traditionnellement c’est par la participation aux travaux avec les aînés que le jeune apprenait le métier de la terre. Ce système ne favorise guère les innovations, les agronomes cherchent donc d’autres dispositifs, c’est cette recherche que nous allons suivre, recherche qui aboutira notamment à la création des écoles d’agriculture.

Pour cela je vous décrirai la mise en place progressive de l’enseignement agricole, et plus précisément des premières écoles d’agriculture, en Savoie et Piémont, de la fin du 18e à la fin du 19e siècle.

Ces réalisations ont été profondément marquées par la personnalité de leurs initiateurs, c’est pourquoi j’ai choisi de mettre en valeur le rôle des hommes qui ont été à l’origine des premières réalisations et qui sont aujourd’hui pour la plupart mal connus.

Nous verrons tout d’abord rapidement les idées qui ont marqué ce mouvement de construction de l’enseignement agricole.

Puis, nous traiterons

  • de la première forme de diffusion des savoirs agricoles, l’écrit avec les traités rédigés par des agronomes (Alexis Costa de Beauregard) et les premières sociétés d’agriculture

  • de la diffusion par les activités économiques, en prenant pour exemple le rôle joué par un chef d’entreprise horticole de Chambéry (Martin Burdin)

  • des échanges d’observations et d’expérimentations entre les deux côtés des Alpes (Michel Saint-Martin, Bonafous, Burdin)

  • enfin de la création des premières écoles d’agriculture en Savoie et dans le Piémont.

C’est dans la seconde moitié du 18e siècle qu’apparaît l’idée que l’on peut et que l’on doit enseigner l’agriculture. Trois mouvements d’idées sont à l’origine de cette nouveauté radicale :

  • le mouvement des Lumières, qui combat en faveur de la raison, dénonce l’intolérance, souligne la capacité de l’homme à comprendre le monde par la raison et affirme la possibilité d’un progrès infini grâce à la science et à la culture. Dans ce mouvement, le philosophe Denis Diderot et le mathématicien d’Alembert se donnent pour mission de recenser, organiser et diffuser l’état des connaissances de l’époque en publiant en 1751 l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, de arts et des métiers ;

  • les « économistes physiocrates » pour qui la seule source des richesses est la terre, l’agriculture les multipliant. Selon eux, seuls les paysans sont productifs, non les artisans et ouvriers, quant aux propriétaires ils tirent leur subsistance des revenus de la culture ;

  • les « Agronomes » s’attachent à décrire, expliquer et améliorer les techniques de la culture, ce qui les conduit à définir une « économie rurale » (le « Mesnage des champs » d’Olivier de Serres en Ardèche) pour mieux gérer les domaines agricoles. En remettant en cause l’agriculture traditionnelle, ce qu’ils appellent la « routine », ils menacent de fait l’organisation d’ensemble de la vie rurale.

Le processus de diffusion de ces idées nouvelles est amplifié par le « progrès » des techniques de l’information, on est passé du livre au journal et à la presse. Les gazettes sont lues par les nobles, les ducs, et les bourgeois dans des salons, les personnes présentes donnent leur avis sur ces écrits. Les journaux et la correspondance, accompagnés par la multiplication des voyages, permettent des échanges plus rapides dans toute l’Europe.

C’est ainsi que des innovations agricoles apparaissent dans l’ensemble de l’Europe occidentale. Ce que certains appellent une « révolution agricole » se traduit par l’arrivée de l’agriculture « nouvelle » : suppression de la jachère, utilisation des prairies artificielles, multiplication du bétail, perfectionnement de l’outillage. Mais, la diffusion de ces innovations est lente:, des « pionniers » tentent de les mettre en pratique. Ces pionniers sont ceux qui ont les moyens économiques de faire des essais pouvant conduire à des échecs. Ce sont le plus souvent de grands propriétaires terriens, nobles ou riches notables ruraux qui se retrouvent dans des cercles d’études pour échanger les acquis des expérimentations.

En Savoie, pays où dominent la petite exploitation familiale, renforcée par l’édit d’affranchissement de 1772, et les vastes domaines communaux en montagne, on retrouve cette même implication de notables en faveur des changements pour « améliorer » l’agriculture. Ce sont parmi eux que se trouvent les propriétaires qui ont les moyens économiques d’expérimenter les innovations issues de diverses techniques et sciences (mécanique, physiologie animale et végétale, architecture rurale, comptabilité, etc.). Procédant par essais et erreurs, il n’est pas surprenant que les interprétations de l’agronomie soit diverses voire contradictoires. Mais, ils ont un objectif commun : améliorer le revenu de leurs domaines. Pour cela ils n’hésitent pas à remettre en cause les pratiques rurales habituelles en clôturant leurs terrains, en combattant les libres parcours, les usages collectifs, etc. En butte à l’hostilité des petits agriculteurs, ces notables s’organisent à la fois pour constituer un « groupe de pression », mais également pour élargir leur audience et diffuser les notions nouvelles.

I – Les notables et leurs écrits

Depuis Olivier de Serres qui publie en France en 1600 son « Théâtre d’agriculture et mesnage des champs », divers notables férus d’agronomie ont publié des traités destinés aux propriétaires de domaines agricoles afin de les aider à mieux cultiver et mieux gérer, « mesnager ». Le phénomène se développe dans toute l’Europe au cours du 18e siècle (Duhamel du Monceau en France, Jethro Tull en Angleterre, etc.).

En Savoie, nous nous intéresserons au marquis Joseph Alexis Costa de Beauregard (1726-1797) qui publie en 1774 son Essai sur l’amélioration de l’agriculture dans les pays montueux et en particulier dans la Savoie. Avec de recherches sur les principes et les moyens propres à y augmenter la population, la vivification et le bien-être des peuples.

Né dans une famille noble de Chambéry en 1726, il mène grande vie (on dit que Jean-Jacques Rousseau faisait de la musique à son domicile) jusqu’à la mort de son père en 1751. Il hérite alors d’une importante fortune et de nombreux titres, devenant marquis de St Genis Beauregard, seigneur du Villard, de Cernex, de Nernier et coseigneur de Frise et de Massongy. Mais, il découvre les importantes dettes que son père lui laisse et n’a d’autre choix que de se retirer sur les terres familiales, 649 ha répartis en exploitations entre Petit Bugey savoyard (321 ha) et Bas Chablais (328 ha). Il s’installe au château de Villard (à la chapelle Saint-Martin, commune de Loisieux), près de Yenne.

Après une dizaine d’années durant lesquelles il vit selon ses termes dans une « honnête médiocrité », entendez une vie faite de modération des passions. (Voir son Éloge de la médiocrité rédigé en 1760), il semble que les innovations qu’il réalise lui permettent d’améliorer la production de son domaine. Il développe les prairies artificielles au détriment des jachères, améliore les cultures céréalières, utilise du matériel plus moderne (charrues, semoir), importe des vaches suisses, des moutons berrichons et flamands pour améliorer le cheptel local. Il correspond avec des agronomes et savants bernois et, en 1863, adhère à la Société économique de Berne (Suisse). Il s’intéresse également aux résultats de l’agriculture flamande grâce à l’aide de Martin Burdin que nous retrouverons dans quelques instants.

Face au décret d’affranchissement de 1771, Costa proteste y voyant une atteinte à l’ordre social par la remise en cause de la noblesse, il s’élève contre une décision qui va favoriser ceux qui peuvent racheter les droits seigneuriaux, les bourgeois qui pourront se constituer de grands domaine, conduisant au triomphe de la hiérarchie de la richesse et à « l’élévation de gens de petite étoffe » !

Costa qui a obtenu l’aide financière de Charles Emmanuel III pour ses expérimentations et, soucieux de les faire connaître, est, en 1772, l’un des fondateurs, avec le médecin et savant Daquin de la Société royale économique de Chambéry pour l'agriculture, le commerce et les arts1 dont les statuts sont approuvés par décret de Victor Amédée III. La Société est étroitement contrôlée, son président est le gouverneur général de Savoie et l’intendant général en est le vice-président

Les fondateurs se donnent pour but « d'encourager l'agriculture jusqu'à présent si négligée faute de connaissances, d'embrasser en même temps le progrès des arts, l’extension du commerce, la perfection et l’augmentation des manufactures, des productions du pays, comme aussi de découvrir les vraies causes de la dépopulation et les moyens de diminuer l’émigration des sujets du duché » ; c'est du reste, pour ces motifs surtout, poursuit-on « que la Savoie fournit à peine assez de grains pour la subsistance de ses habitants dans les années même d'abondance ». Ces considérations méritent, conclue-t-on, « d'animer le zèle patriotique des membres qui composeraient la société et d'accroître leur empressement à acquérir des connaissances utiles et fondées sur des expériences exactes et répétées en tout genre pour pouvoir les communiquer à leurs concitoyens et leur procurer par là des avantages réels ».

La Société a une influence réduite, elle ne compte que 53 membres dont une majorité de nobles parmi les personnalités, on compte l’abbé Philibert de Mellarède, qui dirige la Société, et le comte Conzié des Charmettes. Une des premières et rares actions de la Société est de publier et diffuser l’essai de Costa de Beauregard.

Sans entrer dans une analyse détaillée, voyons ce qu’écrit celui-ci dans un texte qui, comme souvent dans les ouvrages agronomiques de l’époque, mêle considérations philosophiques, morales, techniques et économiques sur l’agriculture et le monde rural :

Costa s’adresse aux propriétaires, affirmant qu’il sortira « mille biens d’une réforme dans la culture ». L’amélioration de l’agriculture est un devoir de charité chrétienne, conciliable avec leurs intérêts [des propriétaires]. Il les exhorte à aller « goûter le délicieux bonheur de devenir riche en faisant du bien à ceux que la providence vous a chargé de rendre heureux » [p. 286]. Il souligne que l’agriculture est mère de toutes les vertus personnelles et sociales. « Vous allez voir de sages et habiles cultivateurs qui font sortir de la terre, par leur travail, leur industrie, des richesses abondantes, richesses qu’ils répandent dans la société, sur la patrie et qui la sauvent du naufrage où l’or la conduisait. Vous verrez là des âmes nobles et généreuses ; c’est la pépinière des vertus et des hommes » [p. 49].

Mais, Costa exprime une autre vision des agriculteurs, manquant d’hygiène – « ils jettent hors de leur porte toutes les immondices [. . .] et [les] exhalaisons putrides sont une source de maladies fréquentes » [p. 174] - entêtés, esclaves de leurs préjugés. Costa déplore « l’imbécile paysan qui gratte la terre, l’effrite, l’épuise » [p. 99].

Ce double discours, fréquent à l’époque, illustre bien la pensée des nobles agronomes, s’adressant aux riches propriétaires pour améliorer l’agriculture par l’exemple et la bonne parole auprès de la masse des agriculteurs « imbéciles ». Rien détonnant à ce que ce type d’écrit s’adressant aux propriétaires n’ait qu’une influence fort limitée sur la réalité agricole. D’autant plus que la maîtrise de la lecture n’est guère partagée par la grande masse des paysans ! Quant à l’influence de la Société d’agriculture elle n’a pas le temps de se manifester puisqu’elle disparaît rapidement, en 1775 ou 1780.

II – Le rôle des activités économiques,

Un autre moyen de diffusion des connaissances agronomiques apparaît alors avec l’intervention d’entreprises travaillant pour le secteur agricole. En effet des personnes commencent à combiner les acquis scientifiques et techniques à la démarche commerciale. Il en est ainsi pour la fabrication de matériel agricole, les entrepreneurs éditent de petits documents vantant les mérites de leurs produits et donnant des conseils d’utilisation. Ils contribuent ainsi à la diffusion d’innovations.

Dans le domaine de l’horticulture, un savoyard, Martin Burdin qui s’installe à Chambéry en 1765, va jouer un rôle important pour l’amélioration des productions fruitières. Il est aujourd’hui plus connu à Turin qu’à Chambéry.

Martin Burdin, naît en 1743 à Saint-Eusèbe, près de Rumilly en Haute Savoie. Grâce à l’aide du comte François de Conzié, propriétaire terrien influencé par le mouvement des Lumières – il joua un grand rôle dans l’éducation culturelle du jeune Jean-Jacques Rousseau – Martin entame un parcours de formation en matière d’agriculture, d’horticulture et l’art des jardins. Il travaille ainsi à Lyon avec l’abbé Rozier, le plus célèbre agronome français de l’époque, puis à Montreuil, près de Paris, où il étudie les célèbres « murs à pêches ». Il effectue également des voyages en Hollande, Angleterre et Italie.

Ayant ainsi acquis de solides connaissances, il s’établit, toujours avec l’aide de Conzié, à Chambéry dans le faubourg Nézin, sur le coteau de Lémenc. Sur son catalogue de 1787, il précise « proche le couvent des RR.PP. Feuillants de Lémens » (voir aujourd’hui la rue Burdin et l’institution Saint- Ambroise)

L’établissement se développe rapidement et Martin Burdin, fort de ses succès entre, dès 1774, à la Société royale économique de Chambéry, où il retrouve Conzié. Il publie en 1779 un premier catalogue commercial, puis une deuxième édition en 1787 présentée comme « catalogue raisonné des arbres fruitier et autres plantes particulières que cultive et vend le sieur Martin Burdin, jardinier » complétée par une « instruction précise sur la meilleure manière de planter ». Il s’agit là de la première publication d’un manuel pratique destiné à un large public et adapté à la Savoie et au Piémont.

La rédaction de ce catalogue raisonné est la réponse de Burdin à un problème commercial majeur : comment présenter aux acheteurs de façons précises ses productions et notamment les variétés fruitières car « les dénominations des fruits varient dans les différens pays ; et tel fruit qui est ici connu sous un nom, l’est ailleurs sous le nom d’un autre fruit », de plus les acheteurs doivent préciser s’ils veulent des arbres, « à plein-vent, à mi-vent, ou nains; greffés sur franc, coignassiers, parady ou doucin »2.

Dans la troisième édition du catalogue, en 1794, Burdin précise : « J’ai prévenu cet inconvénient, en indiquant dans la description des différens noms de chaque fruit, c’est-à-dire la synonimie, d’ailleurs, la description peut empêcher toute erreur […]. Je me suis attaché à indiquer seulement les caractères essentiels et distinctifs de chaque espéce de fruits. Les bois, les feuilles, les boutons, les fleurs et les autres parties d’un arbre auraient pu me fournir des observations qui auraient facilité la connaissance de chaque espèce en particulier; mais ces règles ne sont pas toujours infaillibles; elles ne sont à la portée que d’un petit nombre de Cultivateurs attentifs »3.

Dans son étude sur le département du Mont Blanc, parue en 1807 4 le préfet de Verneilh note qu’il existe « à Lémen, près de Chambéry, une pépinière des mieux entretenues et des mieux soignées, sous la direction de M. Burdin, membre de la Société d’agriculture, qui mérite une place distinguée parmi les agriculteurs de ce département. Cette pépinière comprend environ 60 mille pieds d’arbres de toutes les espèces ; on croit qu’il s’en vend chaque année environ dix mille, dont près des deux tiers sortent du département ».

En 1818, Martin cède la direction de l’entreprise à son fils aîné, François, qui constitue une société avec son frère Charles. Tous deux avaient suivi une formation spécialisée, le premier, né à Chambéry en 1785, étudia au jardin des plantes de Paris, avec André Thouin et Antoine-Laurent de Jussieu ; le deuxième, né en 1793, travailla au jardin de la Villa Reale de Monza , Lombardie.

Alors que Martin décède en 1820 à Chambéry, ses fils ouvrent deux ans plus tard à Turin un établissement comparable à celui de leur père sous le nom de « Martin Burdin frères et Compagnie » et dirigé par Charles. A la suite d’un désaccord entre les deux frères la société est dissoute, Charles reprend l’établissement savoyard et François fonde une nouvelle société avec le professeur chambérien Michel Saint-Martin pour gérer la pépinière turinoise.

Nous arrivons ainsi à une nouvelle étape qui va conduire à la création d’une école d’agriculture.

III – De l’entreprise à l’école

Michel saint-martin, le nouvel associé de François Burdin, est né à Chambéry en 1796. Fils de notaire, il fait de solides études durant lesquelles il se passionne pour les sciences. A 19 ans, il est professeur de physique à l’école secondaire communale de Chambéry. Reconnu par ses pairs, il est élu à l’Académie de Savoie en 1823, bien que n’appartenant ni à la noblesse, ni à la haute bourgeoisie. Cette même année, les jésuites prennent la direction du collège et Saint-Martin perd la chaire de physique. Il tente vainement de devenir notaire, les effectifs de ceux-ci étant fortement réduit.

En 1828, il part à Turin travailler avec François Burdin. Il y contribue également à la création de la Société agraire et effectue plusieurs voyages dans les duchés de Parme, Modène et en Toscane.

Il est alors au cœur d’un réseau tissé entre des hommes qui sont à la fois des novateurs en agriculture et des démocrates partisans de l’indépendance italienne, tel Cosimo Ridolfi. Durant cette période il publie de nombreux articles et mémoires scientifiques ainsi que des ouvrages à visée éducative. C’est aussi un expérimentateur qui met au point un système de chauffage pour les serres.

Il reviendra à Chambéry en 1848, lorsqu’on lui propose la chaire de physique au nouveau Collège pensionnat de la ville. Convaincu de l’importance de l’éducation pour favoriser l’émancipation du peuple il participe à la fondation de l’Association savoisienne d’instruction mutuelle, dont il sera président quelques années plus tard.5 Il y meurt en 1854, à 63 ans.

Michel Saint-Martin apporte à la société Burdin des liens avec la communauté scientifique internationale.

A Turin, il rencontre une autre importante personnalité, le botaniste Matthieu Bonafous, directeur du jardin expérimental d’agriculture.

Bonafous est né à Lyon en 1793 dans une famille exerçant le commerce de la soie. Il étudie au collège de Chambéry, puis à Paris où il fréquente les cours du Collège de France, de la Sorbonne et du Jardin des Plantes. A la demande de Bonaparte, son père crée un service régulier de messagerie entre la France et l’Italie. L’entreprise prospère et après la Restauration, Victor-Emmanuel lui concède l’exclusivité des messageries royales. Bonafous héritera donc d’une importante fortune à la mort de son père.

Botaniste, il s’intéresse à « l’économie rustique », dès 1821 il publie De l’éducation des vers à soie d’après la méthode du comte Dandollo, ce qui lui ouvre les portes de Académies royales d’agriculture de Lyon et de Turin. L’année suivante il est nommé directeur du jardin expérimental de cette académie.

Publiant de nombreux ouvrages sur la sériciculture, les mûriers, le maïs, il en consacre les produits à des prix en faveur de l’agriculture. Soucieux de la diffusion des connaissances, il fonde un prix pour associer dans les collèges l’étude de l’agronomie à celle des lettres classiques, un autre pour développer l’instruction primaire de l’agriculture dans la province de Biella (1842).

S’intéressant aussi à la Savoie, il fonde « aux portes » de Saint-Jean-de-Maurienne un jardin expérimental dans le but d’acclimater des végétaux pouvant améliorer l’agriculture des vallées alpines (vigne, arbres fruitiers, légumes, etc.). Une partie du terrain sert à la culture de plantes médicinales pour les hommes et les animaux, distribuées gratuitement. Le directeur du jardin est le docteur Mottard, membre de l’Académie de Savoie, qui publie les résultats annuels des expériences dans les Mémoires de la Société d’Agriculture de Turin.

Attaché à Saint-Jean où est enterré son grand-père, Bonafous y crée en 1845 une bibliothèque publique. Enfin, il faut souligner que son livre sur L’éducation des vers à soie, plusieurs fois complétés et réédité est un manuel qui fut largement diffusé dans le sud de la France à la demande du ministre de l’intérieur.

Cet homme passionné par les innovations agronomiques et l’instruction des agriculteurs demande, en 1834, à Michel Saint-Martin de visiter l’Institut agricole de Méléto, en Toscane. Il s’agit de la première école d’agriculture italienne créée par le marquis Cosimo Ridolfi. Saint-Martin conclut son rapport détaillé par le souhait de « voir se réaliser en Piémont ce que M. le marquis Ridolfi a fait en Toscane ». Avec l’aide de Bonafous, le texte est largement diffusé tant dans la presse des sociétés agraires italiennes qu’en Savoie et en France, où il est publié sous le titre « Lettre sur une école d’agriculture en Toscane ».

Notons qu’Auguste Burdin qui prend la direction de l’entreprise à la mort de son père en 1842, développe le musée agricole projeté par celui-ci. Puis, de sa rencontre avec Francesco Garnier Valletti, qui fabrique des fruits en cire, naît le Musée pomologique devenu récemment le Museo della Frutta de Turin (cf. l’exposition aux Charmettes sur Rousseau et les fruits)

L’idée de créer une école d’agriculture est donc lancée en ces années 1830, mais comment est-elle reçue en Savoie et en Piémont ?

Ce que nous constatons à ce moment c’est que la création d’écoles d’agriculture ne relève plus de l’initiative d’un individu, mais est le fait d’associations réunissant notables, agronomes et propriétaires terriens.

Respectant l’ordre chronologique, nous traiterons d’abord de la situation dans le Piémont avant de revenir en Savoie.

IV Une école d’agriculture en Piémont : Sandigliano (Biella)

C’est en 1838 que dans la province de Biella est fondée avec l’aide de Matthieu Bonafous, la Société pour l’avancement des arts, des métiers et de l’agriculture. La Société ouvre en 1839 une école d’arts et métiers, puis en 1842 une école d’agriculture à Sandigliano, première exploitation agricole expérimentale du Royaume. L’initiateur de ces projets est le président de la Société, Mgr Losana, réformateur modéré.

Avant même l’ouverture de l’école la Société a organisé des cours d’agronomie confiés à l’abbé Domenico Milano, considéré comme spécialiste en la matière. Il assure deux cours, l’un pour les séminaristes et l’autre pour un public varié venu écouter des leçons de d’œnologie, de culture des plantes fourragères ou d’entretien des prairies naturelles.

Une commission ad hoc présente un projet inspiré directement de l’école de Meleto dont Michel Saint-Martin a souligné l’intérêt. Il s’agit de créer une exploitation destinée à l’enseignement agricole pratique des paysans et pouvant servir d’exemple facilement applicable pour tous les agriculteurs de la région. Le but affiché est de former des régisseurs, des métayers ou des cultivateurs intermédiaires entre le propriétaire du domaine, souvent absent, et la main-d’œuvre affectée à la culture des terres.

Grâce à une souscription, la Société achète un terrain de 15 ha environ et le château du Torrione à Sandigliano.

Puis on cherche un directeur, Matthieu Bonafous sollicite sans succès le marquis Cosimo Ridolfi, fondateur de Meleto. Puis, il s’adresse à Auguste Bella, d’origine savoyarde, directeur de l’Institut royal d’agriculture de Grignon près de Paris. Celui-ci propose un de ses répétiteurs, Édouard Lecouteux futur président de la Société d’agriculture de France et professeur d’économie à l’Institut national agronomique à Paris.

Cette nomination suscite des réactions négatives, à commencer par celle de l’abbé Domenico Milano qui espérait obtenir le poste. Il s’élève contre « le choix d’une personne qui n’a d’autre qualité nécessaire que d’être Français [. . .], ignorant la langue et les pratiques locales ». Pour sa part, Mgr Losana estime que Lecouteux doit effectuer un voyage à travers l’Italie car il a « vraiment besoin d’améliorer ses connaissances scientifique, sa pratique tant limitée à la terre dont il vient ».

L’école accueille pour trois ans des jeunes gens de plus de 16 ans provenant de toutes les provinces du royaume, ayant des qualités morales et religieuses reconnues, sachant lire, écrire et compter.

L’inauguration de l’école a lieu le 2 décembre 1841, il y a 10 élèves ce qui constitue un bon départ. Mais dès avril 1842, Lecouteux démissionne pour des raisons mal définies. D’un côté Mgr Losana indiquait courant mars, que si tout allait bien sur le plan scientifique, il observait de près l’aspect religieux sur lequel il ne transigerait pas et il précisait : « Je crains quelques heurts avec notre Lecouteux qui, quoique catholique a été élevé sur les rives de la Seine et non du Trevere ». Pour sa part, Lecouteux écrira quelques années plus tard que l’exploitation de Sandigliano était trop petite pour lui et qu’il a profité de l’occasion proposée par le marquis de Sambuy pour aller diriger un grand domaine à Lesegno, dans la province de Cuneo.

Arrive donc un nouveau directeur, ancien élève de Grignon, choisi à nouveau par Bonafous et Bella, Napoléon Donnet. Il doit s’occuper de 23 élèves, et il est assisté par deux piémontais. Mais la situation se dégrade rapidement, Donnet a du mal à faire régner la discipline et estime qu’il faudrait renvoyer la moitié des élèves ! Ne pouvant le faire, il démissionne donc au bout d’un an. Le directeur de la Société explique ainsi cet échec : « Les élèves se sont dégoûtés des cours d’agronomie que le directeur assurait dans une langue que peu ou aucun comprenait », ce qui explique leur comportement indiscipliné.

Arrive donc, en juin 1843 un troisième directeur, lui aussi ancien élève de Grignon, Giuseppe Antonio Ottavi, fils d’agriculteurs de Bastellica, près d’Ajaccio en Corse. Ce jeune homme de 25 ans va diriger l’établissement durant dix ans.

Il renforce la discipline et veille à une rigoureuse pratique religieuse. Il modernise l’exploitation, améliore la qualité du troupeau et lance l’élevage des vers à soie. Il organise des cours gratuits pour les agriculteurs, les élèves apportant leur aide pour les travaux pratiques.

Tout semble pour le mieux, mais la succession de trois directeurs en deux ans a fragilisé l’établissement. Il bénéficie pourtant de l’appui de Bonafous qui, en 1842, a organisé un concours pour la rédaction d’un « catéchisme agraire » pour la province de Biella, dont le lauréat est un ancien élève de Sandigliano devenu enseignant dans l’établissement. L’ouvrage est largement diffusé par la Société contribuant à la réputation de l’école.

Mais, en 1846 un incendie cause d’importants dégâts dont seule une partie est couverte par l’assurance. Les difficultés financières s’accumulent, le recrutement des élèves est difficile en raison du prix de la pension. Afin de faire des économies, ce sont eux qui réalisent l’ensemble des travaux sur l’exploitation en remplacement des journaliers.

Désireux de poursuivre ce travail de formation, Ottavi propose en 1850 de louer l’établissement en se payant avec les productions et d’accueillir 5 élèves. La proposition est écartée.

L’établissement est fermé et vendu en 1851.

L’expérience a mis en évidence que la pérennité d’une école d’agriculture est dépendante des résultats économiques de son exploitation. A l’évidence les ressources en sont insuffisantes et un tel établissement a besoin de mécènes ou de l’appui de l’État.

V Une école d’agriculture en Savoie ?

Les associations sont étroitement contrôlées par le pouvoir politique, ce qui explique qu’en Savoie elles vont naître et disparaître au gré des changements de régime :

- la Société royale économique de Chambéry, fondée en 1774 par Alexis Costa de Beauregard disparaît en 1792 avec l’annexion à la France ;

- ce n’est qu’en 1799 avec l’Empire qu’apparaît la Société d’Agriculture de Chambéry, dont le secrétaire perpétuel est Anthelme Marin (nous reparlerons sa famille). Elle disparaît en 1815 avec la Restauration ;

- en 1823, le roi Charles-Félix crée des Chambres royales d’Agriculture à Turin, Gênes, Nice et Chambéry où le secrétaire est Louis-Joseph Marin, fils d’Anthelme. Il s’agit d’une institution d’État et non d’une association ;

- en 1824 est fondée la Société royale académique de Savoie qui s’intéresse un peu à l’agriculture ;

- en 1842, enfin est fondée, avec l’autorisation du roi Charles-Albert, l’Association agraire subalpine, communément appelée Association agraire de Turin. Il s’agit d’une véritable association créée par une trentaine d’intellectuels, propriétaires et hommes politiques, de la noblesse et de la bourgeoisie piémontaise. Le président est un diplomate, Cesare Alferi di Sostegno (il sera le premier ministre de l’Instruction publique en 1847), parmi les fondateurs on trouve Cavour, Auguste Burdin et Michel Saint-Martin, et l’agronome savoyard Pierre Tochon. Sa devise est une phrase de Lamartine : « Ce n’est pas seulement du blé qui sort de la terre labourée, c’est une civilisation toute entière ».

Nous nous trouvons devant une association particulièrement puissante car elle réunit dès la première année plus de 1 600 adhérents répartis dans 91 villes ou communes rurales. Ils sont 2 700 en 1844 et près de 4 000 en 1848. Elle constitue un réseau de « comice » dans tout le royaume et publie un journal hebdomadaire dont une version en langue française est diffusée en Savoie.

Cette association constitue une force politique d’autant qu’elle réunit bon nombre de libéraux dont les comices diffusent les idées. Lorsqu’on parle d’agronomie ou arrive très vite à débattre de l’organisation sociale des campagnes et de la société dans son ensemble. Le gouvernement sarde s’en inquiète et modifie les statuts de comices, les transformant de fait en moyen de surveillance politique. Mais, comme le souligne Pierre Tochon, « en arborant le drapeau agricole, on obtint beaucoup et c'est sous son égide tutélaire que se prépara la Constitution de 1848 ». Effectivement, plusieurs responsables de l’association deviennent députés ou ministres après 1848 et mettent en œuvre certaines des réformes qu’ils avaient proposées antérieurement.

Pour revenir à notre sujet, au sein de l’association on débat également de la meilleure manière de diffuser les connaissances agronomiques. Deux courants s’opposent, les uns avec Michel Saint-Martin veulent la création d’écoles d’agriculture pour former les fermiers, régisseurs et techniciens, à l’exemple de l’Institut agricole de Meleto.

L’autre courant est impulsé par Cavour qui estime que c’est l’exemple de la réussite des grands domaines qui permettra la diffusion de l’agriculture moderne. Il considère que l’agriculture piémontaise a su dégager un modèle agricole bien adapté et performant qu’il suffit de faire connaître. Selon lui, l’école est incapable de faire acquérir la maîtrise de la gestion d’une exploitation.

Rappelons qu’en ces années 1840 Cavour gère trois domaines appartenant à sa famille et représentant 1 100 ha orientés principalement vers la riziculture et la vigne. C’est une agriculture hautement performante, reliée en amont aux industries chimiques et en aval aux entreprises de transformation et de commercialisation. Nous sommes bien loin de la grande masse des agriculteurs notamment dans les zones difficiles du Piémont et de la Savoie.

Notons cependant que la position de Cavour est minoritaire au sein de l’Association agraire. Mais, elle va influencer la situation en Savoie.

Cavour devient, à partir du 11 octobre 1850, ministre de l’Agriculture, du Commerce et de la Marine. Lorsque des savoyards lui demandent la création d’une ferme école, il explique sa conception dans une lettre du début de 1851 à son ami Léon Costa de Beauregard, propriétaire d’un domaine à la Motte Servolex, près de Chambéry

« Plusieurs savoyards me demandent à grands cris l’établissement, dans les environs de Chambéry, d’une ferme modèle, d’une ferme école, d’un établissement du genre de Grignon ou de Roville. [. . .]. Mais une longue expérience et quelques études m’ont convaincu de la parfaite inutilité de fermes modèles, surtout lorsqu’on n’a pas sous la main un Mathieu de Dombasle pour la diriger. Je crois que ce qu’on peut faire de plus utile pour l’agriculture, c’est de donner les moyens aux jeunes gens qui se destinent à la vie des champs, d’acquérir les notions scientifiques qui peuvent éclairer et améliorer les pratiques agricoles »

Pour y parvenir, il négocie avec le Supérieur du collège de la Motte afin d’obtenir qu’il organise des cours de sciences auxiliaires de l’agriculture. Pour que ces cours soient vraiment profitables, il est nécessaire que le collège dispose d’un terrain pour y faire de expériences et pour y appliquer les notions théoriques. Cavour demande donc à Léon Costa de Beauregard de mettre à disposition du collège quelques uns de ses « innombrables arpents ».

Ayant obtenu semble-t-il l’appui de Costa de Beauregard, qui a installé le collège de la Motte Servolex, Cavour ouvre, par décret du 27 novembre 1851, dans le pensionnat des Frères de la Doctrine chrétienne, des cours d’agriculture, d’économie rurale, de chimie agricole, de sylviculture et d’art vétérinaire. Ces cours, organisés sur deux années, sont assurés par des professeurs salariés de l’État qui disposent d’un champ d’expérience pour l’enseignement pratique. La Chambre d’agriculture et de commerce assure la surveillance de l’école. En 1852, l’école hérite des livres, collections et numéraires du Comice de Chambéry, elle compte alors 20 élèves, 10 savoyards et 10 piémontais. Mais, l’expérience cesse au bout de deux ans pour des raisons d’économie.

Ne trouvant pas de formation sur place, de jeunes savoyards partent étudier dans les écoles d’agriculture créées en France au début des années 20. Près d’une quinzaine effectuent cette démarche entre 1830 et 1860. La plupart suivent les cours à l’école de Grignon, fondée près de Paris par Auguste Bella, descendant d’une famille piémontaise, ayant vécu sa jeunesse en Savoie.

Une nouvelle association voit le jour en Savoie en 1858, à l’initiative de Jean Fleury Lacoste, propriétaire de vignobles à Cruet et neveu du banquier Pillet-Will, la Société centrale d’agriculture de la Province de Savoie - propre. Placée sous la présidence honoraire de l’intendant général du duché, Magenta, le président est Fleury Lacoste, le comte Léonide Marin, vice-président et Joseph Bonjean, pharmacien, secrétaire perpétuel. Pour être membre de l’association, le règlement précise qu’il faut « cultiver, à quelque titre que ce soit, un domaine sur lequel on justifiera avoir fait des expériences ou des observations de pratique, ou bien être l’auteur d’un ouvrage jugé utile sur quelqu’une des branches de l’économie rurale ». Il s’agit donc à nouveau d’une association de notables, mais, parmi eux, certains se préoccupent de trouver les moyens d’une diffusion plus large des innovations.

L’annexion de 1860 entraîne la disparition de la Chambre royale d’agriculture patronnée par le gouvernement sarde, la Société centrale d’agriculture, elle, peut poursuivre ses activités, son président étant considéré comme un libéral

Le vice-président, le comte Marin présente, lors de la séance du 22 août 1857, un mémoire intitulé « instruction aux cultivateurs pour leur faciliter la connaissance des améliorations agricoles » base d’un véritable programme pour développer l’enseignement agricole.

Afin de préciser le projet, la SCA analyse l’organisation de l’enseignement agricole en France. Dans la séance du 4 février 1860, le rapporteur, Grégoire Hudry-Menos, « homme de lettres à Chambéry » critique cette organisation en relevant que « le décret du 3 octobre [1848] [. . .] exagère l’initiative gouvernementale dans une matière qui semble la repousser ; il étouffe l’action libre des citoyens, des communes et des départements sous celle de l’État, comme on peut s’en convaincre par son économie générale ». Il dénonce le risque d’aboutir « à créer un immense personnel agricole officiel ; ce qu’on appelait alors avec beaucoup d’esprit les états-majors de l’agriculture, et cela sans beaucoup de profit pour l’agriculture elle-même »6. Hudry-Menos confond là, de bonne ou mauvaise foi, la prise en charge par l’État et le devenir des personnes formées qui ne sont nullement destinées en majorité à devenir agents de l’État.

La lecture du rapport conduit Auguste Bella, directeur de l’École impériale d’agriculture de Grignon et membre de la SCA, à adresser des remarques en forme de mise au point, qui sont publiées à la suite du rapport.

Il tient tout d’abord à rappeler que c'est Mathieu de Dombasle qui, avec des ressources collectées par une association, a fondé la première école d'agriculture en France. Mais, les membres de la SCA ne savent peut-être pas, « qu'à Chambéry, sur les rochers de Lémenc, a pris naissance une autre association qui devait élargir et compléter à Grignon l'œuvre ébauchée à Roville. A Lémenc se lièrent d'amitié l'ingénieur en chef du beau département du Mont-Blanc et un soldat laboureur.

L'un [Polonceau] a creusé la grotte des Echelles pour rapprocher davantage la Savoie de la France, mais il n'aimait pas moins les sciences naturelles avec passion ; l'autre, [Bella] parti en 1814 de Grenoble avec une poignée de recrues, a eu l'honneur de culbuter les Autrichiens retranchés dans cette même grotte, et d'arriver le premier sur la place St-Léger [à Chambéry], mais il n'en était pas moins l'ami et le disciple ardent d'Albrecht Thaër, le père de l'agriculture moderne. »7 Ayant ainsi souligné ses racines savoyardes et ses compétences en matière d’enseignement agricole, Auguste Bella explique que les choses ont changé depuis l’adoption du texte en 1848. Il est apparu préférable de laisser les exploitations rurales aux mains des particuliers, et de réserver à l’État l’enseignement proprement dit.

En laissant à l’initiative privée les exploitations rurales annexées aux écoles, on leur fixe comme objectif de réaliser des bénéfices, « sans lesquels il n'y a pas de bonne agriculture, [. . .]. Cultiver avec profit, c'est le seul moyen de porter dans l'esprit des élèves la conviction nécessaire au succès de leurs études. »

Rappelant que les fermes-écoles ont pour but de former des chefs d'attelage, des commis de ferme, des petits régisseurs et de bons métayers; il observe que les élèves sont en général des jeunes gens sans fortune, qui payent leur pension par le travail qu'ils doivent au directeur.

En ce qui concerne les conditions nécessaires à l’établissement d’une ferme-école, Bella estime qu’il convient de placer les élèves dans une exploitation analogue, comme étendue, à celle de la région, afin que ce qu'ils apprendront soit plus aisément applicable. Il y a autour de Chambéry de nombreuses exploitations de 15 à 20 hectares, qui, par leurs assolements et leurs produits, peuvent occuper 25 ou 50 jeunes apprentis, et permettre de créer une ferme-école des plus instructives. « La grande, la seule difficulté, c'est de trouver un propriétaire instruit qui, tirant de son domaine un haut revenu, et capable de donner de bons exemples, consente à se vouer à cette œuvre, à expliquer à ses apprentis les raisons qui le font agir, et à relever leur moral autant que leur intelligence. Car il faut beaucoup de dévouement pour accomplir une tâche pareille. » Il faut, en effet, se méfier des propriétaires et des fermiers qui, faisant d'assez mauvaises affaires, désirent obtenir chez eux une ferme-école afin de rétablir l'équilibre de leurs finances grâce aux financements d’État et à une main-d'œuvre à bon marché.

Pour concrétiser le projet, la SCA lance une souscription dans toute la Savoie, afin de fonder une société pour acquérir un domaine. Mais, la souscription stagne et, début 1859, devant le manque de moyens réunis, la Société centrale cherche à louer une ferme d’environ 50 ha, proche de Chambéry, avec des bâtiments pour l’exploitation et pour l’accueil des élèves.

Au cours des années, divers domaine sont examinés sans succès, d’autant que sous le Second Empire, la période n’est plus à la création d’établissements de formation agricole largement financés par l’État. Sur l’ensemble du territoire national, le nombre des fermes-écoles est d’ailleurs en baisse, car elles ne semblent pas adaptées au besoin des familles paysannes qui se tournent plus souvent vers les concours et comices.

Pourtant la SCA continue de demander la création d’un tel établissement. En 1872, Pierre Tochon, qui vient d’être élu président, propose d’envoyer des jeunes se former à la ferme-école de Saint-Ismier, en Isère. Il estime, en effet, que sa localisation lui permet d’offrir des conditions comparables à celles de la Savoie. Cette année-là, six élèves sont originaires de Savoie, cet appel est entendu puisqu’en 1874 ils sont neuf sur une promotion de seize. Mais, ceci est fort loin de répondre aux besoins de formation des futurs paysans du département !

Le gouvernement, souhaitant faire des économies, demande par circulaire du ministre de l’agriculture aux Conseils généraux de participer financièrement au fonctionnement des fermes-écoles. La SCA réaffirme qu’un tel établissement est indispensable pour accueillir « les fils des petits propriétaires et des fermiers qui composent la population agricole de la Savoie » et demande donc au Conseil général de répondre favorablement à la demande ministérielle. Mais, les conseillers, constatant que l’État se désengage et considérant que les fermes-écoles sont mal adaptées à un pays de petite propriété, refusent de soutenir la création d’un tel établissement. Par contre, ils proposent des bourses pour les jeunes allant se former dans les fermes-écoles des départements voisins.

La loi du 30 Juillet 1875, sur l’enseignement élémentaire pratique de l’agriculture crée un nouveau type d’établissement, les écoles pratiques qui s’adressent aux fils de petits paysans propriétaires. En 1882, le ministre de l’Agriculture informe le conseil général de Savoie du projet de création d’une telle école dans le département de l’Isère. Il invite les élus savoyards à s’y associer financièrement, ce qu’ils refusent en raison du mauvais état de leurs finances, mais ils pensent créer des bourses pour les jeunes du département qui seraient scolarisés dans cet établissement Ce qu’ils ne feront pas, montrant les limites de l’intérêt des élus pour la formation professionnelle agricole.

Nous entrons ensuite dans un épisode surprenant avec

La donation Marin

A la fin de l’année 1886, dans une lettre au président de la SCA, le comte Marin et sa sœur Noëmie proposent de faire donation au département d’un domaine agricole de plus de 100 ha à La Motte-Servolex pour y établir une ferme-école ou une école pratique d’agriculture. L’établissement devra accueillir en priorité les jeunes de La Motte-Servolex et ceux venus de Savoie et Haute-Savoie. Le comte ajoute que le repos du dimanche et des jours fériés devra être respecté et que les élèves devront recevoir « une instruction et une éducation morales et religieuses ». En échange il demande le versement d’une rente viagère. Le président de la SCA est chargé de transmettre ces propositions aux autorités compétentes.

Avant de se prononcer le Conseil général demande des études. C’est ainsi que le professeur départemental d’agriculture, Perrier de la Bâthie, appuie le projet et suggère d’y associer la Haute-Savoie pour partager les charges. L’architecte départemental note dans un rapport détaillé que si les bâtiments d’exploitation de La Motte Servolex sont en bon état, il faudra construire un bâtiment pour accueillir les élèves, ce qu’il estime d’un coût de 54 000 f.

Face à l’importance des dépenses à effectuer, le Conseil général demande à l’État de prendre en charge les traitements des enseignants et le prix de pension des apprentis, le ministre est prêt à accepter sous réserve qu’il s’agisse bien d’une école pratique et non d’une ferme-école, celles-ci étant abandonnées. Mais, le département aura à payer la rente au comte Marin et à sa soeur et quelques bourses.

Les conseillers généraux entament de longs débats, pressés par le préfet qui s’est engagé auprès du comte Marin à lui donner une réponse rapide. Nombre d’élus s’inquiètent des coûts annoncés et pensent que les recettes espérées sont surévaluées. De plus certains refusent que des jeunes venus de Haute-Savoie aient accès à la formation sans que leur département ne participe aux dépenses. Finalement, ils décident de reporter leur vote de deux mois, voulant utiliser ce délai pour obtenir de l’État qu’il paie les frais d’appropriation des locaux et d’achat du matériel d’enseignement, et qu’il les autorise à s’associer avec un département voisin.

Mais, apprenant cette décision, le comte Marin retire l’offre de donation, en indiquant au préfet : « Les difficultés incessantes soulevées par une fraction du Conseil général et la nature des appréciations malveillantes présentées à la dernière séance de ce conseil m’oblige à retirer mes offres de cession de mon domaine. »

Le projet d’école pratique d’agriculture en Savoie est donc bloqué.

L’année suivante, le conseil général tente de trouver une solution dans la création d’une école d’agriculture en annexe de l’Institution nationale des sourds-muets de Chambéry. Mais, l’inspecteur de l’enseignement agricole envoyé par le ministre de l’Agriculture, insiste sur le fait que l’école doit être entièrement distincte de l’Institution, en outre elle disposerait de terrains insuffisants et de locaux trop petits.

Quelques mois plus tard, l’affaire connaît un surprenant rebondissement : le comte Léonide Marin accepte de faire donation de sa propriété au département ! C’est à la demande du préfet et après avoir hésité qu’il accepte de reprendre le projet « à la condition expresse que la demande [lui] en serait faite par le conseil général non à la majorité, mais à l’unanimité des voix ».

Le 22 août matin, le comte rencontre une délégation du conseil général et accepte de modifier les conditions mises à la donation. Il reconnaît que l’école doit fonctionner selon les règlements officiels ; qu’avec son accord pourront être vendus des terrains nécessaires pour payer les frais de l’installation complète de l’école ; que les terrains n’étant pas nécessaires à l’école pourront être loués à des particuliers. La cession est faite moyennant une rente viagère et le droit pour le comte d’habiter dans l’aile principale de la maison, avec jouissance de la pelouse implantée devant.

Les conseillers généraux adoptent à l’unanimité le principe de la proposition et demandent au préfet de prévoir la tenue d’une session extraordinaire dès l’instruction du dossier terminée.

Apprenant le résultat du vote, mais constatant qu’il s’agit d’un vote « de principe » dans l’attente de la session extraordinaire, le comte Marin annonce qu’il attend la transformation en vote ferme et définitif de cette première délibération. Il précise au préfet que : « que le donateur ne reste donateur qu’à la condition expresse de l’unanimité des suffrages [. . .] ».

Les conseillers généraux confirment à l’unanimité leur délibération Le préfet en informe aussitôt le comte.

Mais, surprise, Léonide Marin lui répond qu’il retire sa cession !

En effet, le comte s’est renseigné sur les conditions du vote et a appris que, si le vote a bien eu lieu à l’unanimité de membres présents, les absents se sont « retirés avec intention de ne pas prendre part au vote ce que je considère non seulement comme une abstention, mais même comme une protestation de leur part [. . .] ». Selon lui, il n’y a pas eu de réelle unanimité.

Le préfet en donnant acte au comte de son refus, rappelle que dans toutes les assemblées délibérantes l’expression « à l’unanimité » s’applique en référence aux membres présents.

A la lecture des lettres du comte on a le sentiment qu’il a saisi un prétexte dans la procédure de vote pour retirer son offre. Mais, quelle que soit la raison du revirement du comte Marin, il n’y aura pas d’école pratique d’agriculture installée dans son domaine de La Motte Servolex.

Mais d’autres établissements de formation s’implantent dans les départements savoyards, les fruitières-écoles, qui donnent un enseignement professionnel laitier à quelques élèves chaque année (quatre au maximum). L’État verse une subvention pour couvrir les traitements du chef fromager et de l’instituteur chargés des enseignements. En outre, deux bourses sont attribuées pour les élèves. Il s’agit d’améliorer la qualité des produits grâce à une formation professionnelle plus rigoureuse des fromagers ;

Le département de Haute-Savoie obtient en 1887, une subvention du ministère de l'Agriculture pour l'entretien de quatre fruitières-écoles, installées à Pringy, Desingy, La Roche-sur-Foron et Lullin.

L’enseignement pratique, comme dans les fermes-écoles, consiste en l’exécution de tous les travaux de la fruitière : fabrication du fromage et du beurre, soins de la porcherie. Le chef fromager a la responsabilité de cet enseignement qui a lieu matin et soir. Enfin, l’instituteur et le chef fromager tiennent la comptabilité qu’ils adressent chaque mois à l’inspecteur chargé des fruitières-écoles. Celui-ci reçoit également un rapport sur les activités des élèves, leurs notes, et les cours qui ont été assurés.

Le ministère de l’Agriculture contrôle ainsi, non seulement l’enseignement, mais aussi le fonctionnement de la fruitière, support de la formation des jeunes fromagers. L’Association fruitière accepte donc de limiter sa liberté d’action pour assurer, avec l’aide de l’État, la formation professionnelle des futurs fromagers, exemple étonnant, sans aucun doute !

En Savoie, en 1890, une fruitière-modèle est ouverte à Valloire, uivie par celle de Grésy-sur-Aix (1894). En 1894, un rapport du ministère de l’Agriculture permet de savoir que les fruitières de Haute-Savoie ont formé depuis leur création 59 élèves contre seulement 9 en Savoie.

Au début du 20e siècle, une nouvelle tentative de création d’une école pratique d’agriculture en Savoie, à La Motte Servolex a lieu à la faveur de la loi du 5 juillet 1904 interdisant aux membres des congrégations d’enseigner et fermant leurs écoles.

En octobre 1904, l’établissement de la Motte Servolex des Frères des écoles chrétiennes est contrairement à la loi, toujours ouvert. Son supérieur explique qu’il a demandé une dérogation afin de transformer l’établissement en maison d’accueil pour les frères âgés ou infirmes. Le préfet affirme son refus de toute dérogation à la loi qui ne permet pas de transformer une école congréganiste en maison de retraite. De plus, écrit-il, « cet établissement pourrait contenir 300 vieillards ce qui constituerait un inconvénient des plus sérieux du point de vue politique ». La République et l’Église sont en conflit, il n’est pas question de céder du terrain à l’adversaire !

Le 22 janvier 1905, le Comité d’action et de défense républicain de La Motte Servolex émet le vœu de voir les locaux des congréganistes utilisés par une école pratique d’agriculture. Le conseil municipal de La Motte Servolex approuve le projetl. De son côté, le conseil général préfère renvoyer toute délibération à sa session d’août en attendant de savoir si les finances départementales seraient engagées par cette création. Mais la confusion règne, le liquidateur des locaux des frère recueillant des informations contradictoires sur la vocation antérieure de l’établissement, n’arrive pas à savoir si, outre l’enseignement, il avait une mission d’accueil pour les frères invalides.

Le Comité républicain de La Motte Servolex poursuit ses interventions, appuyé par le préfet. Le conseil général de son coté hésite à s’engager sans connaître précisément l’importance du financement à assurer. Durant l’année 1906, le dossier avance donc lentement. Lorsque enfin la vente parait possible, le député radical Théodore Reinach demande un report afin que le conseil général en soit saisi lors de sa session ordinaire d’avril 1907, ce qui est accepté par le ministre de la Justice.

A la demande du préfet, le professeur départemental d’agriculture, Albert Laurent, établit un rapport dans lequel il estime que la situation de la commune de La Motte Servolex est favorable à l’implantation d’une école pratique pour répondre aux besoins de l’agriculture du département. Malheureusement, les bâtiments sont trop vastes – il pourrait accueillir plus de 300 élèves – et leur entretien serait particulièrement onéreux. De plus le terrain disponible est insuffisant,.

On ne peut que s’étonner qu’une inspection des lieux n’ait pas été réalisée dès 1905, ce qui aurait permis de chercher d’autres voies pour créer enfin une école pratique d’agriculture en Savoie !

Une école d’agriculture ne verra le jour qu’en . . . 1955, sur le domaine Reinach vendu au département en 1936, qui accueillait précédemment un préventorium. Le lycée agricole de Savoie est installé en 1965..

En Haute-Savoie, projetée par le Conseil général, avant 1914, ajournée par la guerre, l’École d'agriculture créée par décret de 1917, ouvre ses portes en 1920 dans l'ancien couvent de Contamine-sur-Arve

Il convient de noter la création d’établissements privés à l’initiative ou avec le soutien de congrégations, qui ne sont pas des écoles professionnelles.

En Savoie, en 1868, l’abbé Camille Costa de Beauregard fonde un orphelinat horticole à la périphérie de Chambéry. En 1898, un peu plus de 150 enfants et adolescents fréquentent la Fondation du Bocage.

Il devient centre d’apprentissage en 1953, reconnu par le ministère de l’Agriculture en 1958.

En Haute-Savoie, à Douvaine, est créé en 1875 par un spiritain, le père Joseph, une « école orphelinat ». Il accueille, avec deux autres pères du Saint-Esprit, des enfants de 10 ou 11 ans, sortant de l’asile rural du lieu. Pendant deux ans ils suivent des cours d’agriculture appliquée à la région.

L’école d’agriculture de Poisy est créée en 1953

Une Maison familiale est ouverte en 1940 à Vetraz-Monthoux en Haute Savoie.

Au départ ces établissements, orphelinats et colonies pénitentiaires reposent sur le principe de la rédemption, de l’insertion sociale, par le travail de la terre.

Notons que dans le Piémont l’enseignement agricole n’a été organisé que par une loi de 1885.

Conclusion

La formation professionnelle d’agriculteurs au sein d’école d’agriculture n'a donc été réalisée en Savoie qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Cette situation est originale par rapport à la quasi-totalité de départements français, mais l’explication se trouve dans la politique agricole et non dans les changements politiques. En effet, la Savoie n’a pu bénéficier de la loi de 1848, mais celle-ci préparait des cadres moyen et supérieurs pour des exploitations de grande dimension économique, suivant le modèle anglais, ou celui de Cavour.

En réalité l’agriculture française s’est développée en s’appuyant sur un grand nombre d’exploitations agricoles familiales de dimension restreinte et n’ayant pas besoin de personnel qualifié par des formations de niveau moyen ou supérieur.

Mais alors, comment ont diffusé les innovations et connaissances qui ont contribué à l’évolution de l’agriculture française ?

- par les comices et concours agricoles ;

- par l’enseignement des connaissances agricoles de base à l’école primaire (jusque vers 1960) ;

- par les cours pour adultes des professeurs départementaux assistés par de instituteurs ;

-par les sessions organisées par les syndicats et coopératives agricoles ;

- au début du 20e siècle par les cours agricoles d’hiver pour les garçons et ménagers agricoles pour les filles ;

- puis dans les années 1920 pat les cours postscolaires des instituteurs et institutrices et par des mouvements de jeunes : la JAC.

Toutes ces institutions constituent un système complexe mais adapté aux besoins de formation professionnelle des agriculteurs familiaux. Il s’est constitué durant la période ou triomphait la société rurale.

Mais ceci est une autre histoire comme disait Rudyard Kipling.

Michel Boulet

Société savoisienne d'Histoire et d'Archéologie

Communication au colloque 1750-1860 : Un secolo di relazioni accademiche

in ambito botanico e agronomico tra Torino e Chambéry

Turin – 15 septembre 2007

Notes

1 Ses promoteurs s’inspirent de la Société des Georgofili fondée en 1753 à Florence (Toscane) par le marquis Cosimo Rifolfi et de la société économique de Berne (Suisse).

2 Catalogue raisonné des Arbres fruitiers et autres Plantes & Graines que cultive & vend le Sr. Martin Burdin, Chambéry, Lullin, 1794, p. 3.

3 Catalogue raisonné, op. cit., p. 4.

4 VERNEILH, 1827. Statistique du département du Mont Blanc. Paris, Testu, 560 p. ; p. 447.

5 SSHA. Dossier d’archives de la Société savoisienne d’instruction mutuelle, 1848-1858.

6 Souligné par l’auteur.

7 Souligné par l’auteur.

 

Sources

Archives de Savoie

* Fonds sarde

1 FS 681- École Royale d'Agriculture pratique de la Motte-Servolex au XIXe siècle. Organisation générale.

* Série M – Agriculture

23 M III 4 – Donation Marin – Champ d’expérience de Saint-Pierre d’Albigny – Fermes-écoles

27 M III 5.- Écoles de Cognin, Ecully, La Motte Servolex. Écoles ménagères ambulantes

* J 454 – Notice généalogique sur la famille Burdin, originaire de St Eusèbe (Haute-Savoie) rédigé par Marc Burdin (en 1976) pour usage familial

 

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