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L'école des paysans

La commune de Paris et les paysans

10 Mai 2021 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #Agriculture et milieu rural, #Documents d'archives

Les campagnes n’ont pas appuyé la Commune, les ruraux ont, bien involontairement, fourni l’essentiel des troupes de répression, soldats de régiments réguliers reconstitués ou « mobiles » bretons. Zola, dans son roman « La débâcle » résume bien le sentiment de la classe au pouvoir : « C’est la partie saine de la France, la raisonnable, la pondérée, la paysanne, qui supprime la partie folle, […] détraquée de rêverie et de jouissance ».

Pourtant des responsables de la Commune ont tenté d'obtenir l'appui des paysans.

Ainsi, les 2 et 3 avril 1871, paraît dans le journal La Commune un long texte signé André Léo intitulé « La France avec nous ». Constatant que « Paris est seul contre tous. Pas un allié ! Partout des ennemis menaçants » et que les paysans sont hostiles à Paris et à la République, André Léo demande « que Paris dise bien haut au peuple des campagnes : frère on te trompe. Nos intérêts sont les mêmes. » Après une argumentation détaillée, le texte se conclut par « La terre aux paysans, l'outil à l'ouvrier, le travail pour tous. »

André Léo demande que cet appel soit répandu le plus largement possible. Le texte est repris sous forme d'un appel « Aux travailleurs des campagnes » signées par « Les travailleurs de Paris ». Il est publié dans le journal La Sociale le 3 mai, précédé d'un texte d'André Léo « Le socialisme aux paysans ». Jules Vallès le reprend dans son journal Le cri du peuple du 12 mai. Puis, il est tiré à 100 000 exemplaires par l'Imprimerie nationale et diffusé avec de grandes difficultés, bien sûr, dans les régions.

En effet, les dépêches de Paris, enlevées au bureau où elles arrivaient, prenaient le chemin de Versailles, ainsi la lettre aux habitants des campagnes, « était soigneusement détruite. » (Louise Michel). Quant aux envois par ballons « Combien se perdirent, ne tombèrent pas dans le sillon. » (Lissagaray)

Qui est André Léo ?

Il s'agit du nom de plume de Léodile Béra, née à Lusignan (Vienne) en 1824, fille d'un notaire. Mariée début 1852 avec Grégoire Champseix, le couple a des jumeaux, André et Léo, d'où le nom de plume de leur mère. La famille est installée en Suisse, Grégoire étant un réfugié politique. Après l'amnistie du 3 août 1860, ils reviennent à Paris.

Sous le nom d'André Léo, Léodile écrit des romans, dont « Un mariage scandaleux » paru en 1862 qui connaît un certain succès. Grégoire Champseix décède le 4 décembre 1863.

André Léo s'engage dans le combat pour l'émancipation de la femme, puis, aux côtés de Louise Michel elle participe à la bataille du siège de Paris puis à la Commune.

Très sensible, par sa jeunesse provinciale aux problèmes de la paysannerie, elle a tenté, sans succès en juin 1870 de créer, notamment avec Elisée Reclus un journal du dimanche intitulé « L’agriculteur ».


Sources :

* Charlotte Cosset et Gilles Malandain, « André Léo journaliste. Engagement et témoignage
(1866-1871) »,
Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n° 132, 2016, p. 139-154. En ligne : http://journals.openedition.org/chrhc/5402
* Presse de la Commune sur: https://archivesautonomies.org/spip.php?rubrique438

* Blog Michèle Audin https://macommunedeparis.com/
* Louise Michel.
La Commune. Paris, P.-V. Stock, 1898, 427 p. ; p. 225

Prosper-Olivier Lissagaray. Histoire de la Commune de 1871. Nouvelle édition, précédée d'une Notice sur Lissagaray par Amédée Dunois. Paris, ESI éditions / Librairie du travail, 1929, 580 p. ; p. 230

La commune de Paris et les paysans
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