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L'école des paysans

Edgard Pisani 1918-2016

6 Juillet 2021 , Rédigé par Michel Boulet Publié dans #Personnalités de l'enseignement agricole

Edgard Pisani  1918-2016

Lors du décès d'Edgard Pisani, le 20 juin 2016, commentateurs et responsables politiques ont souligné son rôle dans la construction de la politique agricole européenne et dans les transformations de l'agriculture française. Mais, quelques confusions se sont alors glissées dans les textes. Ainsi, dans Le Monde du 21 juin, Patrick Roger affirme qu'il a « mis en place les lois d'orientation agricole, qui modernisera (sic) ce secteur, il va redonner confiance à la paysannerie ». Et le ministre de l'agriculture, Stéphane le Foll, signe le même jour un communiqué soulignant qu'Edgard Pisani fut « l'artisan des grandes lois agricoles de 1960 et 1962 qui permirent la modernisation de l'agriculture et la refonte de l'enseignement agricole. »

En réalité, en 1960, Edgard Pisani alors sénateur de la Haute-Marne, Gauche démocratique, a voté contre la loi d'orientation agricole du 5 août 1960 portées par Henri Rochereau, et s'est abstenu lors du vote de la loi du 2 août relatif à l'enseignement et à la formation professionnelle agricoles.

Mais le rôle d'Edgard Pisani dans l'évolution de l'enseignement agricole a rarement été souligné.

J'ai eu le privilège d'échanger avec lui pour préparer son intervention au colloque de 2001 à l'ENESAD, puis après la parution en 2004 de son ouvrage Un vieil homme et la terre.

Il a, à plusieurs reprises, souligné son intérêt pour l'enseignement. Il m'a notamment indiqué que lorsqu'il a quitté le ministère de l'Agriculture en janvier 1966, il avait espéré obtenir le ministère de l’Éducation nationale. Il a réaffirmé cet intérêt dans Le sens de l’État paru en 2008 : « Plus j'y pense, plus j'ai conscience que, depuis mon entrée dans la vie publique, je n'ai eu qu'un rêve : être ministre de l’Éducation nationale. »1

Ici je m'attache à présenter son important apport à l'évolution de l'enseignement agricole. Outre la création de nombreux établissements d'enseignement, il a impulsé la mise en œuvre de deux innovations majeures:l'éducation socioculturelle et la formation professionnelle des adultes.

 

Lorsque le général De Gaulle nomme Edgard Pisani, ministre de l'agriculture, le 24 août 1961, il est chargé de poursuivre la mise en œuvre des lois de 1960 dont Michel Debré a dit devant l'Assemblée nationale qu'il s'agissait de définir « l'orientation de l'agriculture française pour une génération et même davantage », ajoutant qu'il s'agissait d'un « problème politique au sens le plus élevé du terme, car il touche à l'avenir économique, l'avenir social et même l'avenir sentimental ou moral de la Nation. »2

Il faut souligner que Michel Debré porte un intérêt particulier aux questions de l'enseignement et de la formation professionnelle. Face aux difficultés des agriculteurs à la fin des années 50, il estime que « créer un espoir passe par l'éducation »3.

Comment le poste de ministre de l'Agriculture lui a-t-il été proposé alors qu'il était sénateur ? Il s'en est expliqué dans Le vieil homme et la terre. En juillet 1961, il prononce une longue intervention sur l'agriculture au Sénat dans laquelle il propose des pistes pour résoudre « le problème agricole ». Le premier obstacle, pour lui, est le conservatisme de la profession agricole. Il relève ensuite « l'incapacité de l'État à répartir convenablement l'argent qu'il investit.[Il entretient] la misère du monde agricole ». Le Parlement est également responsable qui depuis longtemps « considère le monde agricole comme une masse politique qu'il faut satisfaire et non comme un ensemble économique qu'il faut organiser ». Il dénonce également avec vigueur ceux qui défendent systématiquement les petites exploitations agricoles. « Nous n'avons pas le droit, au nom du respect monstrueux que nous vouons par tradition à tout ce qui est petit, de maintenir en esclavage des familles dans des exploitations qui ne pourront jamais les nourrir. »

Proposant plusieurs pistes pour avancer, il conclut avec inquiétude que pour résoudre le problème agricole « ou bien nous définirons une civilisation agricole intégrée à la civilisation urbaine, à la civilisation industrielle moderne et alors nous connaîtrons la stabilité, ou bien nous échouerons dans cette construction et alors les désordres qui troublent aujourd'hui la Nation bouleverseront le temple à l'abri duquel nous délibérons. »4

Edgard Pisani est, peu après, sollicité par Michel Debré, avec l'accord du Président de la République, et devient ministre de l'agriculture le 24 août 1961.5 Il estime que le Président et le Premier ministre ont avalisé son programme en le nommant ministre de l'agriculture.

Il faut noter qu'il n'y a guère de référence à la formation professionnelle des agriculteurs dans ce discours !

Lors de ses premières interventions en tant que ministre de l'agriculture devant le Sénat (6 septembre) et l'Assemblée nationale (13 septembre), il insiste sur la nécessité de mieux prendre en compte le problème des débouchés, de la politique des prix, des structures et de l'aménagement rural, et de prendre en compte « l'homme-paysan ». Se dessine ainsi le triptyque qui va structurer le ministère : le produit, l'espace et l'homme. Dans son discours à l'Assemblée nationale, insistant sur l’importance du commerce comme « aboutissement normal de l'activité productive », il prononce une phrase qui fait le bonheur des commentateurs : « Si demain - et l'on excusera ma boutade - le lait doit être rouge pour être vendu et les pommes carrées, il faudra que l'institut national de la recherche agronomique se consacre à cette tâche pour que nous puissions obtenir des produits qui se vendent. »6

Il insiste également sur la nécessité d'améliorer « l'outil qui est le ministère ». Il affirme « Il faut totalement repenser l'organisation du ministère. Disons d'abord qu'il est surprenant pour celui qui s'y installe de constater qu'il n'y existe pas de bureau d'études et de synthèse. Vous vous étonnez sans doute qu'il n'y ait pas de politique agricole. Mais comment y en aurait-il une puisqu'il n'y a pas d'outil pour l'étudier ? » Il est temps d'installer dans le ministère la pensée économique et « la volonté commerciale ».

Mais sans attendre cette réorganisation, il doit prononcer le discours d'ouverture des journées de l'OCDE sur « la nécessité d'adapter la formation professionnelle agricole aux exigences d'un développement rationnel de l'agriculture dans le cadre des conditions économiques et sociales nouvelles et dans la perspective d'une évolution constante et accélérée de ces conditions »7 [Texte n°1 ci-après]. Après avoir présenté les cinq objectifs principaux de l'enseignement agricole il insiste sur «une nécessité plus importante que toutes celles-là, parce que plus directement tournée vers l'homme : la formation agricole doit aussi former les hommes pour une certaine civilisation. Je crois (je le crois parce que je l'observe et parce que j'en ai en quelque sorte l'angoisse), que nous vivons l'un des moments les plus importants de l'évolution de la civilisation agricole, au moins dans nos pays d'Europe, et que, au moment où la ville développe ses outillages, ses moyens, son organisation sociale, ses loisirs, […] nous sentons naître chez un certain nombre d'agriculteurs et dans les masses agricoles, une espèce de sentiment de frustration, une espèce de sentiment et de complexe de différence. »

Pour le ministre la situation est préoccupante car « il serait terriblement grave que nous ayons en même temps à résoudre le problème des excédents agricoles et le problème de la désespérance agricole. » La formation professionnelle agricole doit donc donner aux hommes « à la fois la maîtrise de leur métier, la capacité d'organiser leur effort, la connaissance des phénomènes économiques mondiaux et un très profond attachement à la civilisation dont ils sont en même temps les dépositaires, les bénéficiaires et les gardiens. »

Comme il l'avait annoncé, Edgard Pisani réorganise profondément l'administration centrale du ministère de l'Agriculture. Il définit quatre directions générales : études et affaires générales ; production et marchés ; génie rural et hydraulique agricole ; enseignement et affaires professionnelles et sociales8.

Cette dernière direction voit ses mission élargies puisqu'elle a dans ses attributions :

- Les problèmes concernant les différents ordres d’enseignement (agricole, vétérinaire et ménager),

- la promotion sociale et le contrôle des institutions privées reconnues par le ministère de l’agriculture ;

- les études relatives à la structure juridique et à l’équilibre économique de l’exploitation, au développement de la coopération ;

- l’élaboration de la législation sociale applicable aux salariés et aux exploitants agricoles,

- la mutualité agricole, les relations avec les chambres d’agriculture et les autres organismes professionnels,

- les questions relatives à la main-d’œuvre et à l’emploi.

Il s'agit bien, comme Pisani le souhaitait de prendre en compte « l'homme-paysan » dans sa globalité, et non pas seulement, comme la direction générale en était chargée jusque-là, de superviser l'enseignement agricole et la vulgarisation. Pour aborder les questions de la formation et de la culture en milieu rural, le ministre fait appel à deux fortes personnalités Paul Harvois et Jean-Michel Soupault.

Alors qu'il était préfet en Haute-Marne, il a travaillé avec Harvois qui était directeur départemental de la jeunesse et des sports de 1952 à 1958 afin de de construire et animer des équipements socioculturels. Il le sollicite dès son arrivée au ministère. Puis, il fait appel à Soupault, ancien gouverneur de la France d'Outre-mer, au Congo, qu'il nomme, en novembre 1961, directeur général de l'enseignement et des affaires professionnelles et sociales ; Harvois, quant à lui deviendra chef du bureau de la promotion sociale et des activités culturelles.

La nouvelle équipe doit rapidement préparer la loi de programme relatif à la création et au développement des établissements d'enseignement et de formation professionnelle agricoles prévue par l'article 4 de la loi sur l'enseignement agricole de 1960. Le projet de loi est déposé le 22 juin 1962 et le ministre le présente le 4 juillet à L'Assemblée nationale. C'est la première loi portée par Edgard Pisani, en application d'une loi sur laquelle il s'était abstenu. Inutile de dire qu'il est attendu avec intérêt par les parlementaires !

Le projet prévoie notamment la création en 16 ans de 450 collèges masculins de 200 élèves et 250 collèges féminins de 120 élèves, de 92 lycées masculins de 300 élèves et de sections féminines en annexe de lycées masculins et, éventuellement, de quelques lycées féminins. Pour l'enseignement supérieur il est prévu de former annuellement 400 ingénieurs de conception et 500 ingénieurs d'application.

Dès la première intervention, celle du rapporteur de la commission des finances une nette opposition s'exprime à propos de l'enseignement privé, dont les crédits sont estimés insuffisants. La commission a donc adopté un amendement présenté par Joseph Charvet, député du Rhône, membre du groupe des Indépendants et Paysans d'action sociale : « dans le cadre des dotations prévues dans le projet de loi de programme, la somme de 109 millions de nouveaux francs inscrite au titre de l'aide à l'enseignement privé sera révisée pour tenir compte des possibilités d'extension et de création des établissements privés d'enseignement agricole ». Le ministre rappelle que les dotations figurant dans la loi de programme n'ont pas de caractère rigide et peuvent être réajustées pour répondre à un besoin constaté, l'alinéa supplémentaire proposé par la commission est stricto sensu superflu puisque le Parlement est saisi des lois de finances, qu 'il en délibère et peut procéder à des modifications. Puis, il termine en déclarant que « le Gouvernement s'en remet à la sagesse de l'Assemblée ».

L'amendement est pourtant adopté par les députés, il en est de même au Sénat. Il s’agit très clairement d'un avertissement au nouveau ministre qui apparaît trop favorable à l'enseignement public. Il le rappellera dans son intervention à l'ENESAD en 2002 : « Quand je suis arrivé au ministère de l'Agriculture, le compromis, historique en quelque sorte, entre le privé et le public semblait conclu. Lorsque j'ai soumis au Parlement les textes qui manquaient à sa mise en œuvre, les orientations que, sur ma proposition, le gouvernement avait choisies ont été, malgré mes arguments, significativement amendées. J'ai expressément dit mon désaccord et me suis, tout aussi clairement, engagé à mettre en œuvre la loi adoptée. »

Devant les sénateurs, le 20 juillet, le ministre développe un certain nombre de points pour répondre aux inquiétudes des élus à propos de son engagement dans la mise en œuvre de la loi de 1960. [Texte n° 2 ci-après].

Il affirme dès le début qu'il n'avait pas « présente à l'esprit cette querelle qui pourrait un jour intervenir dans le débat opposant l'enseignement public et l'enseignement privé ». Il n'est évidemment « pas possible d'imaginer en France, en l'état présent des choses, un système qui fasse fi de la place occupée par l'enseignement privé ». Mais il convient également « de conduire l'enseignement public en matière agricole à un degré d'épanouissement qui n'est pas encore atteint. C'est à cette double tâche que répond très exactement le texte de loi de programme qui vous est proposé. »

Le choix de la tutelle du Ministère de l'Agriculture sur l'ensemble de l'enseignement agricole effectué par la loi est, après réflexion, le bon car « pour désenclaver une catégorie sociale comme l'agriculture, […], il faut aller chez elle, il faut entrer dans son système ou dans son aire géographique et ne pas se contenter de l'appeler vers soi, ne pas se contenter d'appeler vers la ville l'enfant d'agriculteur. »

Ayant précisée sa position, il explicite ensuite « l'objet de l'enseignement agricole » qui est « d'ouvrir l'agriculture à l'enseignement », afin « de former des jeunes qui puissent demeurer des agriculteurs, mais de les former de telle façon qu'ils puissent, s'ils ne le demeurent pas, avoir des chances égales à celles des jeunes citadins dans des domaines non agricoles ». Ce qui signifie que « la pédagogie que nous allons élaborer est difficile à imaginer et à mettre en pratique car il nous faut donner à tout enfant la faculté de demeurer dans son métier avec la totale maîtrise intellectuelle des connaissances dont il a besoin et à la fois le préparer à un éventuel transfert, si tel doit être son destin ».

En ce qui concerne le recrutement et la formation des enseignants, le ministre souligne que pour répondre à l'urgence, « la part occupée par l'enseignement supérieur dans le premier plan est surproportionnelle à celle qu'il occupera dans les plans suivants ».

Rappelant la cohérence entre le développement de l'enseignement agricole et les orientations de la politique agricole dont le Parlement va prochainement débattre, Edgard Pisani conclut de façon plus personnelle : « Si un jeune venait me demander s'il vaut la peine de se consacrer à la terre, je lui dirais que s'il avait dix ans de patience pour voir le résultat de notre long effort, je pourrais lui assurer solennellement, avec la responsabilité d'un homme devant un enfant, que cela vaut la peine. »

Très rapidement le ministre doit également préparer la loi complémentaire à la loi d’orientation agricole dont il souligne l'importance lors de la séance du 18 juillet à l'Assemblée nationale : « donner à l'agriculteur une plus grande maîtrise des éléments dont il dépend : maîtrise de l'espace rural, maîtrise des mécanismes économiques, maîtrise de l'évolution même de la structure sociale dans laquelle il vit, maîtrise nécessaire, car le drame de l'agriculture tient en grande partie au fait que cette maîtrise a totalement échappé à la paysannerie elle-même. »9 Le débat au Parlement se déroule jusqu'au 27 juillet et la loi est promulguée le 8 août10.

En matière d'enseignement et de formation agricoles l'équipe de Jean-Michel Soupault continue le travail de mise en œuvre de la réforme. En novembre sont créés les comité départementaux de l'enseignement et de formation agricoles11. Le 12 mars 1963 sont créés les Écoles nationales d'ingénieurs des travaux agricoles formant les « ingénieurs d'application » prévus par la loi de 1960 et des enseignants pour les collèges agricoles,12 la première de ces écoles est installée à Bordeaux, le 28 juin. Le 30 avril paraît le décret tant attendu relatif à la reconnaissance des établissements agricoles privés13.

La tenue en mai 1963 d'un colloque, organisé par le Grand Orient de France, consacré au problèmes de la paysannerie française permet à Edgard Pisani de mettre en perspective l'ensemble de la politique qu'il a impulsée depuis son arrivée au ministère [Texte n° 3 ci-après].

En introduction, il affirme qu'une des raisons pour lesquelles le problème agricole ne trouvait pas de solution est sa méconnaissance. Il en propose une explication par le fait que les dirigeants politiques ont reçu une formation en droit ou en mathématiques et non en biologie. Or, « la biologie a ses lois infiniment plus subtiles que celles de la mathématique ». Ceci a pour conséquence que lorsqu'on présente un dossier sur un problème agricole « avec ses imprévisions, avec ses incertitudes, le raisonnement parfait de ceux qui font de la mathématique ou du droit nous est toujours opposé, comme si, après tout, les responsables de l'agriculture étaient de piètres enfants, incapables d'imposer à leur domaine la rigueur de raisonnement que l'on applique aux autres. »

Puis, il se propose « de dégager la philosophie des orientations générales » qu'il a prises, traitant successivement de la production, de l'espace et de l'homme. Il note que la situation s'est aggravée parce que la France est devenue un pays excédentaire et que se pose la question des débouchés. En matière d'espace, les évolutions sont nombreuses mais il tient à mettre en valeur le double phénomène de concentration des exploitations au bénéfice des plus riches et la « dépaysannisation » de la terre par « la prolifération des acquisitions par des non-agricoles ». Enfin, il aborde le troisième problème, « de tous le plus important : celui de l'homme, car c'est par rapport à ce problème que les deux premiers doivent être résolus. »

Abordant la question de l'enseignement agricole, il rappelle qu'il était personnellement « plutôt l'adversaire de la création d'un système d'enseignement spécifique ». Cependant, cet enseignement distinct est, bien sûr, en relation étroite avec le ministère de l’Éducation nationale. Mais, il ajoute que lorsque le système sera rodé et que les agriculteurs n'auront plus de complexe vis à vis de la formation «  il faudra peut-être se poser la question de l'entrée de cet enseignement agricole dans l'Université de France, mais alors et alors seulement ».

Et, tâche particulièrement difficile, il faut « imaginer un système pédagogique qui laisse l'enfant totalement libre de son choix, c'est-à-dire qu'il ne soit pas tel que la formation qu'on lui donne le détourne de la terre et qu'il ne soit pas tel non plus que la formation qu'on lui donne l'attache à la terre. » Il poursuit en affirmant : « Notre objet est de faire que les agriculteurs soient formés à leurs responsabilités, à leur tâche de modestes techniciens, à leur tâche de chef d'entreprise qui doit arbitrer entre des exigences contraires, à leur tâche de militants syndicaux ou de militants de coopératives […] ». Et, annonçant ce qui va être l'originalité de l'enseignement agricole, l'éducation socioculturelle, il affirme qu'il faut « les former aussi à ce que je n'appellerai pas leur tâche de téléspectateur parce que, en définitive, c'est par ''l'étrange lucarne'' que l'agriculteur, très isolé, est ouvert sur le monde et il faut lui apprendre à se servir de cette fenêtre avec un sens critique qu'il faut développer parce que la vie quotidienne ne le développe pas peut-être assez. »

Il conclut avec force et hauteur de vue : « Ou bien notre pays et notre génération trouveront à ce problème de l'agriculture une solution positive, et alors notre civilisation renaîtra de sa crise, ou bien notre pays, et notre génération, et le monde ne trouveront pas de solution au problème agricole et nul ne peut prévoir ce qui sortira du désordre qui est né de l'abus de la civilisation industrielle dans un monde biologique qu'elle a trop longtemps nié. »

Lors de ce colloque, le directeur général Jean-Michel Soupault intervient pour présenter l'enseignement agricole dont la nouvelle organisation est encore mal connue, et il précise également les orientations de la formation14. Il insiste notamment sur la nécessité d'apprendre aux jeunes « de n'être plus des individualistes, […] mais simplement des individus […] qui acceptent les disciplines de l'agriculture, les disciplines communes, les disciplines de l'agriculture de groupe, les disciplines dans le travail, les disciplines de la coopération dans la transformation et la négociation des produits, les disciplines de la mutualité, les disciplines du crédit, des hommes qui en connaissent les lois fondamentales. »

Il ajoute qu'il faut développer la formation générale en lien avec l’Éducation nationale car « l'enseignement agricole ne saurait avoir ses propres professeurs d'enseignement général », complétée par « l'éducation culturelle, l'initiation aux arts, aux sports, etc. Il faut apprendre à ces futurs hommes à participer à la civilisation moderne et leur donner le goût de l'ouverture sur le monde extérieur. » Il termine en appelant au développement d'un autre volet : « donner un complément de formation aux hommes actuellement en place », projet sur lequel travaille ses services et qui devront se concrétiser dans les prochaines années.

Afin de mettre en œuvre rapidement les orientations du Ministre en matière culturelle, une note de Soupault du 10 mars 1963, préparée par Paul Harvois, indique que chaque lycée et collège disposera d'un centre socioculturel et d'un amphithéâtre-auditorium, construit « à proximité des internats dans une relative indépendance vis-à-vis des circuits traditionnels ». Ce sont les élèves qui gèrent et animent le centre sous le contrôle du professeur d'éducation socioculturelle, à travers une association type loi de 1901.

En 1964, afin de concrétiser les projets favorisant le « développement culturel du milieu rural » Pisani, s'inspirant de la Ligue de l'enseignement, impulse avec Paul Harvois la création d'une association proche de l'enseignement agricole, le GREP, Groupe de Recherches pour l’Éducation et la Promotion. Elle regroupe des militants d'éducation populaire, des chercheurs, des élus locaux de tous bords politiques. Le président est un agriculteur, Gilbert Martin, un des fondateurs du centre de formation des conseillers agricoles de Trie-Château(Oise)..

Deux actions importantes sont lancées grâce à l'équipe du GREP :

- Les universités agronomiques de printemps qui regroupent durant deux semaines l'ensemble des promotions sortantes des écoles d'applications du ministère de l'agriculture. Les méthodes et contenus sont inspirés des universités d'été du mouvement « Peuple et culture ». l'objectif étant de permettre des échanges entre des fonctionnaires qui auront à travailler ensemble, et de les sensibiliser à l'approche culturelle du milieu rural.

- le recrutement et la formation des trois premières formations d'animateurs socioculturels qui, outre leur fonction enseignante auront pour mission de créer des liens permanents entre l'établissement d'enseignement et les associations rurales.15 L'analyse de l'activité de ces enseignants aboutit à la rédaction de la circulaire du 23 février 1965, la célèbre « circulaire E 222 », sur l'éducation socio-culturelle dans les établissements d'enseignement public agricole.16

En outre, le GREP contribue à ce que les mouvements d'éducation populaire soit agréés au même titre que les syndicats en matière de promotion collective, une ligne budgétaire étant ouverte à cet effet.

Le Ministre poursuit la réorganisation du ministère en se consacrant aux services extérieurs. Il réunit sous l’autorité d’un directeur départemental de l’Agriculture et de la Forêt (DDAF), l’ensemble de ces services. Il crée pour ce faire deux corps de fonctionnaires, cadres supérieurs du ministère :

le corps des ingénieurs du Génie rural, des Eaux et des Forêts (IGREF), constitué de tous les ingénieurs du Génie rural, de tous les ingénieurs des Eaux et Forêts et d’une partie des ingénieurs des services agricoles ;

le corps des ingénieurs d’agronomie recueillant l’ensemble des ingénieurs des services agricoles non intégrés dans le corps du GREF. Ce corps a essentiellement des missions de formation, avec accessoirement la diffusion du progrès au travers d’études et d’expérimentations en collaboration avec la Profession par l’intermédiaire des exploitations annexes des établissements d’enseignement public.17

Incontestablement Edgard Pisani a réussi à mettre en œuvre son ambitieux programme de développement d'un enseignement agricole rénové. Mais, s'il quitte le ministère de l'Agriculture le 8 janvier 1966, sa politique se poursuit grâce à l'action du directeur général Soupault. Ainsi, par une circulaire du 18 janvier celui-ci crée les CFPPA, centres de formation professionnelle et de promotion agricole, qui seront implantés auprès des lycées et collèges selon les besoins locaux.18

A plusieurs reprises, Edgard Pisani, dans des communications et des ouvrages, a voulu faire le bilan de son action.

En matière de politique agricole, en 2001, dans l'introduction à un colloque sur le devenir de l'agriculture et des espaces ruraux, il rappelle que si le productivisme était nécessaire quarante ans plus tôt, et qu'il a pleinement réussi, il fallait infléchir cette politique, car « il faut changer une politique qui a réussi parce qu'ayant réussi, elle a changé le domaine auquel elle s'appliquait ».19 Quelques mois plus tard à Dijon, il explique qu'il n'est plus productiviste comme dans les années 1960. « J'exprimerai mon changement de cap en substituant le concept de « productivité », que je crois pertinent, à celui de productivisme que je crois pervers, voire destructeur. La productivité, c'est l'effort qu'il nous faut faire pour obtenir une économie de moyens pour une production demeurant constante, ou pour combiner l'économie de moyens et le développement. Le productivisme, c'est produire de plus en plus, en dépit de la loi des rendements décroissants, en dépit de l'encombrement des marchés, en retenant la quantité produite comme seule performance. »20
Puis, il traite de la rénovation de l'enseignement agricole. Estimant qu'il « y avait intérêt pour les collèges et lycées eux-mêmes à ce qu'ils soient des lieux de rencontre entre les enfants de la campagne et ceux de la ville. » D'autant que ces établissements connaissaient nombre d'innovations telles que « la création, dans tous nos collèges et lycées, de ''centres socioculturels'', c'est-à-dire de secteurs dont l'activité est esquissée mais non programmée, de secteurs où la vie scolaire est organisée par les élèves et sous leur responsabilité. Ainsi s'ouvrirait sur le reste du monde un enseignement qui courrait le risque d'être replié sur un milieu et sur une problématique. »

En effet, « il est interdit de spécialiser à l’extrême la formation qui est donnée dans l'enseignement supérieur, dans les lycées et collèges car les agriculteurs auront à faire face à des éventualités coexistantes ou successives au gré des moments, des régions et des productions. Il faut donc en revenir aux problèmes fondamentaux de l'éducation dans un monde en mouvement. »

Un autre aspect important de la politique engagée a été le développement de la formation des adultes dans une logique d'éducation permanente. Cette approche est à poursuivre car « en France, la formation permanente est organisée de telle sorte que la plupart de ceux qui s'y consacrent considèrent que la formation permanente est la simple continuation de l'éducation première et seconde. Il faut inverser cette logique et considérer que l'école, le centre d'apprentissage, l'université, la grande école sont, d'une certaine façon, les premiers éléments d'un système cohérent de formation continue ».

Si Edgard Pisani apprécie positivement ce qui a été réalisé, il s'inquiète cependant : « Les échos que j'ai eus récemment donnent une idée inattendue de l'histoire de ces établissements : après avoir été ouverts à l'origine, ils se sont progressivement repliés sur une spécialisation agro-productiviste très forte ; sans doute pour répondre à une mode dont on se demande comment elle a pu passer du marché à la formation des femmes et des hommes. On me dit, comme pour apaiser ma colère, qu'une évolution inverse s'esquisse aujourd'hui et qu'il y a de nouvelles perspectives. Tant mieux. »

Enfin, en conclusion il confie : « La grande leçon que me laisse cette expérience est que, par delà les évolutions techniques, scientifiques, économiques, culturelles qui ont bouleversé nos paysages et nos sociétés, loin en apparence de « l'ordre éternel des champs », il nous faut inventer et faire vivre un équilibre où l'agriculteur, fidèle à sa vocation nourricière, assumera des responsabilités d'un autre ordre qui, n'étant pas toujours marchandes, devront être reconnues et honorées comme étant d'intérêt commun. Je cherche les éléments substantiels d'un contrat social qui, prolongeant nos traditions, dépassant, civilisant notre frénésie productive, reconnaissant la nécessaire existence d'une authentique société rurale, soucieux de durée et d'environnement, prenant en compte la diversité extrême et la complexité des besoins, permette à chacun d'y contribuer. Je cherche l'impossible programme d'une formation qui donnerait à chaque fille, à chaque fils d'agriculteur le désir de rester là, les pieds dans la terre et le corps, la tête au soleil, dans une société globale dont il partagerait les responsabilités et les espoirs. »

Edgard Pisani a poursuivi ses interventions et ses écrits car, comme il l’écrivait dans le sous-titre de son ouvrage Un vieil homme et la terre, il y a neuf milliards d’êtres à nourrir. La nature et les sociétés rurales à sauvegarder.

Pour conclure voici l'échange, par courriels, que nous avons eu en février 2004 après la parution de cet ouvrage majeur.

Michel Boulet

« Un regret cependant : vous avez peu mis en valeur le rôle de la formation professionnelle initiale et continue pour l'avenir et notamment la nécessité d'une liaison étroite indispensable entre formation à un métier et ouverture au monde, éducation.

Pourtant vous attachez une grande importance à l'éducation, vous avez eu un rôle déterminant pour moderniser et développer l'enseignement agricole français,vous en avez traité lors de votre conférence à Dijon. Je regrette d'autant plus son absence ici. Il me semble que c'est un facteur essentiel pour apprendre aux praticiens à utiliser la science à bon escient.

J'ai toujours trouvé dommageable que les chercheurs de l'INRA, dont vous soulignez le rôle, travaillent peu sur les conditions de la diffusion et de l'appropriation des innovations scientifiques et techniques dans le monde agricole (cf. la place de la sociologie à l'INRA), et ne s'intéressent absolument pas à la recherche en éducation. Comment comprendre que dans la rubrique "documents" de ce site [Un vieil homme et la terre] ne figure aucune référence à l'enseignement agricole ?

Pourtant n'y a-t-il pas nécessité de relancer comme dans les années 60 et dans les années 80 une ambitieuse politique de formation et d'éducation pour l'ensemble des acteurs de la politique que vous proposez ? N'est-ce pas un moyen privilégié pour que la société humaine "demeure maîtresse de son propre destin"et pour "réinventer le Politique" ?

Merci pour votre enthousiasme et votre capacité à nous faire réfléchir. »

Edgard Pisani En réponset 22/02/04

« Je plaide coupable. D'autant plus volontiers qu'en n'en parlant pas, j'ai péché contre l'une de mes certitudes les plus fondamentales. J'ai réparé ma faute dans presque toutes les réunions; à Dijon en particulier. Sans la politique de développement éducatif dont j'ai été le militant et l'acteur, l'agriculture n'aurait pas évolué comme elle l'a fait et les adolescents qui ont quitté les fermes n'auraient pas trouvé à s'embaucher sur le marché urbain du travail. Les jeunes filles n'auraient pas été comme elles l'ont été, les actrices décisives d'une modernisation sociale du monde rural. Merci de votre rappel à l'ordre. Il me convainc de réparer mon impardonnable oubli. J'y veillerai d'autant plus aisément qu'il y a beaucoup à dire et, sans oublier l'hommage aux enseignantes et enseignants, le regret que nous pouvons avoir de la professionnalisation excessive des lycées et collèges qui avaient été lancés pour ouvrir la société agricole sur les problèmes de la société globale et du monde. Le monde agricole n'est pas un monde à part, il est une partie originale du monde ; originale parce qu'il est responsable des subsistances et de la nature. Oui! J'y reviendrai car j'ai tant à en dire. »

 

Michel Boulet juillet 2021

Notes

1 Pisani, Edgard. Le sens de l’État. Entretiens avec Stéphane Paoli et Jean Viard. La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2008, 128 p. ; p. 124.

2 Journal officiel des débats parlementaires. Assemblée nationale. Deuxième séance du mardi 26 avril 1960, p. 467.

3 Entretien de l'auteur avec Antoine Dupont-Fauville, conseiller technique pour l'agriculture de Michel Debré, 11 octobre 2001.

4 Journal officiel des débats parlementaires. Sénat. Séance du 4 juillet 1961, p. 632-634.

5 Sur cet épisode voir Pisani, Edgard. Un vieil homme et la terre. Neuf milliards d'être à nourrir. La nature et des sociétés rurales à sauvegarder. Paris, Éditions du Seuil, 2004, 238 p. ; p. 27-31.

6 Journal officiel des débats parlementaires. Assemblée nationale. Séance du 13 septembre 1961, p. 2269.

7 OCDE. La formation professionnelle agricole en Europe et en Amérique du Nord. Paris, OCDE, 1963. Série « OCDE. Documentation dans l'agriculture et l'alimentation » n° 52 ; 2 tomes.

8 Décret du 24 novembre 1961 relatif à l’organisation du ministère de l’agriculture. (J. O. du 26 novembre)

9 Journal officiel des débats parlementaires. Assemblée nationale. Deuxième séance du 18 juillet 1962, p. 2606.

10 Voir Tavernier Yves et Rimareix Gaston. « L'élaboration et le vote de la loi complémentaire à la loi d'orientation agricole ». Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°2, 1963. p. 389-425.

11 Décret n° 62-1339 du 15 novembre 1962 portant application de l'article 5 de la loi du 2 août 1960 relatif aux comité départementaux de l'enseignement et de formation agricoles.

12 Arrêté du 12 mars 1963, organisant les écoles nationales d'ingénieurs des travaux agricoles. Journal officiel des lois et décrets, 19 mars 1963, p. 2670-2672. Décret n° 63-637 du 28 juin 1963 créant l’École nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Bordeaux. Journal officiel des lois et décrets, 4 juillet 1963, p. 5968.

13 Décret n° 63-431 portant application de l'article 7 de la loi du 2 août 1960 relatif à la reconnaissance des établissements agricoles privés. Journal officiel des lois et décrets, 3 mai 1963, p. 3984-3986.

14 Soupault, J.-M. « L'enseignement et la formation professionnelle agricoles. » Grand Orient de France. Les problèmes de la paysannerie française. Colloque organisé à Paris les 3,4 et 5 mai 1963. Paris, Grand Orient de France, 1963, 448 p. ; p. 395-403.

15 Chosson, Jean-François. « L'éducation socioculturelle. Territoires ruraux et imaginaire créateur. » In : Boulet, Michel, ed. La formation des acteurs de l'agriculture. Continuités et ruptures. 1945-1985. Actes du colloque ENESAD, 27-29 novembre 2001. Dijon, Educagri éditions, 2003, 224 p. ; p. 97-101.

16 Circulaire à trouver dans la rubrique « textes officiels » de ce blog.

17 Décret n° 65-427 du 4 juin 1965 relatif au statut particulier des ingénieurs d'agronomie Journal officiel des lois et décrets, 6 juin 1965, p. 4681-4683. Sur la réforme des services extérieurs voir : Tavernier, Yves. « Une nouvelle administration pour l'Agriculture. La réforme du ministère. » Revue française de Science politique, 17e année, n° 5, 1967, p. 889-917.

18 Chosson, Jean-François. « La naissance clandestine des centres de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) 1966-1970. » Annales d'histoire des enseignements agricoles, n° 3, décembre 1988, p. 23-31. ; Chosson, Jean-François. Les générations rurales 1945-2002. Paris, LGDJ, 2003, 248 p. ; p. 109-127.

19 Romero, Christine, ed. Campagnes et société : fonctions et usages des campagnes françaises. Actes du colloque « Le devenir de l'agriculture et des espaces ruraux » 7-8 décembre 2001, Châteauroux (Indre). Orléans, Éditions universitaires d'Orléans, 2013, 368 p.

20 Pisani, Edgard. « Réflexions et débat sur la formation dans un monde agrorural nouveau ». In : Boulet, Michel, ed. La formation des acteurs de l'agriculture. Continuités et ruptures. 1945-1985 ; … op. cité, p. 181- 195.

Sources

Interventions d'Edgard Pisani

1961

* Première conférence de travail des directeurs de la formation professionnelle agricole d'Europe et d'Amérique du Nord. OCDE. La formation professionnelle agricole en Europe et en Amérique du Nord. Paris, OCDE, 1963, Série « OCDE Documentation dans l’agriculture et l’alimentation n° 52, T. I, p. 11-14.

1962

* Loi de programme du 4 août 1962 relative à la création et au développement des établissements d'enseignement et de formation professionnelle agricoles

Journal Officiel de la République française. Débats parlementaires. Assemblée nationale. 1ère séance du mercredi 4 juillet 1962, p. 2183-2189.

Journal Officiel. Débats parlementaires. Sénat. Séance du vendredi 20 juillet 1962, p. 1078-1081.

1963

* Allocution d'ouverture du Colloque. Grand Orient de France. Les problèmes de la paysannerie française. Colloque organisé à Paris les 3, 4 et 5 mai 1963. Paris, Grand Orient de France,1963, 448 p. ; p. 25-34

2002

* Pisani, Edgard. « Réflexions et débat sur la formation dans un monde agrorural nouveau ». In : Boulet, Michel, ed. La formation des acteurs de l'agriculture. Continuités et ruptures. 1945-1985 ; … op. cité, p. 181- 195.

2006

*Pisani, Edgard. «  Croire à la force des idées ». Propos recueillis par Nicole Mathieu, Françoise Plet et Yves Guermond. Natures Sciences Sociétés n° 14, 2006, p. 69-79.


Ouvrages d'Edgard Pisani

* Pour une agriculture marchande et ménagère, La Tour de l'Aube, éd. Charles Léopold Mayer, 1994, 91 p.

* Un vieil homme et la terre. Neuf milliards d'être à nourrir. La nature et des sociétés rurales à sauvegarder. Paris, Éditions du Seuil, 2004, 238 p. 

* Le sens de l’État. Entretiens avec Stéphane Paoli et Jean Viard. La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2008, 128 p.

* Mes mots. Pistes à réflexion. La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2013, 96 p.

Auteurs divers

* Tavernier, Yves et Rimareix, Gaston. « L'élaboration et le vote de la loi complémentaire à la loi d'orientation agricole ». Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°2, 1963. p. 389-425

* Chosson, Jean-François. L'institutionnalisation de l'utopie : de l'éducation populaire à la mise en place d'un service public d'éducation permanente au ministère de l'agriculture. Thèse de doctorat en Sociologie Dir. Bernard Kayser, Toulouse 2 Jean Jaurès, 1987, 3 vol, 936 p.

* Boulet, Michel, ed. La formation des acteurs de l'agriculture. Continuités et ruptures. 1945-1985. Actes du colloque ENESAD, 27-29 novembre 2001. Dijon, Educagri éditions, 2003, 224 p. En ligne :

https://chlorofil.fr/fileadmin/user_upload/01-systeme/structuration/histoire-enseignement-agricole/bibliographie/la-formation-des-acteurs-de-lagriculture-1945-1985.pdf
* Lefebvre, Denis et Morin, Gilles. notice dans le Maitron Pisani Edgard, version mise en ligne le 29 août 2014, dernière modification le 29 août 2014. https://maitron.fr/spip.php?article163317

* Hommages à M. Edgard Pisani. Octobre 2014. Lycée agricole d’Aix-Valabre, 66 p. en ligne :

www.eapcriptpaca.educagri.fr/upload/contenu/Infos%20Metier/Portraits%20et%20Entretiens/Edgard%20Pisani%20-%20Livret%20d%20Hommages.pdf

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